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CAMEROUN :: Zones enclavées : le corps attaché à une moto, linceul blanc, faute de route :: CAMEROON

Pas de cercueil. Pas d'ambulance. Pas de route. Un corps humain attaché à l'arrière d'un moto-taxi, recouvert d'un linceul blanc, transporté ainsi jusqu'au lieu de sépulture. Cette scène, aussi brutale que réelle, résume à elle seule ce que signifie vivre et mourir dans une zone enclavée sans accès routier.

Quand l'absence de route dicte jusqu'aux funérailles

Dans de nombreuses localités rurales du Cameroun, des villages entiers restent totalement inaccessibles aux véhicules à quatre roues. Les pistes non carrossables y constituent la seule voie de communication avec le reste du monde.

Face à un décès, les familles n'ont aucune alternative. Le défunt, enveloppé dans un linceul blanc, est attaché directement à l'arrière d'un moto-taxi. Le convoi funèbre avance à deux-roues sur des chemins de terre, entouré de proches à pied. Ni corbillard, ni cérémonie de départ digne. Seulement l'urgence et l'ingéniosité de ceux que l'État a oubliés.

Les causes d'un enclavement structurel

L'enclavement rural ne relève pas d'une fatalité géographique. Il résulte de décennies de sous-investissement délibéré dans les infrastructures de base. Les zones montagneuses, forestières ou frontalières sont systématiquement reléguées au bas des priorités budgétaires nationales.

Ces communautés subissent un abandon en cascade : sans route praticable, aucune ambulance n'entre, aucun commerce structuré ne s'installe, aucune évacuation médicale n'est possible. Quand la mort survient, même le dernier trajet du défunt exige une improvisation douloureuse. Attacher un corps sous un linceul blanc sur une moto n'est pas un manque de respect. C'est la seule dignité que ces familles peuvent encore offrir.

Moto-taxi, pilier invisible des zones sans routes

Le moto-taxi se définit comme un service de transport informel assuré par des conducteurs indépendants sur des deux-roues motorisés. Dans les zones rurales enclavées, elle représente le seul lien physique entre le village et l'extérieur.

Son rôle dépasse toute définition ordinaire. Elle transporte médicaments, nourriture, femmes en travail, élèves et désormais, des défunts. Un corps attaché, recouvert d'un tissu blanc, transporté sur des kilomètres de piste boueuse : cette réalité documente l'ampleur absolue du vide infrastructurel. Là où l'État n'a jamais construit, la moto-taxi improvise. Elle n'est pas une solution. Elle est un aveu d'échec collectif rendu visible.

Une image qui engage des décennies de responsabilités

L'enclavement des zones rurales se traduit en surmortalité directe et mesurable. Accouchements sans assistance médicale, épidémies non contenues, blessés graves morts faute d'évacuation : chaque année sans route représente des vies perdues de manière évitable. La scène du corps sous linceul blanc sur moto-taxi n'est pas symbolique. Elle est statistique.

Aucun développement économique durable n'est possible sans infrastructure routière rurale. Aucun investisseur ne s'implante là où la logistique est impossible. Aucun service public ne se maintient sans approvisionnement régulier. Les objectifs de développement durable fixent des cibles précises sur l'accès aux infrastructures de base. Pourtant, à ce rythme, des  millions de ruraux resteront enclavés bien après 2030.

Quand un corps humain doit être attaché à une moto sous un linceul blanc pour rejoindre sa tombe, la question n'est plus technique. Elle est morale. Combien de décennies supplémentaires faudra-t-il attendre avant que ces communautés cessent d'exister uniquement dans les statistiques de pauvreté et commencent à exister sur les cartes routières ?

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