Cameroun, Drame d'Eseka: Après Camrail, qui portera le chapeau politique ? :: CAMEROON
© Sans Detour : Gérard ABÉGA | 02 Jun 2017 11:05:34 | 6003En jetant en pâture le transporteur Camrail aux yeux de l’opinion, le rapport de la Commission d’enquêtes Yang, ouvertes sur les causes de l’accident qui a coûté la vie à près de 80 personnes le 21 octobre 2016 à Eséka, masque mal les nombreuses défaillances du gouvernement dont la maîtrise aurait permis de limiter son ampleur.
Qui portera le chapeau politique de ce drame ? Bien que très attendue, la publication la semaine dernière des conclusions de l’enquête ouverte sur instruction du chef de l’Etat au sujet de l’accident ferroviaire d’Eséka du 21 octobre 2016, a laissé de nombreux observateurs sur leurs interrogations. Le communiqué du secrétaire général de la présidence de la République indexe au premier chef la Société Camrail, en mettant en cause une série de manquements et de maladresses qui auront été la cause directe de la tragédie : surcharge des voitures du train Intercity de ce jour, vitesse excessive qui roulait presqu’à 90 km/h dans une zone où la vitesse limitée est de 40 km/h, refus de prendre en compte les observations et réserves formulées par les membres de l’équipage au départ du train de la gare de Yaoundé. « Telles sont entre autres, les mobiles qui ont conduit au déraillement survenu à quelques encablures de la gare d’Eséka ce 21 octobre noir », selon les enquêteurs. Au-delà de cette responsabilité civile, le rapport promet des poursuites judiciaires contre les responsables de la société, directement impliqués dans ces manquements.
Incongruités
La publication des conclusions de ce rapport le 23 mai 2017 intervient près de 7 mois après sa disponibilité. En effet, constitués le 26 octobre 2016, les membres de la Commission mise en place pour la mener avaient un délai d’un mois pour rendre leurs conclusions. Selon toute vraisemblance, si l’on s’en tient à quelques révélations faites par la presse, la Commission avait effectivement respecté ces contraintes temporaires, et le rapport remis à qui de droit dans le délai imparti. Même si le temps du président n’est pas celui de l’opinion, il est resté dans les arcanes de la présidence de la République, au point de laisser croire qu’il subira le sort généralement réservé aux enquêtes ouvertes sur les drames au Cameroun par le passé. D’ailleurs, pour de nombreux observateurs, cette disposition de la haute autorité de l’Etat camerounais à rendre publiques les conclusions de cette enquête constitue une grande première, dans un pays habitué à couvrir les enquêtes sur les drames survenus au pays du sceau de l’opacité. En plus, la présidence de la République communique sur cette enquête au moment où le procès ouvert contre le groupe Bolloré par les ayant-droits des victimes, auprès du tribunal de grande instance du Wouri, prend son envol. Les exégètes du droit positif ont tôt fait de crier sur tous les médias que le rapport de la commission Yang ne lie pas les juges, on ne peut s’empêcher de se demander quel juge osera encore disculper Camrail pour aller à l’encontre des conclusions de l’enquête commanditée par le chef de l’Etat - président du Conseil supérieur de la magistrature. On peut donc présager, sans faire offense aux règles de procédure judiciaire en vigueur, que le procès ouvert contre le groupe Bolloré à Douala débouchera sur les mêmes conclusions. Ce qui serait d’ailleurs loin d’être une surprise au regard des principes de droit sur la responsabilité civile, qui oblige celui par qui un dommage est survenu de le réparer. Il est donc clair que sous réserve du verdict des procès en cours devant les tribunaux de Douala, Camrail devrait assumer la responsabilité civile du drame, toute chose pour laquelle l’entreprise française ne s’est pas débinée.
Raffinement
Au contraire, dans un élan de solidarité, Camrail avait déjà manifesté toute sa sympathie aux victimes de l’accident ferroviaire, en octroyant une subvention funéraire aux familles des personnes décédées à hauteur de 1,5 million de Fcfa, et en prenant en charge les soins sanitaires des blessés. Une marque de solidarité qui s’est poursuivie en période de Noël durant laquelle les responsables de la société ferroviaire ont fait le tour des établissements hospitaliers où séjournaient encore quelques victimes de l’accident avec des appuis de réconfort. Reste aussi à comprendre le choix opéré par le président de la République pour confier au chef du gouvernement l’enquête sur le drame d’Eséka, dont on ne pouvait au premier abord exclure la responsabilité du gouvernement. Et pour cause, de nombreuses incongruités avaient marqué l’intervention du gouvernement dans sa réponse à cet accident, depuis sa survenue jusqu’à la prise en charge des blessés. Le résultat présenté aujourd’hui est à la mesure des préjugés que les esprits éclairés étaient en droit d’attendre du chef du gouvernement et de son équipe, composée essentiellement des ministres. Un choix qui était loin de garantir la neutralité et l’impartialité normalement requises des enquêteurs. En désignant la société Camrail entièrement et seul responsable de l’accident tragique d’Eséka, le rapport Yang semble camoufler les manquements du gouvernement qui auront servi de causes indirectes à la survenue, ou à l’aggravation du drame. Au point de remette en cause les termes de la Convention entre Camrail et l’Etat du Cameroun, que Philemon Yang en personne avait célébrée en grande pompe moins d’un an plus tôt, en présidant au nom de chef de l’Etat à Douala en décembre 2015, la cérémonie de réception des nouvelles voitures Camrail aujourd’hui mises en cause dans l’accident. Et dire qu’à l’occasion, le Premier ministre avait exalté le partenariat privé-public, sablant du champagne sur une convention que son équipe tente aujourd’hui de vilipender, comme si le gouvernement n’était pas à même d’en apprécier les contours et de les abroger le cas échéant. Comme quoi, qui veut noyer son chien l’accuse de rage, le dicton est bien connu.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
:: Digue-route du Logone : livraison reportée à 2029
:: Bafoussam : Une candidate au Probatoire BT décède après la proclamation des résultats
:: Défense : la 21ᵉ promotion de l'ESIG clôture son parcours de formation
:: Kousseri en émeute : deux morts, la police accusée
:: Nalova Lyonga ferme 205 écoles au Cameroun
LE DéBAT
:: Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
:: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
:: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
:: Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
:: Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
:: La problématique du changement de nom en droit comparé
:: Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
:: L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
:: Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
:: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Paul Biya : 39 jours d'absence, le Cameroun s'interroge :: CAMEROON
FRANCE :: Dugarry détruit Deschamps : « T'as le niveau pour une demi-finale ? »
CAMEROUN :: Qui est Claude Owona Ekoto, la nouvelle Directrice régionale de la SFI ? :: CAMEROON
Pourquoi Kemi Seba reste en prison en Afrique du Sud :: SOUTH AFRICA
FRANCE :: Dr. Roger Noutcha : « Le NGÔ NDE en Alsace est né de notre volonté de rester unis »
il y a un mois
CAMEROUN :: Faux remaniement : la CRTV a évité un « coup d'État en douce » :: CAMEROON
CAMEROUN :: PCRN : L'ascension fulgurante et la chute brutale de leur égérie Nourane Foster :: CAMEROON
CAMEROUN :: Martinez Zogo informateur d'Etoudi : les preuves accablantes :: CAMEROON
CAMEROUN :: 77 PCA illégaux, 40 milliards perdus : le scandale des entreprises publiques :: CAMEROON
CAMEROUN :: Cabral Libii contre son ex-allié : La guerre des preuves est déclarée :: CAMEROON
il y a un an