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CAMEROUN :: Anicet Ekane : « On m'a amené ici pour m'achever », les dernières paroles de l'opposant :: CAMEROON

"Ne pense pas que je sortirai d'ici vivant." Ces mots, prononcés par Anicet Ekane dans sa cellule du Secrétariat d'État à la Défense, résonnent aujourd'hui comme une prophétie tragique. Henriette Ekwe, doyenne de la presse camerounaise, livre un témoignage accablant sur les dernières heures de l'opposant et les conditions de sa mort.

Une mort annoncée par la victime elle-même

Lors de sa dernière visite au SED, Anicet Ekane a confié à Henriette Ekwe son pressentiment funeste. "Tu penses que je suis venu ici pour survivre ? On m'a amené ici pour m'achever", lui a-t-il déclaré. Il savait. Il expliquait que si les autorités avaient voulu le maintenir en vie, elles l'auraient transféré à l'hôpital comme lors de sa première crise. 

La dernière volonté refusée

Avant de mourir, l'opposant a demandé une feuille et un stylo. Il voulait écrire ses dernières volontés, laisser une trace, un message. La réponse des geôliers fut catégorique : refus. "Comment comprendre une telle situation ? C'est une condamnation à mort sans appel", dénonce Henriette Ekwe. 

Un détenu privé de ses soins vitaux

Anicet Ekane souffrait d'insuffisance respiratoire sévère. Il était dépendant d'un extracteur d'oxygène, confisqué par la gendarmerie dès son arrestation le 24 octobre 2025.  Malgré les alertes répétées de ses avocats et de sa famille, l'appareil ne lui a jamais été restitué. Pendant plus d'un mois, il a survécu sans l'équipement médical qui lui était indispensable.

Une autopsie sans contradicteur

Le ministère de la Défense a conclu à une "mort naturelle" dans son communiqué du 24 février 2026.  Mais pour la famille, cette version est inacceptable. "Lors de l'autopsie, la présence d'un médecin désigné par la famille est refusée. On nous le remet ainsi, sans possibilité de contre-expertise, trois mois après son décès", s'indigne Henriette Ekwe. 

Un transfert sous haute surveillance

Le corps d'Anicet Ekane a été restitué à sa famille le 3 mars 2026, trois mois jour pour jour après sa mort.  Le transfert vers la morgue de l'hôpital Laquintinie à Douala s'est déroulé sous un imposant dispositif sécuritaire. "La gendarmerie avait déjà pris position dès l'arrivée du corps. Jusqu'à l'entrée de la morgue, tout était très quadrillé." 

La crainte de funérailles populaires

Pour Henriette Ekwe, ce déploiement n'est pas anodin. "Il y avait manifestement la crainte que les obsèques d'Anicet se transforment en funérailles populaires." Une mobilisation citoyenne autour du corps de l'opposant, voilà ce que le pouvoir voulait à tout prix éviter.

Le timing politique de la restitution

La libération du corps après trois mois de rétention n'est pas un hasard. "Si le corps nous a été remis après trois mois, c'est aussi parce que le pape est attendu dans un mois et qu'il fallait liquider ce dossier avant sa venue."  La visite apostolique de Léon XIV, prévue en avril, imposait aux autorités de faire place nette.

D'autres détenus mieux traités

Henriette Ekwe souligne un traitement discriminatoire. "D'autres détenus ont eu droit à des hôpitaux équipés, mais pas lui." Pourquoi ce deux poids deux mesures ? Anicet Ekane, leader du MANIDEM et figure historique de l'opposition, payait-il le prix de son engagement politique ?

Une enquête toujours sans réponse

Le gouvernement a annoncé l'ouverture d'une enquête dès le 1er décembre 2025.  Quatre mois plus tard, aucune conclusion n'a été rendue publique. La famille, elle, réclame toujours la vérité. Le rapport d'autopsie officiel a été transmis aux avocats, mais ils l'analysent avec la plus grande méfiance. 

Qui rendra justice à Anicet Ekane ?

Entre les déclarations officielles concluant à une mort naturelle et le témoignage accablant d'Henriette Ekwe, un fossé se creuse. L'opposant avait prévenu : on l'avait amené au SED pour l'achever. Ses dernières paroles, son stylo refusé, ses soins vitaux confisqués, l'autopsie sans contradicteur, le corps quadrillé... Les indices s'accumulent. Mais la vérité, elle, reste enfouie. Pourra-t-elle un jour éclater ?

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