Cameroun: Transport en commun: attention au suicide collectif !
© Cameroon-Tribune : Grégoire DJARMAILA | 11 May 2017 16:50:50 | 6018A l’entrée du pont Ngueli qui relie les villes de Kousseri au Cameroun et Ndjamena au Tchad, les conducteurs de motos-taxis qui font la ligne entre ces deux villes voisines sont formels : pas de client sans casque et pas plus d’un client derrière une moto. C’est que la surcharge sur les motos à usage commercial et le défaut du port de casque pour le conducteur et son client sont sévèrement réprimés au Tchad. Cet exemple est pris pour faire le contraste avec ce qui se passe sous nos cieux et sous nos yeux. Le phénomène de surcharge dans les auto-taxis et sur les motos-taxis est ancré dans les moeurs.
L’acceptation-résignation de cette pratique par les populations, la complaisance des forces de l’ordre exploitant à leur guise la tolérance administrative constituent le terreau de ce phénomène. De manière fréquente, nombreux sont les chauffeurs de taxis qui rabrouent régulièrement ceux de leurs clients qui s’insurgent contre la surcharge. C’est donc une pratique qui a pris droit de cité dans le paysage du transport en commun au Cameroun. L’absence d’un système de transport de masse dans certaines villes, la forte sollicitation des moyens de transport en commun, l’étroitesse et le mauvais état des routes, le coût élevé du carburant n’expliquent pas tout.
Tout se passe comme si nous avons tous opté pour la tolérance administrative et le laisser-faire. L’application de la réglementation en matière de circulation routière se trouve écartelée entre deux logiques qui s’affrontent: la logique socio-économique et la logique sécuritaire. L’intrusion depuis les années 1990 des motostaxis dans le secteur du transport urbain est venue mettre à mal cette réglementation. L’Etat, soucieux de protéger une filière qui est venue s’offrir comme une alternative au problème de mobilité et une niche d’emplois pour les jeunes, a fini par pratiquer la tolerance administrative.
Pour ne prendre que le cas des motos-taxis, rapidité et accessibilité aux zones les plus reculées sont autant d’atouts qui ont fait de ce mode de transport le moyen le plus prisé de déplacement, sans oublier les prix qui sont plus abordables que chez les chauffeurs de taxi de ville. Mais cela est-il suffisant pour assister à ce « suicide autorisé » ou de laisser ces « engins de la mort » semer tant de trouble dans nos cités ? En entre utilité sociale et sécurité des citoyens, il va falloir réorganiser ce secteur d’activité. Ceux qui excellent dans ce sport sont aussi ceux qui ne respectent aucunement le code de la route. Un grand nombre de décès et de traumatismes dus aux accidents de circulation est causé par la surcharge qu’on observe tant dans le transport urbain qu’interurbain.
Le retour à l’orthodoxie d'un système efficace de sécurité routière, avec la participation de toutes les institutions intervenant dans le fonctionnement du transport routier, est plus qu’urgente compte tenu des ramifications du phénomène. Il faut en effet mettre sur pied un système de contrôle et de sanction efficace, visant à dissuader tous ceux qui en ont fait leur sport favori. Il y va de la protection des vies humaines.
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