Cameroun - INGéRENCE DE L'AMBASSADEUR DES ETATS-UNIS : Le pied de nez de Luc Sindjoun au gouvernement
© Repères : Arthur L. MBYE | 28 May 2018 17:19:15 | 14083Alors que le ministre des Relations extérieures condamne sans réserve la sortie de Peter Henry Barlerin, le conseiller spécial du président de la République la légitime.
Dans le concert des réactions suscitées par la sortie de l’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun suggérant notamment à Paul Biya de ne pas se représenter à la présidentielle d’octobre prochain, figure celle du Pr. Luc Sindjoun. D’habitude si réservé. Dans sa tribune publiée dans Cameroon tribune du 24 mai, le conseiller spécial du président de la République a une position pleine d’ambiguïtés. Tout commence par ce rappel : «L’amitié entre Etats, comme l’amitié entre les êtres humains, est nourrie par les mamelles de la franchise et de la sincérité. L’amitié sans franchise est hypocrisie ; l’amitié sans sincérité est simulation et dissimulation ».
Comme pour légitimer ou à tout le moins minimiser la portée de la bourde de l’ambassadeur, le non moins membre titulaire du Comité central du RDPC souligne : «C’est une déclaration qui, bien qu’ayant surpris certains qui y voient une ingérence manifeste dans les affaires internes, doit être considérée comme participant de la dynamique des relations amicales entre les Etats-Unis et le Cameroun». On croit lire l’ambassadeur des Etats-Unis qui se défausse sur la presse coupable d’avoir mal interprété ses propos. D’ailleurs, pour le conseiller spécial, «la déclaration de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, pour aussi médiatisée et instrumentalisée qu’elle a été, doit être prise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire l’expression d’un point de vue». De son point de vue, il s’agit simplement d’«une contribution à la réflexion du président de la République».
Qui, nuance le conseiller spécial, «est déjà entré dans l’Histoire» grâce à son action à la tête de l’Etat. «Le point de vue exprimé par l’ambassadeur des Etats- Unis ne saurait être considéré comme une injonction adressée au président de la République», présenté comme «le législateur de sa propre conduite». Pour mieux atténuer ce qui apparait à d’aucuns comme une légitimation, le Pr. Sindjoun veut qu’on considère la sortie de Peter Henry Barlerin comme «un point de vue relatif, discutable et déjà discuté». «Un point de vue contredit par la fréquence et la pluralité des motions de soutien appelant à la candidature du président de la République».
Malgré ces nuances langagières, le propos du Pr. Luc Sindjoun en fin de compte fait au moins désordre, à défaut d’être un pied de nez à la position du gouvernement exprimée par le ministre des Relations extérieures (Minrex). Qui a convoqué l’ambassadeur des Etats- Unis mardi 22 mai. Pendant leur entretien, à Peter Henry Barlerin Lejeune Mbella Mbella «a fait part de la vive désapprobation du gouvernement camerounais après sa démarche, qui viole tous les usages diplomatiques en la matière, ainsi que les règles de civilité et de droit, tant dans la forme que dans le fond». Le Minrex a rappelé que «les moments d’échanges entre un chef d’Etat et un ambassadeur représentent ainsi des moments privilégiés de la vie diplomatique entre les deux pays, et doivent être empreints du plus haut degré de confidentialité et de réserve».
Un rappel qui s’appuie notamment sur l’article 41, alinéa 1 de la Convention de Vienne du 18 avril 1961, qui dispose : «Sans préjudice de leurs privilèges et immunités, toutes les personnes qui bénéficient de ces privilèges et immunités ont le devoir de respecter les lois et règlements de l’Etat accréditaire. Elles ont également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet Etat».
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