Cameroun - 6 avril 1984 : Les mésaventures de Niat Njifenji et Meva’a m’Eboutou
© Mutations : Georges Alain Boyomo | 10 Apr 2017 11:45:36 | 13022Lors des évènements du 6 avril 1984, Michel Meva’a m’Eboutou, l’actuel secrétaire général du Sénat, est secrétaire général du ministère des Forces armées, aujourd’hui ministère de la Défense. D’après Clément Mboussi Onana (dans son livre à compte d’auteur, «6 avril 1984. Autopsie d’un échec»), Meva’a m’Eboutou a joué un rôle actif dans l’état-major de crise.
D’après le témoignage du colonel Sylvestre Mang (rapporté par l’auteur), Meva’a m’Eboutou avait précipitamment regagné son domicile, alors qu’on attendait de lui qu’il mette un véhicule à disposition pour sillonner la capitale et qu’il signe les messages à destination des unités extérieures, au plus fort de la mutinerie. «J’ai eu toutes les peines du monde à entrer dans sa maison dans laquelle il s’était barricadé. Je l’ai pratiquement sorti de dessous de table (…). Je l’ai amené presque comme on le ferait pour un enfant, là où tout le monde était réuni et nous avons commencé à envoyer des messages à Koutaba et ailleurs, avant qu’on aille chercher le ministre [des Forces armées] en personne », déclare le colonel Mang.
Le médecin-commandant, Jeannot Paul Baya, en rajoute une louche sur la trouille de Meva’a m’Eboutou. «On l’a retrouvé pratiquement en caleçon. Apeuré, il ne voulait pas nous suivre. Nous l’avons sorti de chez lui en babouches, lui avons présenté la situation et demandé ce qu’il y avait lieu de faire. Il n’a pas voulu prendre de décision, invoquant la primauté du ministre [Sadou Daoudou, ndlr] sur sa personne. Sous la pression, il a finalement consenti à signer les messages », se souvient-il.
Dans son récit sur le coup d’Etat manqué, le colonel à la retraite, chargé d’études au Bureau de renseignements militaires en avril 84, Mboussi Onana, parle également de l’actuel président du Sénat. «Un des exemples parmi les plus emblématiques [de règlements de compte post-putsch, ndlr] de ces moments fut celui de M. Marcel Niat Njifenji, directeur général de la Sonel (Société nationale d’électricité).
Il sera dénoncé, accusé d’avoir mis à la disposition des mutins en déroute, le plan d’électrification de la capitale. Pour sa défense, il évoqua une dénonciation calomnieuse. Il ne voyait pas pourquoi le fidèle commis du «Renouveau» qu’il était aurait éprouvé un quelconque intérêt à le trahir. Se retrouver dans la situation d’un serviteur de l’Etat injustement accusé, le poussa à se taillader les veines des avant-bras, dans une tentative désespérée de suicide, heureusement avortée. Innocenté, il a retrouvé son poste à la Sonel», relate Mboussi Onana.
Enquêteur et juge et au Tribunal militaire lors des évènements d’avril 1984, Mboussi Onana (l’un des premiers experts du renseignement militaire camerounais) s’intéresse aussi aux cas de certains hauts commis de l’Etat, encore en vie. «J’ai interrogé M.M. Issa Tchiroma Bakary, Issa Bakari, Dakolé Daissala, Marafa Hamidou Yaya, qui étaient détenus à la Sécurité militaire. Tous ces hauts responsables, à leurs dires, n’étaient en rien au courant de quoi que ce soit.
Malheureusement pour eux, nous disposions d’éléments d’enquête permettant de relever leurs actions. Ceux dont les responsabilités étaient suffisamment étayées sont passés devant le Tribunal militaire». Du reste, dans ce livre, qui paraît après «Le soldat de l’ombre », Mboussi Onana s’inscrit en faux contre des déclarations des généraux Pierre Semengue et Benoit Asso’o Emane, relayées par la presse. Ces officiers supérieurs, d’après lui, sont des «super héros» qui n’aspirent qu’à se donner le beau rôle au sujet du 6 avril 1984. Ce colonel à la retraite rumine sa colère. Il estime que «l’incendie [le coup d’Etat] jugulé, on [le pouvoir] oublie les valeureux soldats du feu». Une posture qui n’enlève rien à la base de données historiques que l’auteur lègue à la postérité.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Coup d’État au Niger : ce qu’on sait
Bretton Woods en Afrique : 80 ans de pillage ?
Cameroun - MRC-MINAT : la guerre des lettres est déclarée
Monde Entier - MICHAEL JACKSON AURAIT EU 68 ANS CE 29 AOÛT 2026 : LE ROI EST MORT, VIVE LE ROI
Cameroun - AS Monaco - Olympique Marseille : 1er choc de la saison en Ligue 1
il y a un mois
France - Delphine Yoboué : « je fais du théâtre engagé »
Afrique - Les institutions financières de la CEMAC face aux incertitudes économiques et aux innovations
Cameroun - « Vous n'étiez qu'un prédateur sexuel » : le capitaine Effoudou accuse Badjeck
Cameroun - Affaire Martinez Zogo : le colonel Otoulou accable Amougou Belinga
Incident Cameroun-RCA : les FACA récupèrent des armes
il y a un an