Publication d'une note sur "l'attentat déclencheur" du génocide rwandais
© Avec : AFP | 07 Feb 2019 14:08:00 | 4108Mediapart et Radio France ont publié mercredi des extraits d'une note des services secrets français qui, selon ces médias, a désigné, dès septembre 1994, deux "extrémistes hutus" rwandais comme les "principaux commanditaires" de l'attentat déclencheur du génocide au Rwanda en 1994.
Ces médias précisent que cette note de la Direction générale de la sécurité extérieure française (DGSE) "a été déclassifiée par le ministre (français) de la Défense le 17 septembre 2015" à la demande des juges d'instruction parisiens qui enquêtaient sur cet attentat.
"Ce document du renseignement français", en septembre 1994, "désigne deux extrémistes du régime, les colonels Théoneste Bagosora, ancien directeur du cabinet du ministre de la Défense, et Laurent Serubuga, ancien chef d'état-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme +les principaux commanditaires de l'attentat du 6 avril 1994+", affirment Médiapart et Radio France, qui s'interrogent: "les services de l'Etat (français) ne savaient-ils vraiment +rien+?".
L'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, est considéré comme l'événement déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l'ONU, principalement parmi la minorité tutsi.
Le colonel Bagosora fut un des principaux instigateurs du génocide. Il a été condamné à une longue peine de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qu'il purge au Mali.
Laurent Serubuga, soupçonné d'implication dans le génocide par Kigali, "s'est installé en France dans les années 90", selon Mediapart et Radio France. La justice française a rejeté en 2014 la demande d'extradition de ce Rwandais vers Kigali.
Théoneste Bagosora et Laurent Serubuga "se sont longtemps considérés comme les héritiers légitimes du régime (...) Leur mise à la retraite, prononcée en 1992 par le président Habyarimana, alors qu'ils espéraient obtenir le grade de général (...) a été à l'origine d'un lourd ressentiment et d'un rapprochement remarqué auprès de Mme Agathe Habyarimana, veuve du président et considérée souvent comme l'un des principaux cerveaux de la tendance radicale du régime", selon cette note citée par les médias.
"Cette opération (l'attentat contre l'avion de M. Habyarimana) aurait été préméditée de longue date par les extrémistes hutus (...) L'assassinat de ministres de l'opposition modérée et de Tutsis, moins d'une demi-heure après l'explosion du Falcon présidentiel, confirmerait le haut degré de préparation de cette opération", ajoute la note citée.
En France, une enquête ouverte en 1998 après la plainte des familles de l'équipage français de l'avion avait d'abord privilégié l'hypothèse d'un attentat commis par des soldats de l'ex-rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, devenu président en 2000.
Mais cette thèse a été fragilisée après un rapport d'experts en balistique, qui se sont rendus sur place et qui ont désigné le camp de Kanombe, alors aux mains de la garde présidentielle d'Habyarimana, comme zone de tir probable.
Fin décembre 2018, l'enquête s'est terminée par un non-lieu, les magistrats instructeurs soulignant notamment "l'absence de charges suffisantes" contre les proches de Paul Kagame.
Sollicité par Médiapart et Radio France au sujet de cette note, l'ancien secrétaire général de la présidence française au moment du génocide, Hubert Védrine, a déclaré: "c'est bien possible". "Il y avait des tas de notes, d'origines diverses envisageant les deux hypothèses (...)".
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