Cameroun - Massacre de Ngarbuh:L’aveu d’un gouvernement coupable
© Le Messager : Rostand TCHAMI | 01 May 2020 14:29:00 | 2138Attendu qu’il plaide coupable et reconnaisse enfin l’implication de l’armée dans cette barbarie, le régime se contente de célébrer la magnanimité et la haute attention du président de la République.
Au lieu de faire amende honorable et demander les excuses au peuple camerounais suite au grossier mensonge proféré relativement aux événements tragiques de Ngarbuh, le ministre de la Communication s’est contenté de servir du réchauffé à tous ceux qui demandaient à ses collègues et à lui-même, un mea culpa.
Normalement,l’humilité précède la gloire.Tout comme une faute avouée,est à moitié pardonnée. Ces deux assertions, bien qu’étant d’une véracité générale et incontestable, semblent ne pas encore être l’apanage de certains membres du gouvernement. Car faut-il le rappeler, au lendemain du massacre des civils –parmi lesquels des femmes enceintes et des enfants- à Ngarbuh, dans la région du Nord-ouest, dans la nuit du 13 au 14 février dernier, les ministres de la Communication, de l’Administration terri- toriale et le chef de la Cellule de communication du ministère de la Défense, sont montés au créneau pour faire croire au peuple que l’armée camerounaise n’était ni de près ni de loin, responsable de ces funestes attaques perpétrées dans cette partie du pays.
Malgré que les Organisations de la société civile de même que celles non gouvernementales et certains médias dénonçaient avec preuve à l’appui, l’implication des forces de sécurité et de défense dans ces malheureux événements qui ont coûté la vie à plusieurs personnes, ces membres du gouvernement sont sortis tour à tour pour apporter un démenti à leurs dénonciations, arguant que c’est suite à une explosion des bidons d’essence que le drame s’est produit.
Mensonges
Le temps étant le véritable juge de l’histoire, le rapport de la commission d’enquête mixte ouvert le 17 février dernier par le président de la République pour faire toute la lumière sur cette affaire donna raison aux Organisations non gouvernementales, aux Organisations de la société civile et aux médias. Entre autre, le rapport confirma qu’il y avait eu 18 civils morts dans le cadre de ces attaques et non 5 comme le prétendait le gouvernement. Bien plus il dévoila que les auteurs de ce massacre étaient des éléments des forces de défense et de sécurité.
Face à la presse le 28 avril dernier, le ministre de la Communication a fait des clarifications au nom du « gouvernement», au sujet des actions de communication sur l’incident de Ngarbuh. « …Des voix se sont élevées ici et là, par médias et réseaux sociaux interposés, pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des mensonges proférés naguère par le gouvernement au sujet desdits événements », a-t-il révélé.
Et d’ajouter « pour ces pourfendeurs d’obédiences diverses et qui sont toujours les mêmes, les résultats de cette enquête viennent confondre le gouvernement, dans une sorte de déni de vérité, eu-égard aux faits, tels qu’ils s’étaient déroulés ».
Bonne information
Reconnaissant qu’à chaque fois que survient un événement d’importance et de portée nationale, c’est au gouvernement qu’il incombe, en premier, et le plus promptement possible, la responsabilité de s’adresser à l’opinion nationale et internationale, pour lui donner l’essentiel des informations qu’elle est en droit d’attendre, le ministre de la Communication a fait exprès ou alors a omis de mentionner qu’en pareille circonstance, le peuple n’a pas seulement droit à l’information, mais il a également droit à la bonne information.
La bonne information étant entendue donc comme la divulgation de la réalité des faits sans déformation aucune. Mais comment comprendre que pour une réaction du gouvernement qui est intervenue quatre jours après les événements tragiques de Ngarbuh, c’est-àdire « le temps nécessaire à la conduite des investigations que commandait la gravité des faits », comme l’a reconnu René Emmanuel Sadi, que le gouvernement n’ait pas pu donner la bonne information au peuple ?
Faisant une étude comparative entre les déclarations du gouvernement et le rapport de la commission d’enquête mixte mise sur pied par le chef de l’Etat, l’ancien ministre chargé des missions à la présidence de la République, avoue luimême que s’agissant des incidents de Ngarbuh, le gouvernement a eu des points de vue de convergence et divergence avec la commission d’enquête. « … Les vues du gouvernement et celles de la commission d’enquête mixte sont convergentes, en ce sens que le village de Ngarbuh était devenu un repère, une véritable base logistique de ravitaillement en armes, en munitions et en combustibles, des bandes armées sécessionnistes », se réjouit-il.
Rétropédalage
Et de reconnaître toutefois que « seuls leur nombre exact et la responsabilité des auteurs de ces pertes en vies humaines ont été dissimulés à dessein par les éléments de nos forces de défense et de sécurité engagés dans l’opération, pris de panique ». Aussi relativise-t-il par la suite en indiquant que « par-delà les différences ou convergences que peut révéler l’analyse des diverses communications, l’important est sans doute que les conclusions de l’enquête établissent plus clairement la responsabilité de certains éléments de l’armée dans l’incident de Ngarbuh et précisent les circonstances dans lesquelles cet incident s’est produit ».
Voulant « sauver » la face du gouvernement, René Emmanuel Sadi a-t-il réussi à convaincre véritablement même les plus sceptiques ? Le gouvernement ne devrait-il pas changer sa manière de communiquer ?
Des questionnements et bien d’autres que l’opinion se pose.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Virginie Sonya, 24 ans, tuée par son ex-compagnon en Allemagne
Les enjeux mondiaux des prochaines élections législatives en Russie
Cameroun : le major du bac C 2026 est d'Édéa
Cameroun - Eko Eko : « J'enquêtais sur un coup d'État sur ordre de Paul Biya »
Cameroun - Tazih Robinson :«Apprendre un métier, maîtriser une compétence, entreprendre et créer"
il y a un mois
Afrique - Pourquoi l'Occident vous ment sur l'huile de palme
Cameroun - Succession Biya : Franck contre Ngoh Ngoh, la guerre des clans
Cameroun - DISSIPATION DE LA CONFUSION ENTRE LE SUBJONCTIF IMPARFAIT ET LE SUBJONCTIF PLUS-QUE-PARFAIT
Cameroun - Michel Ange Angouing : « La vérité affranchit »
Cameroun - Yaoundé 6 : Le Pont - Vallée Tam-tam paralysé par une montagne d'ordures ( texte et vidéo)
il y a un an