CAMEROUN :: « Ni vice-président nommé, ni héritier désigné » : Siddiki :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 18 Jun 2026 12:28:29 | 1359Après des années de silence et de répression, le président du Mouvement Patriotique du Salut Camerounais (MPSC), Aboubakary Siddiki, sort de l'ombre pour dénoncer la dérive autoritaire du régime et la tentative de succession sur mesure, martelant une vérité que Yaoundé voudrait étouffer : « Nous ne sommes plus en 1982. »
Il a passé cinq ans en prison. Condamné à 25 ans de réclusion pour « hostilité envers la patrie » et « outrage au président de la République ». Il a connu l'isolement, l'arbitraire, la torture morale. Il a vu ses enfants assister à son arrestation dans son bureau de Douala.
Pourtant, Aboubakary Siddiki n'a jamais plié.
Aujourd'hui, le président du Mouvement Patriotique du Salut Camerounais (MPSC) brise un silence long de plusieurs mois. Et ce qu'il dit fait trembler les murs du palais de Yaoundé.
« Nous ne sommes plus en 1982 », lance-t-il, dans une déclaration qui résonne comme un coup de tonnerre dans le marigot politique camerounais.
L'annonce est claire : le MPSC refuse toute tentative de succession de gré à gré. Il rejette en bloc la création d'un poste de vice-président nommé, qu'il qualifie de « remise en cause des principes démocratiques fondamentaux ».
Pour Siddiki, le Cameroun est à un tournant. Et ce tournant, il compte bien le prendre de front.
Le contexte : une réforme qui divise le Cameroun
Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais adopte une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président, supprimé en 1984. Le 15 avril, Paul Biya promulgue la loi. Le nouveau vice-président nommé directement par le chef de l'État est chargé d'assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance.
Pour les observateurs, c'est un tournant. Pour l'opposition, c'est un « coup d'État constitutionnel ». Pour Aboubakary Siddiki, c'est une ligne rouge.
« Cette réforme n'a rien d'une avancée démocratique, explique-t-il. C'est un mécanisme de verrouillage du pouvoir, conçu pour désigner un successeur sans que le peuple n'ait son mot à dire. »
« Nous ne sommes plus en 1982 » la charge de Siddiki
La formule est percutante. Elle résume à elle seule l'état d'esprit du leader du MPSC.
1982, c'est l'année où Paul Biya accède au pouvoir. Quarante-quatre ans plus tard, le Cameroun est toujours dirigé par le même homme, âgé aujourd'hui de 93 ans.
« En 1982, le Cameroun était un pays différent, poursuit Siddiki. Les Camerounais étaient patients. Ils croyaient en l'avenir. Mais aujourd'hui, la jeunesse a soif de changement. Elle ne supporte plus l'immobilisme. Elle ne supporte plus qu'on lui impose un dirigeant sans qu'elle ait le choix. »
L'opposant, qui se présente comme le candidat du MPSC pour l'élection présidentielle, dénonce avec vigueur toute tentative de « succession de gré à gré ». Pour lui, la création d'un poste de vice-président nommé est une insulte à la souveraineté populaire.
« Un vice-président nommé, c'est un vice-président qui ne doit de comptes qu'à celui qui l'a nommé. Ce n'est pas un représentant du peuple. C'est un héritier désigné. Et nous, nous disons non. »
Le MPSC trace sa ligne politique
Cette déclaration n'est pas un simple coup d'éclat. Elle s'inscrit dans une stratégie politique claire, à l'approche des échéances à venir.
Le MPSC, fondé en 2013, entend se positionner comme une alternative crédible au régime en place. Siddiki, qui a passé cinq ans en prison pour ses convictions, incarne la résistance face à l'arbitraire.
Ses axes prioritaires sont connus :
- La résolution de la crise anglophone par un dialogue national inclusif.
- La reconstruction du Grand Nord, dévasté par Boko Haram.
- La lutte contre le chômage des jeunes, estimé à 85 %.
- Les réformes démocratiques, pour un État de droit effectif.
« Le MPSC a une vision pour le Cameroun, affirme Siddiki. Une vision qui ne passe pas par la désignation d'un successeur dans l'ombre, mais par la volonté populaire exprimée dans les urnes. »
Une prise de parole attendue, un homme qui paie le prix de ses convictions
Aboubakary Siddiki n'est pas un novice en politique. Arrêté en août 2014 à Douala, il a été condamné en octobre 2017 à 25 ans de prison pour « hostilité envers la patrie » et « tentative d'insurrection ». Amnesty International a dénoncé un « procès inique » et des « accusations sans preuves ».
Libéré en 2019, il a poursuivi son combat. Il a été de nouveau arrêté en novembre 2022. Mais rien n'y fait : l'homme est un roc.
« Ils m'ont arrêté. Ils m'ont emprisonné. Ils m'ont condamné. Mais ils ne m'ont pas fait taire », glisse-t-il, dans un sourire qui en dit long.
Cette résilience lui a valu le soutien de nombreuses régions, notamment du Grand Nord, où plus de 51 % de la population soutient ses aspirations politiques.
La communauté internationale dans le viseur
Siddiki ne se contente pas de s'adresser aux Camerounais. Il interpelle aussi la communauté internationale.
Récemment, il a appelé le pape Léon XIV à user de son influence morale pour encourager une amnistie générale, un dialogue national inclusif et une transition politique transparente au Cameroun.
« Le monde regarde le Cameroun, lance-t-il. Et le monde ne peut pas rester silencieux face à ce qui se prépare : une succession verrouillée, une démocratie bafouée, un peuple privé de son droit de choisir. »
Ce qui attend le Cameroun
L'échéance est proche. Le régime de Yaoundé semble déterminé à poursuivre sa logique de verrouillage. Mais l'opposition, elle, ne compte pas se laisser faire.
« Nous ne sommes plus en 1982 », répète Siddiki. Cette phrase, devenue son mantra, est un avertissement. Un avertissement au pouvoir. Un avertissement à la communauté internationale. Un avertissement aux Camerounais.
Le Cameroun est à un carrefour. D'un côté, la continuité autoritaire. De l'autre, la promesse d'un renouveau démocratique.
Aboubakary Siddiki a choisi son camp. Reste à savoir si les Camerounais suivront.
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