Cameroun - Interpellation : Le jeudi noir d’Adrienne Engono Moussang
© Mutations : Jenner Onana | 24 Mar 2019 10:19:00 | 15318Arrêtée hier 21 mars en matinée à son domicile au quartier Ekounou, lors des opérations de bouclage de la police, la journaliste en service au quotidien Mutations a été libérée autour de 12h.
Hier 21 mars, il est environ 10 heures. La salle de rédaction du quotidien Mutations est vide. Pourtant, nous sommes un jeudi, l’un des jours retenus pour la traditionnelle conférence de rédaction ; laquelle a toujours lieu dès 09h. Du Directeur de publication (Dp), Georges Alain Boyomo, aux stagiaires, en passant par le rédacteur-en-chef, les chefs de service et les reporters ; toute la rédaction de votre journal s’est déportée au commissariat du 14e arrondissement, situé au quartier Ekounou dans l’arrondissement de Yaoundé 4. Le chef de service de la rubrique Santé-Environnement au quotidien Mutations, Adrienne Engono Moussang, y a été conduit autour de 07h par des éléments de cette unité de la police, alors qu’ils étaient en pleine opération de bouclage dans le coin. C’est donc la première fois que le journal ne tient pas la conférence de rédaction.
A l’intérieur du commissariat, dans une étroite pièce se trouvant au fond du lugubre bâtiment situé derrière le Labogénie, la journaliste du quotidien Mutations est assise sur un banc installé devant une fenêtre ; laquelle est dépossédée de toutes ses vitres. Elle esquisse un sourire quand un visiteur vient pour s’enquérir de la situation. « Tu es là ? », lance-t-elle en accueillant les siens. Aux côtés de celle qui est également appelée « La mère », Carole Prudence Tientcheu de la radio Royal Fm et Toni Moussango, son fils aîné.
Le visage rivé sur son téléphone, elle veut sans doute éviter de promener son regard dans l’exiguë pièce qui sert de bureau à un inspecteur de police. La salle dégage une odeur de poussière. Sur la table, des formats sont sens dessus dessous. Des toiles d’araignée foisonnent sur un vieux meuble coincé contre le mur ; lequel est aussi complètement couvert de poussière. Devant celui-ci, se trouve un banc. Il est occupé par une dizaine d’individus qui, au fur et à mesure qu’on fait l’appel, libèrent la salle. Sans doute, ils ont été embarqués lors de la rafle.
Interpellation
La folle journée de Adrienne Engono Moussang commence autour de 07h. « J’ai croisé deux policiers à l’entrée de chez moi. Ils m’ont demandé de me présenter. Je l’ai fait. Ensuite, ils ont voulu faire une perquisition dans ma maison. J’ai exigé une autorisation car, je voulais avoir un document qui puisse me garantir qu’ils devaient le faire. On a échangé. Le commissaire a insisté sur la perquisition. Je lui ai dit que je suis tout à fait d’accord mais, je veux tout simplement savoir s’ils sont autorisés à fouiller ma maison. Ils se sont donc énervés. L'info claire et nette. Ils m’ont embarquée, en compagnie d’autres dames, arrêtées bien avant », narre-t-elle. La journaliste a d’abord été conduite au palais de justice d’Ekounou. Puis, « ils m’ont amenée au commissariat du 14e arrondissement, toujours à Ekounou ». Libérée autour de 12h, Adrienne Engono Moussang a passé plus de 05h au commissariat. Les motifs de son arrestation, précise-telle, ne sont pas liés à l’exercice de sa profession. « Ils me qualifient d’instigatrice à la rébellion. Ce que je n’ai pas accepté. Lorsqu’ils m’ont entendue, ils ont essayé de m’expliquer ce qu’on entend par rébellion. Moi, je leur ai dit que je n’étais pas d’accord. Je n’ai pas instigué à la rébellion ».
Mobilisation tous azimuts
«Alerte. Ma collaboratrice, Adrienne Engono Moussang, a été embarquée ce matin par la police, qui a fait irruption chez elle. Sa faute, avoir demandé un mandat de perquisition. Elle se trouve en ce moment au commissariat d’Ekounou». Ce post du Dp du quotidien Mutations, publié autour de 08h a, en un laps de temps, a été partagé 35 fois. La nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux. L’alerte a été lancée par ceux qui savent si bien le faire. Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), s’est mobilisé à cet effet. Son président régional dans le Centre, Thierry Eba, les confrères Élise Kenembeni de Label Tv, Prince Nguimbous de Le Jour et bien d’autres journalistes ; ont pris d’assaut le commissariat du 14e arrondissement. Camer.be « Je remercie les membres du Snjc, qui se sont mobilisés. Nous nous sommes dit que nous ne laisserons plus un journaliste incarcéré quelque part. Je sors de l’hôpital, mais j’ai aussitôt accouru pour dire non. On ne dit pas que les journalistes doivent tout se permettre. Mais, il faut quand-même qu’on respecte ce métier qui est aussi épuisant. Même si nous sommes dans une société où on ne reconnait pas toujours l’apport du journaliste », a déclaré le président du Snjc-Centre, Thierry Eba.
En service au quotidien Mutations depuis 2012, Adrienne Engono Moussang, a d’abord travaillée au quotidien Le Jour. Diplômée de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication(Esstic), spécialisation publicité en 1998, cette originaire de Bokaga, canton Gumu-Sud, dans l’arrondissement de Bokito, département du Mbam et Inoubou dans la région du Centre est mariée. Elle est mère de plusieurs enfants et petits-enfants.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Lunettes du ministre : quatre journalistes en garde à vue
- TIMES TELEVISION : LE TEMPS D’UNE NOUVELLE AMBITION AUDIOVISUELLE AU CAMEROUN
- Olembe : Tollo jure que l'hôtel et le centre commercial existent
- MRC : Roger Noah exige que la presse cesse d'appeler Mengue « militant »
- Décès de Dorothée Temou Eboa à Dakar : le drame
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
ELVIS KOYAWEDA de SCI CAPITALNOTRE INVITE
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
États-Unis - Golfe : la présence américaine disparaît, voici pourquoi
Allemagne - AfD : deux documents pour réorienter la politique étrangère
La diaspora camerounaise prévient : « Aucun investissement sûr sous Biya »
Cameroun - Firmin Bakabe prend la défense du Général de Brigade Tobie Gabriel Ngolo Ngomba
Cameroun - TOLLCAM réclame 35 milliards à l'État devant la CCJA
il y a un mois
Ali Bongo brise le silence : « Le Gabon mérite la vérité »
Cameroun - Santé de Paul Biya : Ntimbane Bomo interpelle Mvondo Ayolo
Cameroun - Ntandoum Watat: Lauréat du Prix d’excellence du meilleur apprenant en Hôtellerie-Restauration-DQP 2024-2025
Cameroun - Douala : Djeuga Palace sommé de libérer 1ha de l'ex-REGIFERCAM en 48h sur ordonnance du Tribunal
Drame sur la N3 : bus contre camion, 12 morts au Cameroun
il y a un an