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CAMEROUN :: De « Libérateur » à « Biayiste » : la chute d’un rebelle :: CAMEROON

L’artiste camerounais surnommé « le Libérateur », interpellé à son retour d’exil français, recouvre sa liberté sous conditions : adhésion au RDPC et ralliement au mouvement des « Biayistes », une opération orchestrée par la sénatrice et femme d’affaires Mamy Nyanga.

Il s’appelait « le Libérateur ». Il chantait contre le colonialisme, le népotisme et la gouvernance de Paul Biya. Il a été torturé, exilé, expulsé. Et ce 18 juin 2026, Simon Longkana Agno, alias Longue Longue, a atterri à l’aéroport de Douala, les mains peut-être libres, mais l’âme entravée. 

À son arrivée, les autorités l’attendaient. Interpellation, audition, puis… liberté. Mais à quel prix ? La sénatrice Françoise Puene, surnommée « Mamy Nyanga », aurait négocié sa libération. En échange ? Une promesse : plus jamais critiquer le régime, se rapprocher du pouvoir, et prendre, dans les prochains jours, sa carte du RDPC. 

L’opposant le plus virulent du régime Biya devient Biayiste. L’histoire est belle. Elle est aussi terrifiante. 

Un exil forcé, un retour sous tension

Longue Longue, de son vrai nom Simon Longkana Agno, n’est pas un artiste comme les autres. Né à Douala en 1973, il s’est fait connaître en 2001 avec son tube Ayo Africa, une charge contre le colonialisme et le népotisme des dirigeants africains.  Surnommé « le Libérateur », il est devenu une figure majeure de la contestation artistique au Cameroun. 

Mais cette notoriété a un prix. En 2019, il est arrêté à l’hôtel Sawa à Douala. Une vidéo glaçante le montre, les mains menottées, en sous-vêtements, torturé par des hommes qu’il identifie comme des agents de la Sécurité militaire.  « Je priais Dieu pour qu’il me fasse quitter le pays », confiera-t-il plus tard à la BBC. 

Il s’exile en France. Mais l’exil n’est pas une protection. Le 27 mai 2026, il est interpellé à Strasbourg.  Les autorités françaises lui notifient une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF).  Le 18 juin 2026, il est escorté à l’aéroport de Paris par deux policiers en civil.  Direction : Douala. Direction : l’inconnu. 

L’interpellation et la « libération »

À son arrivée à l’aéroport international de Douala, un dispositif policier l’attend.  Longue Longue est interpellé, puis entendu par les autorités compétentes. Selon nos informations, il aurait été remis en liberté sous garantie.

Mais cette liberté a un goût amer. Elle est assortie de conditions :

1. L’engagement de ne plus critiquer le gouvernement du président Paul Biya.
2. Le rapprochement avec le régime en place.
3. La prise, dans les prochains jours, de sa carte du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), le parti au pouvoir.

Cette démarche aurait été facilitée par la sénatrice et femme d’affaires Françoise Puene, alias Mamy Nyanga.  Élue sénatrice RDPC pour la circonscription de l’Ouest en 2023, cette milliardaire est une figure incontournable du régime.  Elle est aussi la présidente nationale du mouvement des « Biayistes », dont l’objectif affiché est de « fédérer et structurer les soutiens du président Paul Biya ». 

Le ralliement : « Je deviens un Biayiste »

Dans une vidéo publiée le 18 juin 2026, Mamy Nyanga annonce la nouvelle : Longue Longue rejoint le camp des Biayistes. 

L’artiste, visiblement contrit, s’exprime :
« Après 25 ans de carrière, je dois maintenant profiter de mon travail. Je veux rentrer au pays pour faire rien que dans le social et profiter de tout ce que j’ai travaillé pendant ces 25 ans. » 

Et il ajoute, dans une déclaration qui fait l’effet d’une bombe :
« Que chacun se libère ! Je ne suis plus là. Il faut que j’entre dans le mouvement des Biayistes. Même les opposants sont des Biayistes dans la nuit, le jour ils font semblant. Moi je m’engage : Je deviens un Biayiste. » 

Il demande même pardon :
« Je demande pardon au président de la République son excellence Paul Biya. Je demande pardon à tous les Camerounais… » 

Un revirement qui interroge

Le timing interroge. Longue Longue est visé par un avis de recherche pour « outrage au chef de l’État », infraction prévue par l’article 153 du Code pénal.  Il est expulsé de France, attendu à Douala pour être interpellé, et voilà qu’il annonce son ralliement au régime. 

Stratégie de défense ? Conviction réelle ? Calcul politique ? Ou simple marché de dupes pour recouvrer la liberté ?  Les questions sont nombreuses.

Ce qui est certain, c’est que ce revirement est spectaculaire. Car ces dernières années, Longue Longue s’était illustré par des sorties très critiques envers le pouvoir.  En mai 2024, une vidéo le montrait déjà en discussion avec Mamy Nyanga, qui tentait de le convaincre d’adhérer au RDPC.  Il refusait alors catégoriquement. 

Aujourd’hui, il accepte. 

Le rôle clé de Mamy Nyanga

Françoise Puene, surnommée « Mamy Nyanga », est une figure complexe du paysage politique camerounais. Milliardaire, femme d’affaires, sénatrice, elle est aussi une ancienne prisonnière de la prison de New Bell, où elle avait été envoyée par la présidence de la République en 2012. 

Son parcours est celui d’une survivante. Mariage précoce, vie difficile, elle s’est construite seule.  Aujourd’hui, elle est l’une des femmes les plus puissantes du Cameroun.

Dans l’affaire Longue Longue, elle a joué un rôle déterminant. C’est elle qui a publié la vidéo annonçant le ralliement de l’artiste.  C’est elle qui a négocié, semble-t-il, les conditions de sa libération. 

Sur les réseaux sociaux, elle justifie cette adhésion par une formule qui en dit long :
« Dans la vie, il faut bien défendre une cause. Et pour chaque cause, des alliés stratégiques. » 

Conséquences et enjeux

Cette affaire soulève des questions fondamentales sur l’état de la liberté d’expression au Cameroun.

D’abord, le prix de la dissidence. Longue Longue a payé cher ses critiques : torture, exil, expulsion, et aujourd’hui, un ralliement forcé qui ressemble à une reddition. 

Ensuite, le rôle des figures du régime. Mamy Nyanga incarne cette machine à retourner les opposants, à acheter les consciences, à transformer les critiques en soutiens. 

Enfin, la question de la sincérité. Longue Longue est-il vraiment convaincu ? Ou joue-t-il la comédie pour survivre ?  L’histoire retiendra peut-être que « le Libérateur » s’est libéré… de lui-même.

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