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Cameroun - Hommage du Directeur Général de TV5 MONDE, Yves BIGOT à Manu DIBANGO

Je suis infiniment triste d’avoir perdu mon grand-frère, Manu Dibango, géant de la musique du XXème siècle qui s’apprêtait, de retour d’une tournée au Japon et en Nouvelle-Calédonie, à enregistrer un album de duos de balafons chromatiques, avant de succomber, au petit matin du 24 mars, du COVID-19.

Je suis devenu son petit frère le 14 juillet 1992 à La Rochelle. J’étais depuis une dizaine de jours le patron de sa maison de disques, et lors d’un petit-déjeuner aux Francofolies, je lui ai proposé le concept de ce qui deviendra Wakafrika : l’album panafricain qu’il était le seul à pouvoir fédérer, premier musicien africain en Europe, première star africaine aux Etats-Unis avec « Soul Makossa », pillé par Michael Jackson pour « Wanna Be Startin’ Somethin’ », un des tubes de Thriller, l’album le plus vendu de tous les temps.

L’idée consistait à réinterpréter des classiques africains (« Jingo » « Pata Pata », « Wimoweh ») ou dérivés (« Biko », « Homeless »), en invitant ses héritiers de tout le continent à le faire avec lui. Aucun n’a refusé : Angélique Kidjo, Youssou N’Dour, Salif Keita, Papa Wemba, King Sunny Adé, Ladysmith Black Mambazo, Tony Allen, Ray Phiri, Touré Kounda, Geoffrey Oyrema, Ray Lema, etc.). Sollicité par le réalisateur George Acogny, Peter Gabriel s’est joint au projet comme Sinéad O’Connor.

Je suis tellement fier de cet album, longtemps classé en tête des ventes World Music en Amérique. Deux ans après, j’ai emmené Manu dans un autre retour vers le futur : la réédition de ses enregistrements d’afro-funk des années 60 et du début des 70, accompagnés de ses principaux succès internationaux sur African Soul : The Very Best of Manu Dibango, autre sortie mondiale.

On ne s’est jamais perdus par la suite, ni à France 2, ni même quand je suis parti diriger la télévision belge, à Bruxelles où il avait débuté sa carrière de musicien professionnel. Et puis, bien sûr, quand je suis arrivé à TV5MONDE, nous nous ne sommes plus quittés.

La dernière fois où nous nous sommes vus, c’était en décembre. Il m’avait donné rendez-vous au Canon de la Nation où il avait ses habitudes. Ponctuel comme toujours, avec un grand manteau et une casquette pour se protéger du froid. Nous y avons passé près de quatre heures passionnantes, pour une très longue interview dont j’avais l’intention de faire la base d’une biographie que j’entends plus que jamais lui consacrer.

En se quittant, à la camerounaise, on s’est dit « on est ensemble ». Pour toujours…

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