Cameroun - MUTINERIE : Le MRC et les « Ambazoniens » mettent Kondengui en ébullition
© Repères : Bernard BANGDA | 24 Jul 2019 12:28:00 | 3199Les militants de ce parti politique et les adeptes de la sécession au Cameroun en détention à la prison centrale de Yaoundé se sont soulevés le 22 juillet 2019.
La nuit aura été longue dans cet univers carcéral. Après une journée à rebondissements. Qui, selon des sources concordantes, a commencé « très tôt ce matin du 22 juillet 2019 ». Lorsque le personnel pénitentiaire note des frémissements dans certains quartiers spéciaux de la prison centrale de Yaoundé située au quartier Kondengui. Ils sont le fait de détenus incarcérés dans le cadre de la crise anglophone. « Tous revendiquent leur libération immédiate et la fin de la guerre dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », souffle une source.
Les mêmes exigent des pouvoirs publics « l’amélioration des conditions de vie en milieu carcéral et un système judiciaire juste ». Ils se regroupent alors dans la cour du pénitencier avec tous leurs effets. Et ne souhaitent avoir pour seul interlocuteur que « le ministre d’Etat, ministre de la Justice, garde des Sceaux ». Pendant des heures, ils vont entonner des chansons qui rappellent ceux de la lutte dont les effets les ont conduits où ils sont en séjour en ce moment. C’est sur ces entrefaites que des témoins rapportent qu’ils ont été rejoints par « les détenus arrêtés lors des « marches blanches » du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de janvier et juin 2019 ». A ce groupe bouillonnant se joignent certains détenus de droit commun. Le portail des camerounais de Belgique. Tous, plus de 1 000 selon des sources concordantes, expriment les mêmes revendications. Ou presque. Tout tourne autour de « la lenteur dans les procédures judiciaires, source de la surpopulation carcérale ».
Brusquement, tout bascule dans une violence indescriptible. Devant la tournure que prennent les évènements, et sentant que la situation va leur échapper, le vice-président du MRC, Mamadou Motta, tente de calmer ses camarades d’infortune. Il les invite à revendiquer sans exercer de violences ni sur d’autres détenus ni sur le personnel de pénitentiaire. Peine perdue. La tension à l’intérieur de la prison est à son comble. A l’extérieur, militaires, gendarmes et policiers établissent un cordon de sécurité.
CHAMP DE RUINES
En début de soirée, un incendie a été observé dans le local administratif de la prison où ont aussi été signalés des actes de saccage et des pillages. Le bilan fait état de ce que « les émeutiers ont incendié la bibliothèque, saccagé la salle informatique, le bureau du chef de la discipline, les bureaux des intendants, détruit la salle de couture et autres apprentissages ainsi que le bureau de la sacristie ». Les mêmes s’en sont pris « aux quatre locaux du quartier spécial 7 qui accueille quelques directeurs généraux. Emportant des objets de valeur et des montants d'argent ». Les dégâts sont tels que les riverains affirment que « Kondengui ce matin ressemble à un champ de ruines ».
Les émeutiers ne se sont pas limités aux bâtiments. Selon des sources internes à la prison centrale de Yaoundé, « ils avaient planifié la mise à sac du quartier 14 où logent la plupart des hauts responsables sous le coup de l'opération Épervier ». Leur principale cible semblait être l’ancien ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o. Qui s’est réfugié au quartier 5, celui des femmes, où se trouve son épouse. Voyant qu’il était en danger, d’autres prisonniers établissent un cordon de sécurité et l’exfiltre pour le quartier 3 qu’il partage, depuis sa mise en détention provisoire, avec Gervais Mendo Ze. Les mêmes « sauveurs » voleront au secours de l'ancien ministre de l'Eau et de l'Energie, Basile Atangana Kouna. La chance ne va pas sourire aux autres clients de l’opération Epervier. Ils seront molestés. Ainsi Inoni Ephraim et Urbain Olanguena Awono s’en sortiront avec des blessures à la tête. Ils seront rapidement pris en charge au centre hospitalier. Quant à Iya Mohamed et Dieudonné Oyono, ils vont recevoir des coups de gourdins et se feront dépossédés de leurs biens. Enfin, l’on parle « quatre personnes blessées légèrement dans les quartiers 8 et 9 dits du Kosovo ».
