Cameroun - Justice populaire : La mise en garde de la Cour suprême
© Cameroon Tribune : Jean Francis BELIBI | 23 Feb 2017 09:51:47 | 10319Présidant hier l’audience de rentrée de la haute juridiction, le Premier président a rappelé l’incompatibilité de cette pratique avec les exigences d’un Etat de droit.
C’est sous la douce appellation de « justice privée » que Daniel Mekobe Sone, premier président de la Cour suprême, a qualifié la pratique qui tend de plus en plus à se répandre dans notre société et qui est mieux connue comme la « justice populaire ». En axant son discours, à l’occasion de la rentrée solennelle de la haute juridiction hier sur le thème « La résurgence de la justice privée et l’Etat de droit au Cameroun », il a tenu à dénoncer une habitude qui se substitue à la justice étatique.
Parmi ces comportements répréhensibles, il a cité l’inflation des «crimes crapuleux », des « crimes rituels » directement ou indirectement imputés à des individus soupçonnés de pratique de sorcellerie » ou sans tenir compte de la marge d’erreur, « les présumés auteurs sont livrés à la vindicte populaire ». Ici, on « juge » rapidement et « on exécute » la sentence.
Daniel Mekobe Sone a dénoncé l’attitude de ces employés qui séquestrent leurs employeurs dans l’entreprise ou font des sittings « pour faire entendre leurs revendications en marge de toute procédure prévue en matière sociale ». Que dire de ces populations qui, sous le prétexte de réclamer le paiement des indemnisations relatives à leur expropriation pour cause d’utilité publique ou encore les droits attachés à l’exploitation forestière ou d’une carrière dans leurs collectivités, bloquent la voie publique. Le premier président de la Cour suprême n’a pas épargné ces belles-familles qui, « quelques jours seulement après les cérémonies funèbres », privent les veuves du droit à l’héritage.
A côté de ces quelques cas, il a évoqué « le lynchage médiatique dont l’objectif est de porter atteinte à l’intégrité morale des honnêtes citoyens ». Pour coller à l’actualité, Daniel Mekobe Sone a fait allusion à ces enseignants qui « désertent les salles de classe ou les amphithéâtres, pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail ou la réponse à leurs revendications ». A ceux-ci, il a rappelé que le droit à l’éducation des jeunes citoyens est défini par les conventions internationales auxquelles a adhéré le Cameroun et est inscrit dans le préambule de la Constitution. Soulignant au passage les dispositions du Code pénal qui répriment l’entrave au droit à l’éducation scolaire. Pour le premier président de la Cour suprême, la justice privée « est une dérive intolérable dans un Etat de droit ».
Selon lui, l’on ne saurait se cacher derrière le prétexte que « la justice ne rassure pas le citoyen » ou qu’elle « n’accomplit pas sa mission avec efficacité », pour se faire justice soi-même. Toutefois, il a souligné que dans une société de droit, « l’Etat est tenu d’assurer la sécurité des personnes et des biens ». Une interpellation à l’endroit de tous les intervenants de la chaîne judiciaire.
Avant lui, l’auditoire, constitué des représentants des grands corps de l’Etat et du corps diplomatique a suivi les réquisitions du procureur général près la Cour suprême. Luc Ndjodo a parlé de la protection de la liberté d’aller et de venir par l’autorité publique.
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