Cameroun - Edouard Kingué évoque le colonel à la retraite Edouard Etondé Ekotto.
© Correspondance : Edouard Kingué | 27 Feb 2025 08:01:55 | 8699Né le 29 juin 1937 à Douala, Edouard Etonde Ekoto est aujourd’hui à la retraite. A 24 ans il est fraîchement promu de l’école militaire de St Cyr en France, école où l’on forme des officiers de l’armée de terre. La devise est « S’instruire pour vaincre ». Il est nommé Lieutenant en juillet 1961et affecté à la tête de l’escadron blindé de Nkongsamba, aujourd’hui BBR. Mais il a aussi bourlingué dans toute les zones de la guérilla, d’Edéa à Bazou ; de Batcha à Mbanga… Pendant son séjour à Bafoussam vers les années 64, sur le plan social outre la construction de la caserne, le commandant Etonde Ekoto a ferraillé dur pour l’éradication des maladies sexuellement transmissibles au sein de la troupe. La chaude pisse faisait rage. Le foyer de la maladie était localisé à Foumban connu à l’époque pour ses filles peu farouches dont les soldats étaient friands.
Pour lutter contre les nombreuses contaminations de ses troupes, Etonde Ekoto est allé voir le sultan Njoya. Le militaire et le sultan ont convenu qu’aucune fille de Foumban ne sera plus autorisée à aller à Bafoussam sans se faire dépister. De l’autre côté il fait appliquer les mesures strictes qu’aucun soldat ne pourrait plus se rendre dans le Noun sans se faire dépister. Beaucoup de d’hommes de troupe était infecté et il n’existait pas encore la protection masculine. Etonde Ekoto a fait construire une prison au sommet du Mont Bamboutos sur la partie la plus élevée du massif, culminant à 2 000 m d’altitude. Il y tombe 2 510 millimètres de précipitations par an. La mesure s’expliquait par le fait que Bafoussam était une zone de guérilla, un conflit où les effectifs comptent plus que l’armement. Quand la compagnie avait besoin de ses éléments pour une opération, le jour du départ une bonne partie était indisponible, déclarés infectés.
Les personnes atteintes étaient envoyés à la prison du Mont Bamboutos ou au sommet la température moyenne est de 22°C. Et les soldats qui y passaient deux ou 3 jours devenaient doux comme des agneaux ». Donc les galipettes avec les filles de Foumban se faisaient rares et la troupe pouvait ainsi compter 90% de ses effectifs. Même le Sultan était satisfait parce que la médecine militaire envoyait pleins de doses d’antibiotiques dans les formations sanitaires de Foumban. Apres Bafoussam, Etonde Ekoto rejoindra Semengue pour une longue opération de trois mois en plein maquis au Sud de Bazou. ‘L’opération Tonga’ consistait à s’installer chez les rebelles. Il n’y avait aucune route de Bazou à Tonga, de Kondjock à Tonga, de Tonga à Yabassi ; il n’y avait pas de piste d’aéroport. Chaque fois que les troupes devaient être ravitaillées, l’avion larguait les vivres à une vitesse basse. Si un sac de 25Kg de riz dont la résistance était faible tombait et éclatait, les soldats dans un rayon déterminé procédaient au ramassage pour le tamiser.
Il en était ainsi pour la viande. Le sable entrait dans la chair et les soldats devaient s’affairer à l’extraire minutieusement. Le Ndé était un coin chaud du maquis. C’est pendant ces opérations à Tonga que le sous-préfet de Bazou fut assassiné. Un député de Bangangté accusé de l’assassinat du sous-préfet de Bazou fut fusillé. Selon Pr Bouopda Pierre Kame, il sera « de ce fait jugé au mois d’octobre 1963, condamné à mort, et fusillé le 3 janvier 1964 à Bafoussam » sur la place publique. Le capitaine Etonde Ekoto est ensuite appelé en sapeur-pompier dans la Sanaga Maritime qui flambe sous le feu des maquisards. En juillet 1963, il devient donc le Commandant du 1er bataillon de l’Armée camerounaise et du quartier militaire de la Sanaga Maritime à Edéa en remplacement du commandant Sémengué né le 25 juin 1935, ancien des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.
Apres avoir « liquidé » la rébellion et œuvré au ralliement des chefs rebelles à Edéa, parmi lesquels le célèbre Makanda Pouth, il quitte Edéa en février 1964 à pied en direction de Bafang avec son bataillon, nettoyant au passage les poches rebelles de Dibombari et Mbanga. Le bataillon à pied faisait ce qu’on appelait la « normalisation », c’est-à-dire nettoyer les foyers de rébellion au fur et à mesure de l’avancée de la troupe jusqu’à Bafang. C’est au cours de sa remontée vers l’ouest que la rencontre avec Ernest Ouandié, né en 1924 à Badoumla, mort fusillé le 15 janvier 1971 à Bafoussam a eu lieu. Ouandié était une figure de la lutte pour l’indépendance du Cameroun au sein de l’Union des populations du Cameroun (UPC), puis un des principaux acteurs de la guerre civile à partir de l’indépendance en 1960.
Il est réhabilité en 1991 et déclaré héros national par l’Assemblée nationale du Cameroun. Selon l’avis du colonel Etonde, Ouandié ne faisait pas ce qu’on appelait la rébellion mais plutôt de la politique Il s’était réfugié dans la forêt. A Bafang dans la région de Batcha, au cours d’une opération, Ouandié et son groupe avait appris qu’Etonde Ekoto était dans les parages. « C’est un de mes plus proches collaborateurs, officier de renseignement qui avait informé les rebelles que nous allions passer par là ». Etonde Ekoto s’est retrouvé nez à nez avec les hommes d’Ernest Ouandié.
Mais le chef rebelle a empêché les maquisards de tirer sur le commandant militaire: « non ! Pas celui-là, c’est l’armée de demain, c’est le Cameroun de demain ». Etonde Ekoto n’a jamais compris pourquoi alors qu’il était en ligne de mire, aucun coup de feu n’a été tiré dans sa direction. Le grand homme du maquis avait refusé que l’on tire sur le Colonel Etonde qui avait perdu quelques hommes dans l’affrontement. Ouandié avait refusé de le tuer. Le colonel s’est longtemps posé cette question. Il y’avait eu une confrontation entre ses hommes et les maquisards. Ils ont tiré sur ses hommes sauf sur lui. C’est Ouandié lui-même qui révèlera cet épisode bien plus tard au moment de son procès, alors que le colonel suivait déjà les cours à l’école des Etats-majors en France…
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