Cameroun, Unité nationale: De nombreux soucis
© Le Messager : Souley ONOHIOLO | 23 May 2017 08:05:51 | 5272Rendu en 2017, le « berceau de nos ancêtres » ressemble étrangement à un gigantesque « cercueil » de 475.000km2 ; où, contrastes, controverses, incertitudes, batailles de réseaux, guerres des clans et
insouciances se disputent la scène.
Samedi dernier, 20 mai 2017, les Camerounais ont marqué un autre arrêt, pour commémorer l’unité nationale. Pour sa grande et habituelle parade civile et militaire, le boulevard du 20 mai à Yaoundé a été la grande attraction. Il y a eu autour du président de la République, devenu « roi » et « totem » infranchissable, pour avoir confisqué l’alternance, une confrérie de jouisseurs et courtisans, parmi ceux qui le tiennent prisonnier et qui ont bâti leur fortune et leur puissance sur la passivité et l’inertie du père du Renouveau.. Mais combien sont-ils, dans cette grande cour de ferrailleurs de la mangeoire, des courtisans et des prébendiers à s’interroger sur la longue marche de l’unité nationale, « décrétée » sous le voile d’un référendum, par le président Ahmadou Ahidjo, en 1972 ? Combien sont-ils à se souvenir que dans les mouvements de protestation qui embrasent le pays en 1990, c’est avec la rage au cœur, que les Camerounais, s’empressent d’en finir avec la duperie de l’unité nationale ; au profit de la guerre des clans, des réseaux, du village électoral ?
En premier, Paul Biya est tenu coupable de n’avoir pas consenti au rapatriement des restes d’Ahmadou Ahidjo, le premier président de la République du Cameroun indépendant. Le père de l’unité nationale, pionnier de la construction nationale d’un pays qu’il a dirigé 22 ans durant, mort au mois de novembre 1989 en exil au Sénégal, inhumé à Dakar, loin de la ville de Garoua, sa terre natale, loin d’un pays qu’il a bâti et chéri.
Ce qui divise et n’est pas pour affermir l’unité nationale. Il y a cette controverse autour de l’hymne national du Cameroun.
Illustration : « L’hymne national du Cameroun, Un poème chant à décolonialiser et à réécrire ». En se référant sur cet ouvrage publié par l’enseignant chercheur Thomas Théophile Nug Bissohong, il est difficile de parier sur l’unité nationale. La pertinence de la thématique et son caractère poignant suscitent une série de questions : Un décret peut-il conférer le sacré à un texte ? Le Cameroun qui n’était pas indépendant à 1957 avait-il en urgence l’obligation de disposer des symboles de souveraineté ? Lorsqu’on a demandé à Bernard Fonlon de traduire l’hymne du Cameroun, pourquoi a-t-il écrit un autre texte ? Comment peut-on s’amuser ou laisser prospérer l’illusion d’un chant patriotique national, alors qu’il n’en est rien?
Un souverain âgé de 84 ans est irremplaçable
Le Cameroun est devenu un pays ambivalent, une nation du double langage où, cohabitent la tricherie, le faux et le mensonge. Comment peut-on clamer à perpétuité que nous sommes unis alors que nous chevauchons sur deux hymnes nationaux ? Comment expliquer que ceux qui ont la responsabilité d’agir par des actes ministériels ou des décrets, s’enferment dans le mutisme et l’indifférence, alors qu’ils peuvent remédier à la situation ? Un pays peut-il avoir un fonctionnement normal en ayant deux hymnes qui diffèrent de fond en comble, l’un et l’autre ? Si on admet que l’hymne national est le socle du patriotisme, de quelle pertinence pourrait se prévaloir celui du Cameroun, s’il est construit sur une fondation fragile et précaire ? A en juger par les actes de détournements des fonds, l’antipatriotisme, le vol, l’insécurité, l’abus de pouvoir…, n’y a-t-il pas une relation de cause à effet entre la précarité du socle de notre patriotisme et ces comportements qu’on observe dans la société Camerounaise ?
Telles des mouches en sursis et en errance, les camerounais, à l’épreuve de la survie quotidienne, ont depuis longtemps, fait sauter le verrou de l’unité nationale. Comment parler de l’unité nationale, alors que l’enlisement de la crise anglophone, tétanise encore les Camerounais qui se regardent désormais en chiens de faïence ; entre suspicion et doute.
Aux yeux des populations anglophones, en souvenir de la naïveté politique « affichée » par des acteurs politiques de la taille de John Ngu Foncha, Chief Endeley, Salomon Tandeng Muna, représentants les intérêts des anglophones ; mais facilement « frappés » et happés par la fourberie et la jonglerie du président Ahmadou Ahidjo, il n’y a plus lieu pour les anglophones de pactiser, ni d’être pris en flagrant délit de courtisanerie et de concussion gloutonne, avec le pouvoir jacobin de Yaoundé. Pour preuve, ils ont décidé de se mettre en marge de la célébration de l’unité nationale ; pour dénoncer, s’insurger l’exclusion dont ils sont victimes. « Nous ne voulons pas le remake de 1961 et celui de 1972.
Nos leaders, se sont laissés avoir par le président Ahmadou Ahidjo », aiment-ils à dire. Quelques caciques et dinosaures du régime soutiennent qu’un souverain âgé de 84 ans est irremplaçable. Les anglophones sapent l’unité nationale, affichent des claires ambitions d’en finir avec le malentendu de la conférence de Foumban et le désir d’éternité de Paul Biya, à la magistrature suprême.
Paul Biya hésite à susciter une émulation certaine faite de compétitivité, d’alternance et de fair-play. Il n’y a point d’unité nationale, tant que Paul Biya montre qu’il n’a pas encore inscrit la préparation d’une bonne transition politique et démocratique ; qu’il n’est pas encore déterminé à aseptiser les mœurs, la gouvernance économique et socioculturelle.
L’unité nationale n’est pas possible, si le Cameroun est divisé en deux tribus : celle de ceux qui mangent et l’autre de ceux qui crèvent de misère.
Franchir le cap de la bonne espérance de l’unité nationale, suggère au Cameroun du Renouveau, d’être capable d’inventer une nouvelle République basée sur la justice sociale, l’équité et la juste répartition des fruits de la croissance, empreinte de la nouvelle gouvernance.
X.
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