Cameroun - Pour conjurer les démons d'une guerre civile généralisée.
© Correspondance : G.-H. Ngnepi | 26 Mar 2025 09:24:35 | 3093Un mois avant les tragiques événements d'avril 1984, le poéte René Philombe, membre du Comité central de l'UPC alors clandestine, avait adressé au Chef de l'État un courrier l'invitant à prendre des mesures pour désamorcer un coup d'État que d'insistantes rumeurs donnaient pour imminent.
Les faucons du systéme dirigeant avaient alors laissé faire pour, après coup, expliquer tranquillement que ces tragiques événements constituaient, aux yeux des sceptiques, la preuve de ce que eux, les faucons, avaient eu raison, depuis toujours, de croire et dire que le régime avait, à l'intérieur de notre pays, ses propres ennemi(e)s.
De nouveau, une rumeur diffuse donne pour plausible un coup d'État qui s'effectuerait "le 20 mai 2025" .
Mieux vaudrait, cette fois, songer à épargner les vies humaines en s'affairant à désamorcer le coup, à présent qu'il semble éventé.
À cela il y a une raison fondamentale : déjà laminé par trois guerres permanentes (au Sud-Ouest, au Nord-Ouest et dans l'Extréme-Nord), notre pays mérite la paix qu'une guerre civile généralisée ne pourrait que compromettre pour un temps indéfini. En pure perte.
Des lettré(e)s de haute volée dont l'autorité affectivo-intellectuelle aurait pu baliser le chemin vers la paix ont entrepris de jeter l'opprobre sur toutes les valeurs, toutes les figures en lesquelles elles ont pu s'incarner, de sorte qu'en cette veille de rumeur persistante de coup d'État, nous sommes une société sans croyance forte, une société non-intégrée, une société dépourvue d'un dessein collectif unificateur, et donc aussi une société extrêmement fragilisée.
Qu'est-ce qui nous arrêtera sur la pente d'une éventuelle conflagration, à présent que, vandalisés, nos repères mémoriaux semblent bouger ?
Certainement pas l'autorité de nos lettré(e)s connu(e)s pour leurs peaux d'ànes, certes, et leur mépris de ce que nous avons, jusqu'à présent, pris pour des valeurs sûres, dignes de notre respect collectif : en allant en guerre contre toute autorité sans discernement, c'est aussi la leur qu'ils ont fragilisée, et invité à mépriser.
Le sursaut ne peut donc venir que de nous-mémes, de chacun (e) de nous.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a, hors de nous, rien qui puisse durablement nous unir : ni la langue, ni le terroir, ni la culture, comme l'a établi le philosophe Ébénézer Njoh-Mouellé depuis 1974, et comme l'a montré l'exemple des Grands Lacs, vingt ans plus tard : voilà, en effet, un pays oû Tutsis, Hutus et Twa ont en commun l'histoire, la géographie, la culture et méme la langue. Et c'est, néanmoins , un pays oû il s'est, à dire d'historien, (Élikia Mbokolo), déroulé des "massacres fondés sur des idées fausses".
Il ne faut pas que notre multiplicité et notre diversité si souvent exaltées ces temps-ci par certains de nos lettré(e)s servent de prétexte à des massacres dont la rumeur diffuse déjà l'imminence.
Pour que cela n'arrive pas, souvenons-nous que ce n'est pas à nos différences que nous avons mal : seulement, et de manière fondamentale, à nos inégalités socio-économiques, qu'il ne suffit pas du scintillement de quelques machettes, ni méme du fracas de quelques coups de feu pour résorber : seulement, au bas mot, d'une transformation de notre droit, pour en faire un droit égalitaire pour tous.
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