Canada - Guerandi Mbara, le « colis » de Monsieur Biya ou la vraie histoire d’un crime d’État franco-africain
© Avec l'éditeur : La rédaction | 19 Aug 2019 09:27:00 | 31153(Québec, le 14 août 2019) - L’assassinat du politologue et officier d’artillerie camerounais Guerandi Mbara procédait, en réalité, du scénario classique des services spéciaux. Une opération homo (pour homicide) clandestine au milieu de soi-disant hasards qui n’en étaient guère. Chaque acteur recruté pour y jouer un rôle ne savait rien de la trame véritable, ni des vrais tireurs de ficelles. L’argent a circulé à Paris pour susciter trahisons, mensonges et fausses pistes a posteriori. Tout le monde a été roulé dans la farine. Pas seulement le de cujus, mais également l’homme qui, après plusieurs tentatives de meurtre infructueuses à Ouagadougou, croyait avoir payé au bon endroit et les bons tueurs pour que son pire opposant soit enfin mis hors d’état de nuire et qui, donc, croyait que l’officier avait finalement été arrêté pour ses beaux yeux et son argent. S’est ensuivie la désinformation dans les médias et certains milieux parisiens, orchestrée par les mêmes « services ». Puis le déni de justice et l’omerta, manœuvres faisant partie du casting initial.
Cette enquête, enrichie par son aspect biographique, a été menée à grande dextérité par un journaliste d’investigation de renommée qui fut spécialement invité en septembre 1997 par le Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères) pour sa science de la politique africaine de la France. Elle vient en démêler l’écheveau avec panache. Véritable grille de lecture de la manière complexe avec laquelle la France continue de mener d’un bras de fer ses anciennes colonies, l’enquête évoque, entre autres, les massacres d’innocents perpétrés par le régime de M. Paul Biya au prétexte du putsch manqué du 06 avril 1984 contre le régime de Yaoundé.
C’est que, dénigré comme homme à femmes ou présenté comme illustre voyou en guise de message subliminal pour décourager ses compatriotes et ses proches, Guerandi Mbara n’était pas moins, sous sa casquette de diplomate burkinabé, un des intermédiaires dans la réconciliation entre l’Élysée et le défunt régime libyen. C’est ce Paris avait intérêt à cacher. Il était un témoin de l’assassinat de Thomas Sankara. Son statut d’homme des armées et de conseiller du président burkinabé Blaise Compaoré l’avait, du reste, impliqué dans d’innombrables projets de « coups d’États » en Afrique et autres rébellions armées dont les ficelles étaient tirées à Paris. Il avait notamment côtoyé les officiers français impliqués dans l’offensive des Forces Nouvelles contre le régime ivoirien. Vous l’aurez compris, il n’avait pas le droit de prendre le large, de se mettre à son propre compte et d’aller se cacher à Paris.
L’auteur raconte toute l’histoire de la très meurtrière diplomatie parallèle franco-africaine. C’est un livre à lire absolument.
Les Éditions Afro-Canadiennes
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