Intégration régionale : Et si le Cameroun quittait la Cemac...
© Le Jour : Assongmo Necdem | 06 Jan 2017 09:42:16 | 13016Accord de partenariat économique, accord commercial avec le Nigéria, libre circulation des biens et des personnes… et aujourd’hui la crise. Voilà des sujets parmi tant d’autres qui ne manquent pas de créer des frictions.
Pour qui a compris le concept de rapport de force, il n’y avait que le Cameroun pour convoquer et abriter, comme il l’a fait, le Sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (Cemac) tenu le 23 décembre 2016 à Yaoundé. Au sein du groupe des 6, le Cameroun résiste le mieux à la crise qui frappe la sous-région à cause de la baisse drastique des cours du pétrole. Des pays comme le Tchad et la Guinée Equatoriale sont au rouge tellement leurs économies respectives dépendent des recettes pétrolières. Il y a bien longtemps que les Camerounais ne se sont pas sentis aussi puissants au sein de la Cemac. Etre le « leader naturel » de la sous-région était une chose, assumer ce leadership était une autre paire de manches. Et voilà que la crise permet à la force du Cameroun de se révéler, naturellement.
Mais la nouvelle donne n’occulte en rien les points de rupture qui existent entre la sous-région et son leader. En effet, le Cameroun a bien des choses à reprocher aux autres Etats de la Cemac ; tout comme ces derniers ont des raisons de se plaindre de certaines décisions de leur grand voisin. Le plus gros désaccord vient de l’Accord de partenariat économique (Ape) avec l’Union Européenne.
L’Ape est en vigueur au Cameroun depuis août 2016, après la signature de l’accord d’étape en 2009. Le pays avait choisi de faire cavalier seul, alors que les 5 autres membres refusaient de signer, exigeant de l’UE la conclusion d’un accord régional avec l’ensemble des 6 de la Cemac : Cameroun, République Centrafricaine, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad.
Trahison ?
Le pouvoir de Yaoundé a été taxé de trahison de la cause commune, mais il s’est toujours défendu en expliquant que ses intérêts étaient les plus menacés si jamais l’Ape n’était pas conclu. En effet, l’économie camerounaise est la plus diversifiée de la sous-région, et donc exporte beaucoup d’autres produits en dehors du pétrole. L’or noir n’étant pas concerné par l’Ape, les autres pays n’avaient pas de grand souci à faire.
Sauf que sans le Cameroun, ils se sont retrouvés fragilisés dans les négociations avec l’UE qui leur impose aujourd’hui l’accord signé par le Cameroun. Ils ont été notifiés ce mois de décembre 2016. Dans le contexte de crise actuelle, le rapport de force est plus que jamais favorable au partenaire européen.
La faute à Yaoundé, dira-t-on dans les autres capitales de la Cemac. Des points de rupture ont encore été observés au cours du dernier sommet que le Cameroun a abrité. A la lecture du communiqué final, et après discussions avec plusieurs officiels, il apparaît que les solutions préconisées par le Cameroun ont été mises en exergue. On sait que le président tchadien, Idriss Deby, ne cache plus son hostilité vis-à-vis du franc CFA. Lors du sommet, il était au moins pour que la parité par rapport à l’euro soit revue. Or c’est bien Paul Biya du Cameroun qui a porté la nouvelle que cette parité est maintenue : pas de nouvelle dévaluation du franc CFA. Par ailleurs, le Cameroun a conduit la Cemac à pencher vers des plans d’ajustement structurel avec le Fonds monétaire international (Fmi), même si rien d’officiel n’a encore été arrêté.
Pourtant, le Congo est davantage favorable à un ajustement structurel endogène, c’est-à-dire pensé et porté par les pays de la sous-région. D’ailleurs, le président congolais, Denis Sassou Nguesso, s’était vu confier le pilotage du Programme des réformes économiques et financières de l’Afrique Centrale. A Yaoundé, on explique que ce programme n’est en rien incompatible avec le plan d’ajustement structurel que chaque pays peut négocier avec le Fmi. Cela reste à vérifier dans les faits.
Egoïsmes
Sur ces points de rupture, le Cameroun pourrait être critiqué pour son égoïsme national. Les Camerounais rétorqueraient que les autres sont mal placés pour faire des leçons en la matière. En effet, le Cameroun est classé n°1 en matière d’intégration dans la sous-région. Son bon exemple et ses efforts n’ont jusqu’ici pas convaincu la Guinée Equatoriale et le Gabon à supprimer le visa et à renoncer aux expulsions massives, parfois abusives, des autres ressortissants de la Cemac, avec les Camerounais en ligne de mire.
C’est en partie en cause de la pression de ces deux Etats que le Cameroun a revu en 2015 son accord avec le Mali sur la libre circulation des biens et des personnes. Les deux pays ont dû réinstaurer réciproquement l’exigence de visa qui avait pourtant été supprimé en 1964. Plus encore, le Cameroun pourrait rétorquer aux 5 autres que les égoïsmes nationaux et la politique ont prévalu là où la réalité économique exigeait de faire des choix. Par exemple en ignorant Douala, principale place économique de la sous-région, pour implanter à Libreville la Bourse des valeurs de la Cemac, et à Brazzaville le siège de la compagnie Air Cemac qui a finalement été tuée dans l’œuf.
En réponse à la bourse de Libreville, le Cameroun, en leader économique de la Cemac, avait créé la Douala Stock Exchange. Aujourd’hui encore, il trouve des solutions face aux atermoiements du processus d’intégration dans la sous-région, processus lancé en 1999 et bloqué à sa phase initiale. Depuis l’année 2016, le Cameroun tient ses accords commerciaux avec le Nigéria, son grand voisin de l’Ouest. Le plus important marché d’Afrique est ainsi ouvert aux opérateurs économiques camerounais qui, en prime, peuvent y aller sans visa. La Cemac peut toujours attendre.
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