Cameroun, Drame ferroviaire d'Eseka : Cette image peut-elle réveiller les dirigeants camerounais ?
© Camer.be : Hugues SEUMO | 27 Oct 2016 11:27:14 | 22120Une image insoutenable, celle d'un enfant, assis sur les pieds de son géniteur lui aussi accidenté à Eseka au Cameroun, suite au drame ferroviaire de vendredi dernier . Nous avons voulu ne pas publier cette photo, mais, vu les réactions qu'elle suscite sur la toile et plus précisément sur les réseaux sociaux, nous pensons que cela valait la peine. Aussi choquante soit-elle, cette photo traduit l'horreur de la gestion calamiteuse d'un pays et interpelle.
Cet enfant, vêtu d'une robe au tissus pagne, visage couvert de sang et de boue, se tordant de douleur tout comme son géniteur, alors qu'il a simplement eu la malchance de se trouver dans le train de la mort au mauvais moment.
Ils sont nombreux, morts pour certains, blessés pour d'autres dans l'accident de train survenu vendredi dernier à Eseka au Cameroun, comme des milliers de camerounais morts avant eux.
Cet enfant à nos yeux est quant à lui devenu le symbole d'une réalité rebutante et indécente. Celle de l'impuissance d'un peuple face à une politique honteuse au Cameroun dont on ne préfère pas voir de visage. Pourtant, on estime déjà à des centaines de morts, le bilan non officiel de cette catastrophe ferroviaire
On retrouve dans cette photo tous les éléments émotionnels qui sortent de la banalisation de toutes les images sur la guerre. Elle interpelle notre conscience, notre devenir, le devenir de nos enfants, de nos jeunes et de notre peuple meurtris par la volonté d'un seul homme.
Comment ne pas être agacé par ce triste spectacle devenu récurrent ? Et c’est bien dommage, car cette tragédie au Cameroun dure au moins depuis 34 ans !
En dépit de toutes les réactions des forces vives de la nation camerounaise depuis quelques années, le problème de l’abandon et la gestion saine de ce pays n’a pas jusqu’ici trouvé une thérapie viable et satisfaisante.
Ce n’est pourtant pas la première image diffusée sur ce drame depuis vendredi dernier. Pourquoi celle-ci fait mal ?
Parce qu’il y a, dans cette photo, un effet de choc. Cet enfant, isolé dans sa douleur, nous touche en tant que père, mère, frère ou sœur. Cela ne peut qu’interpeller la lâcheté de nos dirigeants qui ont la responsabilité d’avoir contribué à ce chaos.
Pourquoi faut-il montrer cette photo?
Une image vaut mieux que mille mots a-t-on coutume de dire . Il le fallait car, se taire, c'est participer à la cacophonie ambiante dans ce pays. Il faut dénoncer ce qui est insupportable.
L’opinion publique ne veut d’ailleurs pas qu’on lui masque la réalité. Le lecteur doit être considéré comme un adulte. La photographie prend sa raison d’être dans la raison même du journalisme. Si demain, pour une raison morale, politique ou religieuse, on empêchait cette photo d’exister, on porterait atteinte à la démocratie.
La responsabilité d’un journal, en publiant des photos comme celle-ci, est de mettre à mal tous les stéréotypes de l’opinion sur le modus vivendi des Camerounais . Cet enfant est là pour nous le rappeler.
Cette image peut réveiller les consciences, comme toutes celles qui ont marqué l’histoire. La petite fille brûlée au napalm prise par le photo journaliste Nick Ut en 1972 avait, par exemple, eu un impact terrible à l’époque. L’opinion américaine avait pris conscience de l’horreur de la guerre. Il est temps de prendre conscience du sort des Camerounais.
Tout Camerounais responsable, n’acceptera pas de se taire face aux effroyables drames que subissent les familles depuis plusieurs décennies à cause d’un effet devenu anesthésiant de longues années de règne avec au menu la gestion calamiteuse d’un pays et le maintient du Cameroun dans un statut de pays ayant reculé de plus de 50 ans en arrière après la période d’indépendance
Nos dirigeants doivent comprendre qu’ils sont eux-mêmes à l’origine de la chute exponentielle de leur pays dans la déchéance multidimensionnelle. La mal gouvernance qui gangrène le Cameroun existe sous le regard morne d’un peuple depuis plusieurs décennies déjà
Il ne sert à rien d’adresser des lettres de soutiens à ces derniers comme le font les laudateurs calculateurs et égoïstes de nos dirigeants. Comment entretenir le chaos dans un pays quelconque et penser que les ressortissants ne vont pas partir?
À quand un train moderne avec des voies multiples et sécurisés au Cameroun un siècle après ? À quand la construction des autoroutes aux normes pour relier nos villes et villages?
À quand des structures d’urgences de secours en cas de catastrophes ou de drames ? A quand la construction des routes secondaires fluides au Cameroun ? À quand la modernisation de nos hôpitaux accompagnée des services d’urgences équipés en matériel approprié et en personnel ?
S’il faut rendre un hommage national à toutes les victimes du 21 octobre dernier, Il faut préalablement que les auteurs et les causes de ce drame soient identifiées et les responsabilités dégagées en toute indépendance.
Ce beau pays , le Cameroun, est-il devenu cet endroit où il est désormais si dangereux de vivre ?
L’image de cet enfant accidenté de ce train de la mort interpelle la lâcheté de nos dirigeants qui ont tous la responsabilité d’avoir contribué à ce chaos. A leur chef hiérarchique d’en tirer les leçons.
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