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Cameroun - Témoignage d’André Marie Tala : Ernest Ouandié, un héros immortel face à l’oppression coloniale

Dans un témoignage poignant, André Marie Tala dénonce avec véhémence les déclarations récentes d’Elimbi Lobé, qu’il qualifie d’inacceptables. Ce récit, chargé d’émotion et d’histoire, plonge dans les sombres heures de la lutte pour l’indépendance du Cameroun et rend hommage à Ernest Ouandié, figure emblématique de la résistance nationale.  

André Marie Tala, aujourd’hui non-voyant, se souvient avec une précision troublante des événements qu’il a vécus dans sa jeunesse. À l’âge de 15 ans, en 1963, il a été témoin d’une scène qui a marqué à jamais sa mémoire. Alors qu’il se rendait à Bafoussam pour remettre un sac à sa tante, il est passé par le carrefour Maquisard. Ce qu’il y a découvert dépasse l’horreur : des têtes de compatriotes exposées par les colons et leurs complices locaux, une stratégie de terreur visant à briser toute velléité de résistance.  

Ce traumatisme, profondément ancré en lui, a été exacerbé par les bombardements incessants de la région Bamileké par des avions coloniaux. Ces attaques ont contraint des milliers de personnes à fuir leurs foyers et à passer des nuits interminables en brousse. Tala se souvient également de l’humiliation des laisser-passer, imposés comme si les Camerounais étaient des étrangers sur leur propre terre.  

Face à cette oppression brutale, de jeunes nationalistes camerounais se sont levés pour défendre leur patrie. Parmi eux, Ernest Ouandié, un héros dont le courage et la détermination restent gravés dans l’histoire. Tala rend un hommage vibrant à cet homme qui n’a jamais failli, même face à la mort. Le 15 janvier 1971, jour de l’exécution d’Ouandié à Bafoussam, Tala, bien que privé de la vue, était présent. Il se souvient de chaque détail, notamment du refus d’Ouandié de se faire bander les yeux, choisissant d’affronter la mort avec dignité.  

Aujourd’hui, les déclarations d’Elimbi Lobé, qui insultent la mémoire d’Ernest Ouandié, résonnent comme une offense impardonnable pour André Marie Tala et pour tous ceux qui honorent le sacrifice des héros de l’indépendance. « Insulter sa mémoire, la souiller de la sorte, est inacceptable. Nous ne pouvons l’accepter. Nous ne devons pas l’accepter », déclare-t-il avec fermeté.  

Ce témoignage rappelle l’importance de préserver la mémoire collective et de rendre hommage à ceux qui ont lutté pour la liberté du Cameroun. Il appelle également à une réflexion sur les valeurs de respect et de dignité qui doivent guider les discours publics. 


Les déclarations d’Elimbi Lobé sont inacceptables ! 
Avant de perdre la vue, j’ai eu la chance de voir jusqu’à mes 15 ans.  Ce que j’ai vu en 1963 hante encore ma mémoire. Ce jour-là, à Bafoussam, ma grand-mère m’avait confié un sac à remettre à ma tante. Ce que j’ai découvert en chemin au « carrefour Maquisard »dépasse l’horreur : les têtes de nos compatriotes, exposées par les colons et leurs complices locaux, pour nous terroriser à jamais. 

Ce traumatisme, profondément ancré en moi, n’a jamais cessé de me hanter.
Je revois encore ces avions qui, sans relâche, bombardaient la région Bamileké, nous condamnant à fuir, à passer d’innombrables nuits en brousse. Je me souviens de l’humiliation des laisser-passer  qu’on nous imposaient comme si nous étions des étrangers sur notre propre terre.

Face à cette violence impitoyable, face à cette volonté écrasante de domination coloniale, de jeunes nationalistes camerounais se sont levés. Ils ont combattu avec bravoure, prêts à tout sacrifier pour notre liberté.

Parmi eux, Ernest Ouandié ! Un fils digne de la nation, un combattant de l’honneur qui n’a jamais failli, qui n’a jamais trahi le combat. Je n’oublierai jamais le jour de son exécution à Bafoussam le 15 janvier 1971. Bien que privé de la vue,  j’y étais et je garde en moi chaque instant de cet événement, gravé à jamais dans mon engagement.

Ernest Ouandié avait refusé qu’on bande ses yeux . Il avait choisi affronter la mort !
Aujourd’hui, insulter sa mémoire, la souiller de la sorte, est une offense impardonnable. 
Nous ne pouvons l’accepter. Nous ne devons pas l’accepter.

André Marie Tala

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