CAMEROUN :: Imbroglio : Le marché des caméras de surveillance divise le gouvernement :: CAMEROON
© Le Jour : Hiondi Nkam IV | 14 Nov 2016 15:44:46 | 8647L’entreprise chinoise ZTE veut construire deux centres du Réseau National de Télécommunication d’Urgence dans le cadre d’un don chiffré à 7, 3 milliards. Cinq ministères s’affrontent autour du contenu et de la direction de ce projet. Explosif.
Engagé dans une lutte aussi féroce qu’incertaine contre le terrorisme, l’Etat du Cameroun a entrepris de se doter d’un système de communication spécifique et optimal qui pourrait entre autres lui permettre de mieux maitriser le flux communicationnel et de généraliser l’utilisation des caméras de surveillance. Et c’est dans le cadre de la mise en place de ce Réseau National de Télécommunication d’Urgence que l’entreprise chinoise ZTE a octroyé au gouvernement du Cameroun un don d’une valeur de 7,3 milliards de FCFA en vue de la construction de deux centres de données à Douala (quartier Bépanda) et à Yaoundé (Ekounou).
Pour marquer le début effectif dudit projet, le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze, a en date du 21 juin 2016 saisi le ministre des Travaux publics (ingénieur de l’Etat) pour que ce dernier émette un avis technique pour la la construction des deux structures.
Accordé avec faute
Apres analyse, le Mintp a estimé dans une correspondance datée du 17 aout 2016 que le coût total de l’ouvrage a été surévalué. Au lieu des 4 378 125 092 annoncés par ZTE, le ministère des Travaux publics le situe à 2 545 846 369 dont 1.197 078 506 pour le lot Génie civil et 1 348 767 863 pour les lots technologiques. Dans sa lettre, Nganou Djoumessi attire l’attention de son collègue du Minepat sur le fait que l’estimation concernant les lots technologiques a été adoptée « sous réserve des vérifications ultérieures, étant donné que la totalité du matériel proviendra du pays donateur qui est la chine ».
En dépit de ces réserves et observations clairement formulées, le Mintp a tout de même donné son accord pour le début effectif des travaux ardemment souhaité par le Minepat. Toutefois ces deux ministères sont loin d’être les seuls impliqués dans ce marché délicat qui touche à la sécurité de l’Etat. D’autres parties prenantes font entendre un son dissonant. C’est d’abord le Ministère des postes et télécommunications qui est monté au créneau par la voix de son patron Minette Libom Li Likeng dans une correspondance signée le 30 aout 2016.
Libom Li Likeng s’oppose
En réaction à un précédent courrier de son collègue du Minepat relatif au démarrage des travaux de ces deux centres, la ministre assène une cinglante mise au point de l’entame de son propos : « J’ai l’honneur de vous rappeler qu’ en date du 14 mars 2016, vous avez bien voulu rétrocéder au Minspostel la convention de don signée le 21 décembre 2015, entre la République du Cameroun représentée par le Minepat et l’entreprise ZTE Corporation, en vue de la construction de deux (02) bâtiments clés en main destinés à abriter les centres de données à Yaoundé et à Douala pour le Réseau National des télécommunications d’urgence », écrit-elle.
Pour Mme Libom Li Likeng, la conséquence de cette rétrocession est qu’il « revient au Minpostel de notifier à l’entreprise ZTE l’ordre de démarrer les travaux une fois le processus de la contractualisation terminé ». Une manière polie de dire à son collègue qu’il se mêle d’une affaire qui ne le regarde pas. Qui ne le concerne plus. Bien plus, la ministre indique clairement qu’elle n’est pas disposée à donner ce quitus en l’état. Elle évoque une concertation suscitée par la présidence de la République (tenue du 19 au 22 juillet à l’Ecole des postes), à laquelle le Minepat était dûment représenté par son directeur des systèmes d’information et qui a abouti à une reconfiguration du projet.
Selon elle, les nouvelles données ont été transmises à ZTE qui avait 10 jours pour déposer ses offres. Les nouveaux éléments du dossier sont précisés dans un autre courrier que Mme Libom Li Likeng adresse cette fois au Secrétaire général de la Présidence de la République, « pour la très haute information du chef de l’Etat ». Ils concernent la construction / réhabilitation des bâtiments préfectoraux devant abriter les équipements du réseau, la réhabilitation des stations météorologiques sur le territoire national et la mise à disposition de la technologie 4G, gratuitement et à titre expérimental, sur quelques sites pilotes, en même temps que l’installation prioritaire de la technologie 3G.
En réponse ZTE a signifié au Minpostel que la construction des bâtiments préfectoraux et des stations météorologiques ne fait pas partie de son domaine d’activité. L’entreprise estime aussi que ces nouvelles exigences vont avoir une incidence budgétaire importante et n’a même pas mentionné l’installation de la 4G qu’elle renvoie sans le signifier explicitement à une éventuelle deuxième phase du projet. Pour Libom Li Likeng, les offres de ZTE sont de ce fait « pas conforme aux prescriptions de la Présidence de la République ».
