Coronavirus : l'Afrique défie les pronostics, mais ne crie pas victoire
© Source : AFP | 14 May 2020 16:50:00 | 2962Le 14 février, l’Afrique enregistrait en Egypte son premier cas de coronavirus. Loin des projections alarmistes, le continent n’a, trois mois après, pas connu le cataclysme redouté, mais la prudence reste de mise sur l‘évolution d’une pandémie qui pourrait progresser lentement et longtemps.
Le continent compte, selon le dernier bilan de mercredi, un peu plus de 70.000 cas, soit 1,6% du total mondial alors qu’il représente 17% de la population mondiale. Le virus y a causé la mort de quelque 2.500 personnes.
Autre motif de satisfaction, l’Afrique subsaharienne enregistre une plus faible létalité (moins de 3% des cas, selon des estimations) de la maladie par rapport à l’Europe.
De plus, la densité de population est plus faible en Afrique, limitant ainsi la propagation du virus, de même que la faible mobilité des populations africaines par comparaison aux populations occidentales
“Pourquoi l‘épidémie n’a-t-elle pas flambé en Afrique?”
La communauté scientifique, partagée, avance de nombreuses hypothèses, mais deux grandes explications se détachent: la précocité des mesures barrières et la jeunesse de la population.
“Il y a eu des mesures de confinement prises assez tôt qui ont ralenti la courbe. La plupart des pays ont mis en place ces mesures à peine le premier cas détecté”, souligne Michel Yao, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Brazzaville, interrogé par l’AFP.
“En France, on a mis 52 jours après le premier cas pour prendre des mesures. Il y avait alors 4.500 cas. En Côte d’Ivoire, 5 jours après le premier cas, on a fermé les écoles et les frontières. Une semaine plus tard, c‘était le couvre-feu”, appuie le Dr Jean-Marie Milleliri, épidémiologiste et spécialiste de santé publique tropicale à Abidjan.
L’autre grande explication avancée est la jeunesse de la population africaine: environ 60% de la population a moins de 25 ans. “L‘âge médian tourne autour de 19 ans. Il y a aussi une espérance de vie plus faible avec moins de personnes âgées. Donc moins de cas, et un virus moins actif”, selon ce spécialiste.
“En Occident, les plus affectées sont les personnes âgées”, rappelle le professeur Omar Sarr, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Il ajoute que les personnes âgées sont souvent “porteuses de comorbidités”, facteurs de risques aggravants pour le Covid-19.
“De plus, la densité de population est plus faible en Afrique, limitant ainsi la propagation du virus, de même que la faible mobilité des populations africaines par comparaison aux populations occidentales”, explique au Cameroun Yap Boum II, épidémiologiste de Médecins sans frontières (MSF).
“La plupart des cas restent concentrés dans la capitale et les grandes villes, moins dans les milieux ruraux”, précise Michel Yao.
Existe-t-il une immunité africaine?
Là encore, les scientifiques n’ont aucune certitude partagée. “Il y a une immunité croisée due à une longue exposition à divers microorganismes et une bonne couverture vaccinale avec notamment le BCG, vaccin contre la tuberculose”, avance cependant le professeur Omar Sarr.
“Il y a un possible effet d’immunité acquise compte tenu de la pression infectieuse globale. Il y a beaucoup de maladies en Afrique, donc les populations sont possiblement mieux immunisées que les populations européennes sur des pathogènes comme le coronavirus”, estime le Dr Milleliri. Il évoque aussi “une compétition infectieuse: quand plusieurs virus pathogènes sont en compétition, certains peuvent bloquer le développement d’autres”.
Quels scénarios pour l’avenir?
“Nous devons désormais apprendre à vivre en présence du virus, en adaptant nos comportements individuels et collectifs”, a déclaré récemment le président sénégalais Macky Sall.
Nombre de pays africains s’attendent à ce que la pandémie soit durable.
Selon l’OMS, le taux de transmission plus faible suggère “une épidémie plus prolongée sur quelques années”. Et dont le bilan pourrait être lourd.
D’après une étude publiée début mai qui s’appuie sur la modélisation, “83.000 à 190.000 personnes en Afrique pourraient mourir du Covid-19 et 29 à 44 millions pourraient être infectées au cours de la première année”.
A l’heure actuelle, on note une progression de cas inquiétante en Afrique du Sud (pays le plus touché d’Afrique subsaharienne), en Afrique de l’Est ou encore dans certains pays d’Afrique de l’Ouest.
“Malheureusement on voit que notre région a vu le nombre de cas doubler en deux semaines. Dans certains pays, le nombre de cas a été multiplié par cinq ou six”, alerte le Dr Boureima Hama Sambo, de l’OMS en Ethiopie. “Nous restons prudents. On espère que le pire est derrière nous mais nous ne sommes pas encore à ce niveau”.
Quels risques avec l’allègement des mesures?
“C’est pas le coronavirus qui va nous tuer, mais la faim et la misère”, s’insurgeait il y a peu Soumaila Tiendrebeogo, commerçant à Ouagadougou, à propos des mesures coercitives bridant l’activité.
Face au sévère coût économique et social, de nombreux pays lèvent ou allègent, depuis une quinzaine de jours, les mesures de restriction les plus drastiques. Trop vite?
“Le déconfinement doit se faire de façon prudente”, avertit Michel Yao. “Il faut avoir une capacité suffisante de tests. La plupart des pays qui déconfinent ont augmenté leur capacité de tests. Il faut avoir une certaine maîtrise avant d’aller vers le déconfinement”.
Si les campagnes de tests montent en puissance, elles restent bien souvent modestes face à l’ampleur des besoins.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a engagé la levée progressive du strict confinement imposé au pays, a adopté un ton presque churchillien lundi: “Nous devons nous attendre à une augmentation de cas avec le retour au travail. On doit accepter la réalité, nous y préparer et nous adapter”.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Access Car Loan: La solution Access Bank Cameroun pour acquisition automobile
- Efoulan : la fosse était prête avant le meurtre
- Collaboration ADC - TAXIGO : 50 chauffeurs présélectionnés pour Yaoundé-Nsimalen
- Partenariat MINDEF–CUY : le Génie Militaire réalise le tronçon Minkoameyos–Nkol-Nkoumou
- TAKAD AWARDS 2026 : Douala ouvre la voie à la 7ᵉ édition du « grand bal des génies africains »
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Dimitri Lipoff : l'homme de l'ombre du sacre
Appel pour un gouvernement d’union nationale au Tchad: Succès Masra ou le syndrome de Stockholm ?
Cameroun - Paul Biya : le simulacre d'un pouvoir qui s'éteint
Cameroun - Dieudonné Essomba : « La santé de Biya nous concerne tous »
Cameroun - Lionnes championnes : Biya les attendait… mais était absent
il y a un mois
Cameroun - Paul Biya’s Dynastic Succession Plot
Cameroun - Affaire Jessica Edima : l'appel poignant de Marthe Cécile Micca
États-Unis - Guerre Iran-USA : le Pentagone manipule-t-il les chiffres ?
Cameroun - Le général Melingui Nouma succède à Ezo’o Mvondo
Paul Biya : 2 600 jours hors du Cameroun en 43 ans
il y a un an