Cameroun - Faits Alternatifs et Pouvoir du Faux: Notes sur Achille Mbembe et Agbor Balla
© Correspondance : Pr. Olivier J. Tchoauffe, Porte-parole du CL2P | 16 May 2020 11:16:00 | 3110Le CL2P, en tant qu'organisation des droits humains, ne peut être indifférent au spectacle du lynchage de deux universitaires et militants des droits humains de renom, Achille Mbembe et Agbor Balla, le premier en Allemagne et le second au Cameroun. Cela ne nous laisse pas indiffèrent, d’autant plus, que nous comptons des membres en notre sein qui sont régulièrement soumis à des sentences inquisitoriales et lynchés, en particulier par le régime de Yaoundé et ses “créatures zombifiées.”
La théorie post-moderne est un outil utile pour comprendre notre paysage d'enfer et de post-vérité contemporain dans lequel nous sommes coincés dans des logiques d’exclusion implacable et de régression démocratique, sous le vernis cosmétique du libéralisme démocratique et de délibération dite “objective” pour délégitimer tous les activistes de droit humains sous les accusations fallacieuses de “politique identitaire” , puis leur appliquer la sentence inquisitoriale de racisme, d’antisémitisme ou de l’ethno-fascisme à l’envers.
À ce sujet, l’idée incongrue véhiculée par les différentes logiques d’exclusion, selon laquelle il faut être partisan d’une autre, donc, l’idée d’extrême droite selon laquelle nous serions tous des combattants du suprémacisme racial, tribal, ethnique ou réligieux, puisque aucune forme d’universalité ne peut exister parceque nous sommes tous censés être des esclaves volontaires de notre propre essentialisme.
Le CL2P ne peut tomber dans ce genre de piège condescendant qui ne sert qu’à dépolitiser le débat politique pour renforcer le statu quo totalitaire et transformer toutes les inégalités en tabous sociaux.
En effet, dans ce paysage d'enfer, les faits n'ont pas d'importance, la connaissance partagée est une illusion et seule la perspective idéologique semble faire l'affaire. Dans, cette optique, Kellyane Conway, en tant que conseiller du premier président postmoderne des États-Unis, Donald Trump, a inventé la notion de «faits alternatifs» dans notre discours public.
Il va sans dire que cette «mort des faits» a créé notre univers post-vérité parce qu'elle prétend qu'il n'y a rien de tel qu'une connaissance objective et ouvre la voie à notre dystopie et à notre nihilisme actuels.
Le cas d'Achille Mbembe en Allemagne et d'Agbor Balla au Cameroun (tous les deux des cibles de choix des réactionnaires des deux pays) est la dernière itération de ce nihilisme et de cette dystopie.
Le but est de museler des voix crédibles qui réflechissent sur les questions de ségregation palestinienne (en Israël) et anglophone (au Cameroun). Au-delà du tollé mondial suscité par l'accusation grotesque d'antisémitisme brandie contre l'écrivain et historien Achille Mbembe, le véritable objectif poursuivi ici par ses censeurs d'extrême droite allemands consiste à semer le doute dans l'esprit des gens, à créer puis à propager un début de suspicion dans l'opinion publique internationale (notamment à travers le débat suscité par lcette accusation infondée dans les milieux intellectuels) ... qui finirait de la sorte par paralyser littéralement le célèbre auteur camerounais, l'obligeant désormais à s'autocensurer systématiquement sur toutes les questions relatives au régime d'apartheid appliqué par la politique israélienne dans les territoires occupés.
Cette cause pourrait donc définitivement perdre une des voix les plus respectées et les plus crédibles du monde académique et littéraire, à qui les réactionnaires allemands tiennent à assigner ou restreindre les réflexions « autorisées » (par eux bien évidemment) uniquement à son Afrique noire d’origine. C'est pourquoi ce processus ignoble doit être définitivement exposé, en particulier son fond raciste et fondamentalement négrophobe.
Dans la même veine, au Cameroun, le licenciement abusif de l'avocat et défenseur des droits humains Agbor BALLA par le régime de Yaoundé parce qu’il a proposé un sujet portant sur la crise anglophone à ses étudiants, est aggravé par la réaction officielle délirante et honteuse du ministre de l’enseignement supérieur à ce flagrant abus d’autorité, marqué du sceau de la bassesse puis de la petitiesse qui prévaut dans les cercles du pouvoir à Yaoundé, même lorsqu'il est revêtu du costume de ministre d'État dans une république devenue malheureusement bananière.
Au fond ces attaques brutales contre Achille Mbembe et Agbor Balla sont faites au nom de la défense de la «vérité canonique» et contre une culture du «politiquement correct» qui prospère avec les politiques dites identitaires. Mais vouloir imposer une culture dite de gauche dominée par l’idéologie identitaire au détriment de la recherche d'une vérité objective et partagée sonne en réalité l’impossibilité d'une connaissance objective, en fait le refus délibéré des officines d’extrême droite d’autoriser l’accès des milliards de personnes à des analyses objectives et fouillées.
Ce qui doit nous inquiéter ici, c'est ce que Jean Baudrillard a mis en garde contre la puissance du simulacrum et des simulacres, et la puissance du faux que les régimes dystopiques savent manier avec expertise pour détruire notre notion de réalité partagée.
L'extrême droite a compris le pouvoir des médias et la notion d'hégémonie d'Antonio Gramsci et la nécessité de gagner la guerre des médias par tous les moyens nécessaires dans un monde où la ou les représentations sont elle(s)-même(s) devenue(s) des réalités à part entiere. Et cela explique comment un régime ethnofaciste de renommé mondial peut renvoyer sans ménagement un militant de droit humain d’une chaire universitaire au nom voulu de la défense de sa conception ethnofasciste de l’«éthique et la déontologie» de la pédagogie académique.
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Pr. Olivier J. Tchoauffe, Porte-parole du CL2P
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