LAPSUS SUSPECT
La mutinerie de la prison centrale de Kondengui sert depuis ce 23 juillet 2019 de prétexte à plusieurs sorties des cadres du MRC. Avec comme dénominateur commun, la cacophonie qui entoure la communication de ce parti politique depuis quelques temps. C’est d’abord le vice-président, Emmanuel Simh, qui, aux aurores, se fend dans un post intitulé « Je sors de l’enfer ». Dans lequel il dit avoir été à la prison centrale de Yaoundé aux environs de 22 heures et 30 minutes pour « […] parler à mes militants ». Une activité qu’il n’a pas pu mener parce que, dit-il, « le préfet du Mfoundi [présent sur les lieux depuis la fin de la matinée] me répond que ce n'est plus possible. C’est la phase opérationnelle. Je m'en rends bien compte. L'info claire et nette. En effet, à l'intérieur de la prison, les armes crépitent. Sans arrêt. » Devant le spectacle de la fumée qui sort de l’enceinte de la prison et les coups de feu « tirés en l’air », le militant-avocat décide de rebrousser chemin. Non sans se dire qu’il venait de l’échapper belle.
Plus tard, c’est au tour du secrétaire national à la communication du MRC de confondre les dates de survenue des émeutes. Sosthène Médard Lipot parle du dimanche 21 juillet 2019 pour dire que « ce lundi matin (le 22 juillet 2019, ndlr), l'on est sans nouvelles des cadres et militants du MRC incarcérés dans ce pénitencier ». Il revient sur le fait que « Me Emmanuel Simh, qui n'a pas eu accès à l'intérieur de la prison dimanche soir, est fort édifiant quant aux difficultés d'accès à l'information ». Mais se contredit plus loin : « Selon certaines sources, le 1er Vice-président du MRC, Mamadou Mota Yacouba, a été exfiltré de cette prison ce lundi matin [une fois de plus], ainsi que le militant du MRC, Branco Nana, tous pour des destinations encore inconnues ». L’enseignant de journalisme, qui ne peut s’être pas trompé de date, conclut : « Il convient de préciser que les avocats du MRC travaillent depuis dimanche soir( ?), aux fins d'assister leurs clients en situation difficile »..
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- « L’incompétence n’est pas une fatalité » : Makon
- Paul Biya’s Critical Decline, Chantal Biya’s Dynastic Power Grab and the Political Tsunami Looming
- Mobutu, Kabila, Tshisekedi : le même schéma tribal
- Paul Biya : trois signes qui annoncent la fin du règne
- Louis Marie Kakdeu:La survie du Cameroun dépend de la conclusion d’un nouveau programme avec le FMI
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Gabon - Junior Bongo : le fils d'Omar Bongo qui monte
Cameroun - Capitaine Effoudou accuse Ngoh Ngoh : le clan Baboke riposte
Cameroun - Capitaine Effoudou : « Ngoh Ngoh voulait un coup d'État »
Jamaïque - Rita Marley 80 ans : la reine du reggae fête son jubilé
Cameroun - Rebecca Enonchong face à la SRC : procès le 27 juillet à Douala
il y a un mois
Cameroun - Oswald Baboke convoqué : or, faux décret, les deux affaires qui l'encerclent
États-Unis - Coupe du Monde de foot 2026 : KYLIAN MBAPPÉ A ÉGALÉ LEO MESSI AVEC 6 BUTS
France - Festival Ekang Mbôlô: la disapora ekang célèbre ses racines dans une communion historique
Titre foncier au Cameroun : le casse-tête des frais
Cameroun - Des proches d'Oswalde Baboke parlent d'une loyauté à Paul BIYA qui énerve "les infidèles"
il y a un an