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© Camer.be : Paul Moutila | 26 May 2026 14:15:33 | 442En quatre jours, Ousmane Sonko est passé de Premier ministre congédié à président de l'Assemblée nationale. Un retournement politique qui expose, cruellement, l'abîme démocratique entre le Sénégal et le Cameroun de Paul Biya.
Il y a des semaines qui changent un continent.
Le vendredi, Ousmane Sonko était limogé de son poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye. Le mardi, ce même Sonko prenait place au perchoir de l'Assemblée nationale sénégalaise en tant que président du parlement.
Quatre jours. Pas de prison. Pas d'exil. Pas de disparition forcée. Pas de BIR à sa porte.
Pour des millions d'Africains vivant sous des régimes qui criminalisent l'opposition, ce scénario relève de la science-fiction. Pour les Sénégalais, c'est simplement de la politique.
Sénégal – Cameroun : l'abîme démocratique mis à nu
Quand la politique sénégalaise s'emballe, une partie de l'Afrique retient son souffle. L'autre partie celle habituée aux régimes qui ne lâchent jamais leur emprise regarde, incrédule.
Le scénario est pourtant simple dans sa brutalité démocratique : Ousmane Sonko, figure de proue de la jeunesse contestataire sénégalaise, homme qui a failli finir ses jours derrière les barreaux sous l'ère Macky Sall, a été nommé Premier ministre après la victoire de son allié Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle de mars 2024. Puis, dans le cadre d'un remaniement politique, il a été remercié de ses fonctions.
Quatre jours plus tard, Sonko préside l'Assemblée nationale.
Ce qui, dans d'autres contextes africains, aurait déclenché une crise existentielle d'État , arrestations préventives, dissolution de l'assemblée, mobilisation des forces de sécurité s'est déroulé au Sénégal avec la banalité d'un transfert de pouvoir ordinaire.
Yaoundé regardait Dakar avec les mauvaises lunettes
Depuis des mois, certains observateurs camerounais commentaient la situation politique sénégalaise avec une certitude tranquille : Diomaye Faye allait tôt ou tard neutraliser Sonko. L'éliminer. Le réduire au silence. C'est ainsi que fonctionnent les présidents africains, pensait-on à Yaoundé.
Cette grille de lecture forgée par plus de quatre décennies de pouvoir Biya s'est révélée totalement inadaptée.
Au Cameroun, Paul Biya gouverne depuis 1982. Quarante-deux ans. Durant ce règne, des opposants ont disparu, des ministres ambitieux ont fini en prison pour des affaires de "détournements" parfois réels, souvent instrumentalisés , et des figures politiques en disgrâce ont choisi l'exil plutôt que le cachot.
Les noms reviennent comme un mantra douloureux : Titus Edzoa, ancien ministre et secrétaire général de la présidence, emprisonné en 1997 alors qu'il osait envisager une candidature contre Biya. Marafa Hamidou Yaya, ex-ministre d'État, condamné à vingt-cinq ans de prison. Inoni Ephraim. Tant d'autres.
Au Sénégal, Sonko est désormais président de l'Assemblée nationale.
Deux systèmes, deux logiques, deux Afriques
La différence n'est pas que de degré. Elle est de nature.
Le système camerounais repose sur une logique de domination verticale : le chef est inamovible, et toute ambition perçue comme concurrente est écrasée avant qu'elle ne germe. Les préfets et sous-préfets servent de relais administratifs de la répression. Les médias sont sous surveillance. Les réseaux sociaux, lors des périodes de tension, sont coupés ou étroitement contrôlés. Même le sport n'échappe pas à cette logique de verrouillage : la réélection de Samuel Eto'o à la tête de la Fédération camerounaise de football s'est déroulée dans des conditions où tout adversaire crédible avait été écarté.
Le système sénégalais, lui, a produit quelque chose de rare sur le continent : une alternance réelle, suivie d'une cohabitation institutionnelle assumée. Diomaye Faye et Sonko ne sont pas devenus ennemis. Ils ont négocié un nouvel équilibre. L'un dirige l'exécutif. L'autre préside le législatif.
C'est ce que les politologues appellent une démocratie qui fonctionne.
Le miroir que le Sénégal tend à l'Afrique
Il serait réducteur de limiter cette analyse à un simple comparatif Cameroun-Sénégal. Ce que Dakar révèle, c'est la possibilité démontrable, visible, tangible d'une gouvernance africaine fondée sur des règles et non sur des hommes.
La démocratie sénégalaise n'est pas parfaite. Elle a ses tensions, ses clientélismes, ses zones d'ombre. Mais elle a produit ce résultat extraordinaire : un homme que le régime précédent voulait éliminer politiquement et physiquement est aujourd'hui à la tête du parlement de son pays.
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