CAMEROUN :: Absence de Biya : Pr Aba'a Oyono interpelle le Conseil constitutionnel :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 21 Jul 2026 14:12:44 | 851« Le Conseil constitutionnel commet une faute professionnelle par évitement » : le juriste camerounais accuse la plus haute institution du pays de laisser le vide institutionnel s'installer.
Le président Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Il n'est pas rentré. 40 jours plus tard, aucune image, aucune déclaration officielle. Aucun signe de vie public.
Face à ce silence assourdissant, un homme brise la glace. Le Pr Jean Calvin Aba'a Oyono, éminent constitutionnaliste et professeur à l'Université de Yaoundé II, interpelle le Conseil constitutionnel. Son accusation est cinglante : l'institution régulatrice du fonctionnement des institutions camerounaises commet une « faute professionnelle par évitement » en refusant de se saisir du débat sur l'absence présidentielle.
Pour le juriste, ce silence n'est pas neutre. Il est politique. Et il pourrait plonger le Cameroun dans une crise constitutionnelle aux conséquences incalculables.
40 jours d'absence, un silence qui pèse
Le 7 juin 2026, la présidence camerounaise publie un communiqué lapidaire signé par Samuel Mvondo Ayolo, ministre directeur du Cabinet civil. Paul Biya, accompagné de son épouse Chantal Biya, quitte Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe ». Une suite restreinte l'accompagne : Mvondo Ayolo, le vice-amiral Joseph Fouda et Simon Pierre Bikele.
Quarante jours plus tard, le Cameroun attend toujours le retour de son président de 93 ans. Selon Jeune Afrique, Paul Biya se trouverait à Genève, en Suisse, où il recevrait des soins dans une clinique privée. Une partie de sa famille l'y a rejoint.
Pendant ce temps, l'administration tourne au ralenti. Seuls des décrets liés aux Forces de Défense ont été signés. Aucune nomination, aucun arbitrage économique. Le pays est en état de veille.
Le débat constitutionnel : que dit la loi ?
La Constitution camerounaise prévoit deux cas de figure : la vacance (décès, démission ou empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel) et l'empêchement temporaire.
Mais une réforme récente a bouleversé l'équilibre institutionnel. La nouvelle Constitution a réintroduit le poste de vice-président, qui devient le successeur constitutionnel du président en cas de vacance. Problème : ce vice-président n'a pas encore été nommé.
« Imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée. Le pays peut sombrer dans une crise constitutionnelle », résume un universitaire cité par KOACI.
L'accusation du Pr Aba'a Oyono : « faute professionnelle par évitement »
C'est dans ce contexte tendu que le Pr Jean Calvin Aba'a Oyono est monté au créneau. Dans une analyse, le constitutionnaliste dénonce l'attitude du Conseil constitutionnel.
Pour lui, le Conseil censé être « l'organe régulateur du fonctionnement des institutions » (article 46 de la Constitution) a manqué à sa mission. « Le Conseil constitutionnel commet une faute professionnelle par évitement de ce débat sur les vacances et empêchement présidentiels », accuse-t-il.
L'universitaire va plus loin. Il qualifie le Conseil de « manifestement partisan » et déplore son « incapacité juridique à assurer la défense des droits fondamentaux rudoyés par le pouvoir ».
Ces accusations ne sont pas nouvelles. Dès janvier 2025, le Pr Aba'a Oyono dénonçait déjà un « déni de justice » dans le fonctionnement du Conseil, qu'il qualifiait de « moribonde ». Il appelait à une réforme en profondeur de l'institution pour restaurer son rôle de garant de la démocratie et de l'État de droit.
Un Conseil constitutionnel sous pression
Depuis plusieurs années, le Conseil constitutionnel camerounais est régulièrement critiqué pour son manque d'indépendance. Le Pr Aba'a Oyono déplore un manque de « spécialistes rompus à l'œuvre constitutionnelle et offrant des garanties d'indépendance d'esprit ».
Le contentieux constitutionnel, rappelle-t-il, « est un domaine complexe qui exige une expertise pointue et une indépendance absolue ».
Cette situation compromet, selon lui, « la crédibilité des institutions et la confiance des citoyens dans le système judiciaire ».
Le précédent de 2004 et les rumeurs
L'absence prolongée de Paul Biya n'est pas sans rappeler un précédent. En 2004, un séjour européen du président avait déjà déclenché des rumeurs sur son décès. À son retour, il avait plaisanté : « Pour les gens intéressés par mes funérailles, je leur donne rendez-vous dans 20 ans ».
Vingt ans sont passés. Le président de 93 ans est toujours en fonction, faisant de lui le plus vieux chef d'État en exercice au monde.
Mais cette fois, le contexte est différent. La nouvelle Constitution a créé un vide juridique. Et l'absence atteint désormais un seuil critique : 40 jours, un délai qui, dans certaines interprétations, pourrait transformer un empêchement temporaire en empêchement définitif.
Les réactions politiques
Le débat s'est invité dans l'arène politique. Le député d'opposition Jean Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. L'Union démocratique du Cameroun a réclamé de la transparence pour garantir « la stabilité de la République ».
De son côté, le parti présidentiel RDPC tente de rassurer. Dans un éditorial du journal L'Action le 15 juillet, Christophe Mien Zok, directeur des organes de presse du RDPC, a écrit : « Le pouvoir n'est pas vacant et le Lion n'est pas parti. Il est encore là. ».
Une déclaration qui ne suffit pas à calmer les inquiétudes. Sur les réseaux sociaux, la question posée par l'analyste Aristide Mono est devenue virale : « Où est même Paul Biya ? ».
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