Les municipales au Mali plombées par les violences et la désaffection
© Afp : Serge DANIEL | 22 Nov 2016 14:59:10 | 7984Les avertissements et mises en garde se sont vérifiés au Mali: les élections communales dimanche ont été perturbées par une série de violences et d'intimidations, qui se sont soldées par la mort de cinq militaires et un civil, et une participation en berne.
Ni les résultats ni le taux de participation global de cette première consultation depuis l'élection du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2013, constamment repoussée depuis deux ans, n'étaient connus lundi après-midi.
Ce scrutin dans un pays sous état d'urgence coïncidait avec le premier anniversaire de l'attentat jihadiste contre l'hôtel Radisson Blu de la capitale malienne Bamako (20 morts, outre deux assaillants tués).
Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.
Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature en mai-juin 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes. Longtemps concentrées dans le nord, les attaques se sont étendues à partir de 2015 vers le centre, puis le sud du pays.
Preuve de cette instabilité persistante, dimanche soir après le vote, un convoi de l'armée qui transportait des urnes en vue du dépouillement est tombé dans une embuscade au nord de Douentza (centre), faisant cinq tués parmi les militaires, selon des sources de sécurité maliennes.
Les assaillants "n'ont pas pu emporter les urnes", a affirmé une de ces sources, soulignant qu'"ils voulaient saboter les élections".
Par ailleurs, dans la nuit de dimanche à lundi, des jihadistes présumés ont pris brièvement le contrôle de la localité de Dilli (nord), près de la frontière mauritanienne, tuant un civil, a indiqué à l'AFP un élu de Nara, à 370 km au nord de Bamako.
"Ils ont attaqué la sous-préfecture", emportant deux ambulances et un véhicule du sous-préfet, a précisé cet élu. Selon une source de sécurité malienne, les assaillants pensaient sans doute trouver dans la sous-préfecture la commission locale de dépouillement des bulletins de vote.
- Un groupe dépose les armes -
La seule éclaircie sur le terrain est venue de l'annonce par un mouvement armé du centre du pays, l'Alliance nationale pour la sauvegarde de l'identité peule et la restauration de la justice (ANSIPRJ), de son ralliement au processus de paix.
"Nous avons décidé de déposer les armes, et d'intégrer le processus de paix", a déclaré à l'AFP Oumar Aldjana, secrétaire général de l'ANSIPRJ, qui revendique quelque 700 combattants, malgré une scission en septembre.
Sur le plan électoral, les opérations de dépouillement se poursuivaient lundi.
A Bamako, dans trois des six communes, la participation avoisinait les 25%, a indiqué à l'AFP un responsable du gouvernorat de la capitale, où l'on redoutait un taux inférieur à 20%.
Plus de 7,2 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner à la proportionnelle quelque 12.000 conseillers municipaux, dont les mandats sont échus depuis 2014.
Officiellement, seules 15 des 703 communes ne comportaient pas de listes, mais dans les faits le scrutin n'a pu se tenir dans de nombreuses communes du nord et du centre du pays en raison de l'insécurité ou de l'opposition de groupes armés.
Ainsi, il n'a pas eu lieu à Kidal (nord-est), bastion de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion), où quelques centaines de personnes ont manifesté et où les drapeaux du Mali et de l'ONU ont été brûlés, selon une source militaire étrangère sur place.
La CMA avait dénoncé l'"entêtement du gouvernement" à organiser ce scrutin avant l'installation dans le nord des autorités intérimaires prévues par l'accord de paix et le retour des dizaines de milliers de réfugiés et déplacés.
A Tombouctou (nord-ouest), où du matériel électoral a été enlevé et brûlé au cours d'attaques distinctes, si le vote s'est déroulé normalement en ville, il n'a en revanche pu se tenir dans de nombreuses communes de la région.
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