Le Cameroun n’est pas un district des Etats-Unis
© L'Equation : Michel Ange HOPE | 19 May 2019 12:05:00 | 5572Le Sénat américain vient de donner une image rocambolesque du Cameroun et de ses dirigeants. Toute chose qui tranche étrangement avec l’atmosphère empreinte de sérénité dans notre pays car les Camerounais font confiance à leurs institutions et à ceux qui les incarnent.
Tiens ! Le Cameroun ne serait pas la forteresse inviolable où le pouvoir avance sans foi ni loi, dans une forme d’autocratie assumée, dirigée contre ses propres enfants ? L’image rocambolesque qu’ont donnée du pays le Sénat américain et certains activistes de la toile ces derniers jours tranche étrangement avec l’atmosphère empreinte de sérénité et de volonté de visibilité qui a caractérisé l’accueil à Yaoundé, il y’a quelques semaines, du sous-secrétaire d’Etat américain en charge des Affaires africaines, Peter Tabor Nagy. Cette visite, sans tabous ni interdits, organisée à la demande du Cameroun dans un contexte de mises en accusation grotesques et répétées sur le thème des droits de l’Homme, était pourtant essentielle. Qu’elle ait pu avoir lieu et qu’elle ait été ouverte à tout le spectre des représentants de la société civile et politique, est la preuve, s’il en était encore besoin, que le Cameroun n’a rien à cacher.
Au contraire. Le choix délibéré de faire voir et faire entendre à ses partenaires, même si certains sont de mauvaise foi comme le sous-secrétaire d’Etat américain en charge des Affaires africaines, l’écho des actions entreprises ou à venir, des difficultés et des avancées dans l’effort courageux de résolution de ses crises sécuritaires et humanitaires, est un signe indéniable d’ouverture et un parti pris de transparence. Un constat est malheureusement clair : la publication des résolutions hostiles, basées sur les allégations des organisations non gouvernementales, n’a qu’un seul objectif véritable qui est d’ajouter de l’huile sur le feu.
Quoi qu’il en soit, le Cameroun, pays pacifique, richement doté par la nature, avec un taux de scolarisation au-dessus de la moyenne africaine, et un leadership éclairé, qui déploie un plan de développement à moyen et long termes, devrait s’habituer à la récurrence et parfois à l’injustice des critiques et des attaques frontales de la part de ceux qui entendent influencer ou contrarier sa trajectoire vers l’émergence. Le portail de la diaspora camerounaise de Belgique. Il devient donc urgent de les anticiper, pour ne pas les subir. L’initiative du Président de la République de convier par exemple récemment à Yaoundé la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme participe de cette proactivité. Elle a le mérite de forger un mental offensif, de ne pas nous endormir dans une victimisation oppressante. En un mot, de cultiver la résilience collective.
La résilience, notre pays en aura encore besoin pour affronter le monde qui se dessine sous nos yeux. Car, si l’on devait tenter une explication aux agressions que subit le Cameroun de la part de certaines ONG et autres institutions, ce serait que le pays est pris en étau entre les puissances et les intérêts contradictoires. Echaudés par la mondialisation qui décime leurs industries et leurs emplois, pris de vitesse par les nouveaux géants asiatiques, les pays occidentaux ont en effet la tentation du protectionnisme économique, tout en s’accrochant au postulat de l’universalité de leurs valeurs. Ils entendent maintenir la suprématie de leur culture politique et sociale et conserver ainsi leurs marchés, en s’appuyant sur leurs ONG, dont l’indépendance ne fait même plus illusion.
D’où la rhétorique des droits de l’Homme, dégainée comme un sabre pour tenter d’influencer ou de détruire les Nations, afin de mieux les exploiter. Et tout cela au nom du si controversé droit d’ingérence humanitaire, qui a glissé en droit d’ingérence politique. L’élite intellectuelle et dirigeante camerounaise ne devrait pécher ni par cécité, ni par angélisme à cet égard. Car, la réalité est celle-ci. C’est en Afrique, maillon faible de la mondialisation, que se déploie principalement ce prosélytisme violent sur les droits de l’Homme. D’autant plus violent qu’il ringardise les principes et les codes habituels de la légalité internationale. La vertu des élections, la légitimité des élus, le respect des lois, la souveraineté des Etats semblent désormais relever du passé, alors que les entorses à la loi, la pyromanie, les incivilités, les saccages de monuments et d’emblèmes sont parés de toutes les vertus émancipatrices et sanctuarisées.
Posons-nous la question : dans quel but et pourquoi encouragent-ils chez-nous ce qu’ils répriment chez eux ? Pas étonnant alors que les rapports des ONG sur la gestion de la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne soient qu’un festival de gifles et de fessées, comme si cela ne relevait pas d’abord d’une situation interne au Cameroun, et comme si un partenaire de longue date soucieux de porter un regard objectif sur ce drame ne trouvait pas une seule action positive à mettre au crédit du Cameroun. Ce qui relève de l’invraisemblance et prouve que le désir d’accabler est plus fort que le souci d’impartialité. Dans ces manoeuvres de déstabilisation à peine voilées, des groupuscules internes, politiques ou civils, servent également d’appuis et de relais. Ils ne se doutent pas, ou si peu, que ce qui se joue, ce n’est pas le sort d’un homme d’Etat ou d’un régime. C’est bien celui de notre peuple, de notre Nation, de sa capacité à résister et à s’affirmer, à défendre ses frontières, ses richesses, ses enfants. Certains Camerounais organisent ainsi des marches de protestation en Europe, avec l’air de croire que ce continent serait maitre de leur destin, et aurait pour mission de les délivrer de l’oppression de leur propre patrie. Camer.be. En réalité, entre les populistes, adeptes de l’implosion de l’Union Européenne, et le déclin industriel et technologique, l’Europe lutte d’abord pour sa propre survie. Et elle a raison. Dans ce contexte, il importe pour les Camerounais de se serrer les coudes, pour consolider l’unité et la cohésion sociale, le développement, la sécurité et la démocratie. Il importe de construire la résilience collective. Comment ? En refusant que le droit de manifester se transforme en droit de vandaliser, que les revendications professionnelles soient instrumentalisées au profit de certains agendas politiques. En donnant une chance au dialogue et à la paix ; « parce que nous n’avons pas d’autre patrie », selon le propos pertinent du Président de la République. Surtout, il nous faut cultiver la fierté nationale, reconnaitre les efforts et les succès du pays, malgré le chantier immense qui reste. Faisons donc confiance à nos dirigeants et à celui à qui nous avons confié librement le gouvernail du pays. Il dirige encore le Cameroun et est au travail, malgré les vents et la tempête.
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