Privatisation de l'électricité au Cameroun : 928 milliards perdus, une leçon brutale
© Camer.be : Paul Moutila | 21 May 2026 16:03:50 | 2803928 milliards de FCFA. C'est ce que coûte au contribuable camerounais le retour à la case départ d'une privatisation imposée il y a vingt ans. Une entreprise cédée pour 48 milliards récupérée pour vingt fois ce prix.
Un monopole bradé sous pression extérieure
Au début des années 2000, le FMI et la Banque mondiale conditionnent leur soutien financier à des réformes structurelles. Le Cameroun cède. En 2001, la SONEL fleuron national de l'électricité est vendue au groupe américain AES Corporation pour 48 milliards de FCFA.
Le prix est bas. Le deal est stratégique pour l'acheteur : un monopole sectoriel acquis à coût minimal dans un marché captif. Les promesses de modernisation et de stabilisation du réseau sont formulées. Elles ne seront pas tenues.
Treize ans de sous-investissement rentable
AES-SONEL gère le réseau sans en transformer les fondamentaux. Les délestages persistent. Les infrastructures vieillissent. La logique est celle d'un fonds d'investissement, pas d'un opérateur de service public : extraire de la valeur avant de revendre.
En 2014, AES cède ses parts au fonds britannique Actis pour 110 milliards de FCFA. En treize ans, la valeur théorique de l'entreprise a plus que doublé. Aucune amélioration notable du service n'a été enregistrée. La plus-value, elle, est réelle.
ENEO : l'illusion du rebranding
Actis rebaptise l'entreprise ENEO. Le changement de nom masque une continuité de doctrine : restructurer, optimiser les marges, préparer la revente. La logique spéculative reste intacte.
Dix ans plus tard, le modèle s'effondre. Barrages saturés, réseau dégradé, coupures quotidiennes, tensions sociales croissantes. Actis perçoit le signal. Le fonds britannique décide de sortir avant que la situation ne se détériore davantage.
Le rachat : une facture à 928 milliards
L'État camerounais rachète les parts d'Actis pour 78 milliards de FCFA. Ce chiffre seul serait déjà révélateur. Mais il ne représente qu'une fraction de la réalité.
ENEO laisse derrière elle environ 850 milliards de FCFA de passif financier : dettes bancaires, dettes fournisseurs, investissements non réalisés. Le total consolidé de l'opération de renationalisation atteint 928 milliards de FCFA pour récupérer une entreprise vendue 48 milliards deux décennies plus tôt.
La privatisation controversée a permis à deux fonds étrangers successifs de valoriser un actif public sans en assumer les obligations structurelles.
Ce que cette facture va coûter réellement
Les 850 milliards de passif vont peser sur les capacités d'emprunt et les arbitrages budgétaires de l'État. Des secteurs comme la santé, l'éducation et les infrastructures routières absorberont mécaniquement une partie de ce choc.
Le Cameroun devra financer la réhabilitation d'un réseau électrique structurellement sous-investi pendant vingt ans. Sans capacité de production supplémentaire significative, les délestages chroniques continueront de pénaliser l'économie productive PME, industrie, commerce.
Le coût réel de cette privatisation ne se mesure pas seulement en milliards transférés vers des fonds étrangers. Il se mesure aussi en croissance économique sacrifiée et en confiance institutionnelle érodée.
Quand l'État récupère la facture que le marché n'a pas payée
L'affaire SONEL-AES-ENEO documente un schéma précis : la privatisation d'un secteur stratégique sous conditions extérieures, la captation de valeur par des investisseurs à horizon court, et le retour du passif vers le contribuable.
Ce n'est pas un cas isolé. C'est un modèle. La vraie question est de savoir si les institutions qui ont prescrit cette privatisation en 2001 assumeront une part de la facture de 2024 ou si, une fois encore, elle restera entre les seules mains des Camerounais.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#cameroun #energie #eneo #sonel #economie #privatisation #financespubliques #afrique #investissement #electriciteLire aussi
- TOLLCAM réclame 35 milliards à l'État devant la CCJA
- La diaspora camerounaise prévient : « Aucun investissement sûr sous Biya »
- Enugu Airlines débarque à Douala : la guerre des compagnies nigérianes s'intensifie
- Motazé à Londres : le Cameroun cherche 40 000 milliards
- Sans le FMI, le budget 2027 du Cameroun vacille
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
il y a un mois
Cameroun - Emmanuel Gérard Ondo Ndong n’aura pas survécu à sa liberté
Ecobank Cameroun : 25 ans dejà, des milliards mobilisés, un développement partagé.
Cameroun - Nourane Foster dénonce : la route de tous les dangers
CAN féminine : Le Cameroun sacré champion ! (3-0)
Mveng vs Effoudou : Le clash qui secoue les médias camerounais
il y a un an