La ministre note qu’en campant sur son offre initiale issue de la convention de 2013, l’entreprise remet en cause « l’atteinte des objectifs du gouvernement ». Elle insiste aussi sur le fait que le Minepat n’est plus habileté à ordonner l’exécution des travaux et évoque les réserves (mentionnées plus haut) du Mintp pour marquer son opposition face à ce projet. Elle dénonce également le fait que la quasi-totalité des équipements importés pour ce projet sont déjà stockés au port de Douala et ont même fait l’objet de délivrance des attestations de prise en charge des taxes et de droits de douane au profit de ZTE.
Mbarga Nguele n’en veut pas
Et pour donner plus de force à sa position l’ancienne Directrice des Douanes convoque un autre « opposant » de poids. Elle rappelle que la « la DGSN avait notifié ses réserves quant à l’intégration de la composante e-police dans le projet, pour les motifs que cette composante relevait de son domaine d’activité et que les négociations étaient en cours avec Huawei pour la surveillance du territoire national ». En effet, le 06 octobre 2015, le Délégué général à la sureté nationale a écrit au ministre des postes et télécommunications pour lui indiquer que « sur très haute instructions du Chef de l’Etat, la Délégation Générale à la Sureté Nationale est déjà engagée dans des négociations particulièrement avancées à ce jour, avec la société Huawei, en vue de l’installation sur toute l’étendue du territoire national, d’un système de vidéo surveillance, qui offrira aux forces de défense et de sécurité, un ensemble de services parmi lesquels l’e-police ».
Dans la même lettre, Mbarga Nguele fait état de l’immaturité de ce projet et suggère même sa réorientation sur la seule thématique de la « prévention et la gestion des catastrophes » pour éviter des dépenses supplémentaires à l’Etat. Isolé sur ce dossier, Louis Paul Motaze n’a pourtant pas lâché du lest. Il a saisi Abba Sadou le ministre en charge des marchés publics en début d’année 2016 pour lui demander d’accélérer la finalisation de la signature du marché. Ce dernier lui a répondu qu’il attendait les éléments actualisés du Minpostel.
Décidé, le Minepat est revenu à la charge pour exiger l’approbation du Mintp. Le dossier a été validé avec faute et Motaze a pris sur lui d’ouvrir le chantier. Le 02 Septembre 2016, Zhang Xianghu, directeur de ce projet chez ZTE a écrit au Minepat pour lui faire état de l’avancement des travaux avec photos en pièces jointes. Il a mentionné l’aménagement de la plate-forme de travail par déblai de la terre végétale et la mobilisation de ressources matérielles et humaines. Ainsi donc, ZTE s’en va construire des centres aussi névralgiques avec un maitre d’ouvrage contesté, (Minepat) un bénéficiaire qui n’en veut pas (DGSN) et un partenaire technique (Minspostel) qui réclame la redéfinition et le pilotage du projet.
Ceux qui voulaient entendre d’autres sons d’une cacophonie gouvernementale érigée en mode de management sont servis.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
:: Bafoussam : Une candidate au Probatoire BT décède après la proclamation des résultats
:: Défense : la 21ᵉ promotion de l'ESIG clôture son parcours de formation
:: Kousseri en émeute : deux morts, la police accusée
:: Nalova Lyonga ferme 205 écoles au Cameroun
:: Cameroun : et si Genève devenait sa capitale ?
LE DéBAT
:: Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
:: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
:: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
:: Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
:: Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
FRANCE :: Deschamps : fin de règne amère après 14 ans
CAMEROUN :: Nathalie Moudiki : l'épouse qui fait la loi à la SNH :: CAMEROON
CAMEROUN :: Idriss Confiance MBE annonce un vaste programme d'appui à plus de 5 000 jeunes de la Mifi :: CAMEROON
FRANCE :: Femmes Sawa en diaspora : un nouveau cercle d'influence pour conjuguer héritage culturel, entreprene
CAMEROUN :: Colonel Otoulou : « Ils ont planifié le meurtre » :: CAMEROON
il y a un mois
RD CONGO :: 500 restes humains : la RDC défie la Belgique sur son passé colonial :: CONGO DEMOCRATIC
CAMEROUN :: La problématique du retour au pays des dépouilles des compatriotes décédés en terre étrangère :: CAMEROON
CAMEROUN :: Séisme chez les Lionnes : Ajara et Mefoumetou claquent la porte :: CAMEROON
Exode camerounais : pourquoi fuir n'est plus une option :: CAMEROON
SOCIÉTÉ À LA DÉRIVE: LE CAMEROUN SE MEURT, VICTIME DE SES PROPRES ENFANTS... :: CAMEROON
il y a un an