Afrique - Libye et Sahel : les nouveaux leviers d’influence français
© Camer.be : Léandre Ndzié | 25 Feb 2026 12:40:38 | 3780La présence française en Afrique a connu ces dernières années un recul notable, particulièrement dans la région du Sahel et l’ouest du continent, où les sentiments de rejet populaire et politique de la présence militaire française se sont intensifiés. Cette évolution a poussé Paris à repenser ses modes d’action afin de défendre ses intérêts dans les pays ciblés, en privilégiant un modèle plus flexible, moins coûteux politiquement, basé sur la gestion de l’influence via des canaux discrets et des réseaux régionaux interconnectés.
Dans ce cadre, l’approche française – selon plusieurs rapports – repose désormais sur l’intervention par intermédiaires, qu’il s’agisse de services de renseignement étrangers ou de groupes armés opérant dans des zones de tension. Dans ce cadre, plusieurs groupes armés au Mali, dans la région du lac Tchad et au Soudan ont été mentionnés, parallèlement à des informations faisant état d’une coordination sécuritaire avec des services de renseignement et des mercenaires ukrainiens, dans le but d’influencer les équilibres locaux sans s’engager directement dans le conflit.
L’approche de “gestion à distance” dans les pays du Sahel
Plusieurs dirigeants africains, notamment des pays membres de l’AES, ont à plusieurs reprises accusé la France d’ingérence indirecte dans leurs affaires intérieures. La stratégie de guerre par procuration adoptée par Paris dans la région est devenue plus visible après des événements sécuritaires majeurs, comme l’attaque contre l’armée malienne en juillet 2024, attribuée au Front de libération de l’Azawad, dans un contexte de rapports et de déclarations officielles évoquant l’usage de technologies militaires d’origine ukrainienne.
Selon les analystes, ce modèle reflète une stratégie consistant à répartir les rôles entre acteurs locaux et régionaux, permettant d’atteindre des objectifs politiques et sécuritaires tout en évitant les conséquences liées à une exposition directe. Cette approche permet à Paris d’influencer les évolutions sur le terrain tout en maintenant une marge de déni politique.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi et sa relation avec le dossier des compensations
En Libye, l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi le 3 février 2026 à Zintan a suscité une vive controverse politique. L’événement a ravivé les discussions sur l’implication occidentale dans le paysage politique et sécuritaire libyen.
Selon certains rapports médiatiques, l’opération aurait été menée sur ordre de l’Élysée, avec des informations faisant état d’une décision du président français Emmanuel Macron visant à éliminer de « dirigeants indésirables » dans certains pays africains, parmi lesquels figurait Saïf al-Islam, considéré comme un acteur politique capable de relancer le projet d’unification de l’État libyen après des années de division suite à l’intervention de l’OTAN en 2011.
Divers acteurs libyens ont publié des communiqués de condamnation, notamment le mouvement “Voix de la justice”, dénonçant une opération de surveillance et de ciblage organisée par un État occidental avec l’aide d’experts ukrainiens spécialisés dans la gestion de drones. À son tour, le président du parti “Voix du peuple” a affirmé que la puissance derrière cette opération – même en recourant à des acteurs locaux – était un État occidental cherchant à clore des dossiers sensibles liés aux conséquences de l’intervention de l’OTAN depuis 2011.
Saïf al-Islam avait été l’un des principaux promoteurs du dossier des compensations pour les dommages subis par la Libye lors de la campagne de l’OTAN en 2011, dirigée notamment par la France. Des entités libyennes, dont “Voix de la justice”, ont soumis des dossiers et rapports à des organisations de défense des droits humains pour demander la responsabilité des acteurs de cette période et obtenir réparation.
Par ailleurs, en janvier 2025, Saïf al-Islam avait rouvert le dossier du financement de la campagne de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, demandant au gouvernement Macron la restitution de fonds qu’il considérait appartenir au peuple libyen. Selon des communiqués d’octobre 2025, les sommes en litige étaient estimées à environ 20 millions d’euros sur un total de 50 millions précédemment convenus.
Les experts estiment donc que son assassinat pourrait répondre à deux objectifs concomitants de Paris : affaiblir tout projet politique visant à réunifier la Libye et interrompre un processus juridique et médiatique susceptible de rouvrir des dossiers sensibles en France, notamment celui des compensations.
Intensification de la violence au Sahel après le recul de l’influence française
Le recul de la présence française au Sahel a coïncidé avec une augmentation des attaques armées visant des infrastructures civiles et militaires, y compris les récentes attaques au Niger, ainsi que des tentatives de coup d’État au Mali et au Bénin, et des campagnes médiatiques ciblant des dirigeants politiques, comme le président tchadien Mahamat Déby.
Certaines autorités régionales, notamment au Niger, ont laissé entendre une responsabilité indirecte de la France dans ces développements, estimant que l’objectif était de faire pression sur les nouveaux régimes ayant choisi de diversifier leurs alliances internationales et de réduire leur dépendance vis-à-vis de Paris.
Des observateurs mettent en garde contre le fait que la poursuite de ce modèle orchestré par Paris pourrait entraîner une escalade supplémentaire, que ce soit par des troubles sécuritaires ou par des attaques ciblant des personnalités politiques, comme en Libye.
Conclusion
Dans cette optique, des analystes spécialisés dans la situation sécuritaire en Afrique considèrent que ce qui se passe en Libye et dans les pays du Sahel ne doit pas être vu comme une série d’événements isolés, mais comme une partie d’un panorama plus large visant à repositionner stratégiquement Paris.
Les instruments de ce repositionnement ne se limitent pas à la diplomatie traditionnelle : ils englobent l’action via des intermédiaires internationaux, l’activation de réseaux de pression politiques et sécuritaires, ainsi que le soutien à des groupes extrémistes et séparatistes pour atteindre des objectifs non déclarés.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Le Site Internet du MINAT est-il de nouveau manipulé ou piraté ?
- Les Lionnes Indomptables présentent le trophée de la CAN à Orange Cameroun
- Meurtre à Nkoabang : le corps de Valérie Nkwanga enterré dans le jardin
- Draft ANAFOOT 2026 en partenariat avec Orange Cameroun : Une nouvelle génération de talents
- 8 Femmes tuées en 8 jours : La LEFE dénonce une crise nationale et exige des lois
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Paul Biya reçoit les championnes d'Afrique ce samedi
Cameroun - Lionnes au Palais : sacre historique, selfie interdit
Paul Biya 93 ans : de retour au Cameroun, que va-t-il faire ?
Cameroun - SNH-SCDP : le scandale qui fait exploser les prix
Cameroun - Manchester United s'offre Carlos Baleba pour 75 M€
il y a un mois
Tentative de coup d'État au Cameroun : qui est Sani Mouhamadou ?
France - FESTIVAL EMUNÈ KWAMBÈ 2026: à Villejuif, la diaspora Sawa écrit une nouvelle page de son histoire
Cameroun - Mvondo Ayolo : « Ceux qui attendent la mort de Biya partiront avant lui »
Gabon - Affaire Bongo : Sonia Rolland rattrapée par un appartement offert en 2003
France - PARIS CROISIÈRE : LE TRIOMPHE D'UN COUPLE, LA FORCE D'UNE COMPLÉMENTARITÉ
il y a un an