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CAMEROUN :: Gouvernance : R. Sadi doit-il se satisfaire du rythme de la décentralisation ? :: CAMEROON

Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation réfute tout lien entre la crise anglophone et la cadence de cette importante réforme.

René Emmanuel Sadi, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, auteur d’une tribune publiée hier dans des quotidiens d’informations générales sur le bilan et les perspectives de la décentralisation au Cameroun, l’admet : « Le Gouvernement a certainement a manqué, jusqu’ici, d’un cadre de référence permettant de donner la cohérence et la visibilité nécessaires à cette importante réforme. »

Le ministre reconnait en outre que « les régions, deuxième échelon de la décentralisation institué par la Constitution du 18 janvier 1996, ne sont pas encore mises en place. » On apprend que l’option prise par le gouvernement est « de consolider la décentralisation d’abord au niveau de la commune, avant de procéder, par la suite, à la mise en place des Régions. »

21 ans

Mais le ministre n’explique pas pourquoi 21 ans après son inscription dans la constitution de 1996, l’institution de cet échelon important de la décentralisation territoriale n’est pas mis en place. Faudra-t-il 30 ans ou 50 ans pour cela ? S’il est admis que la décentralisation est une politique du gouvernement avec pour objectif le développement local et qu’il s’agit de mettre à la disposition des populations des biens et services  de base essentiels (dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’accès à l’eau et à l’énergie…) pourquoi attendre si longtemps pour  sa mise en oeuvre complète ?

Le ministre fournit des éléments de compréhension du rythme donné par le gouvernement à cette réforme que des observateurs jugent très lent : « La décentralisation est un mode d’organisation et de gestion des Etats modernes qui aboutit à la création de collectivités territoriales ‘’infra-étatiques’’ (commune, région ou autres). Elle se traduit par un partage des pouvoirs entre l’Etat et les collectivités locales, selon des modalités variables en fonction de l’histoire, des cultures et des données socio-économiques de chaque pays.

C’est dire qu’il n’existe pas un modèle unique de décentralisation auquel le Cameroun devrait impérativement se référer ou se conformer. Au contraire, ce processus s’accommode et tient le plus grand compte des spécificités de chaque pays. » Le ministre invoque aussi le principe de la progressivité (concept favori du Renouveau) qui, « il faut le souligner, a un fondement constitutionnel. A cet égard, notre processus de décentralisation se veut à la fois dynamique et évolutif. Comme toute grande réforme, il est appelé à s’inscrire dans le temps, dans la durée. D’où une certaine prudence observée (que certains assimilent à la lenteur), en vue de garantir la viabilité et la pérennité des CTD (Ndlr Collectivités territoriales décentralisées) dans leur mise en place et leur opérationnalisation progressive.

Cette prudence relève aussi d’une démarche méthodique et assurée, qui tient compte de la complexité de cette réforme conduite par les pouvoirs publics. »

Remous socio-politiques

Spécificités camerounaises, progressivité, complexité sont donc les déterminants du rythme de la décentralisation au Cameroun. Faut-il attendre une accélération du processus, à travers notamment la ‘’mise en place des Régions’’ comme réponse appropriée notamment aux remous socio-politiques qui, depuis quelque temps, agitent les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ?

Des Camerounais lient en effet les évènements des régions anglophones en partie aux lenteurs du processus de décentralisation. Sur cette question, René Emmanuel Sadi préconise de se garder de certains amalgames, ou confusion et « d’éviter tout jugement hâtif sur la conduite du processus de décentralisation au Cameroun, ce d’autant plus qu’elle ne figurait pas parmi les revendications et préoccupations originelles telles que formulées par nos compatriotes des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. »

Il affirme que le processus de décentralisation est résolument en marche dans notre pays et qu’à la suite d’un diagnostic qui a relevé des acquis, des avancées mais aussi des insuffisances et des limites, ce processus connaîtra bientôt une nouvelle impulsion avec l’adoption prochaine d’une Stratégie Nationale de la Décentralisation. « La mise en place des Régions, conclue-t-il, ne saurait résumer l’’’accélération’’ ou l’approfondissement de la décentralisation dans notre pays. Les communes sont et demeureront nos « collectivités territoriales de base ».

D’importantes compétences et ressources ont été transférées aux communes et communautés urbaines. 20 départements ministériels sont concernés par les soixante-trois compétences transférées par l’Etat, souligne le ministre qui chiffre les ressources financières mobilisées en faveur des collectivités territoriales décentralisées à 588 milliards de francs CFA pour la période 2010-2015.

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