Procès de Rwandais en France: Octavien Ngenzi, une vie d’ambiguïté
© Source : Avec AFP | 13 May 2016 13:14:06 | 10678Octavien Ngenzi ne sait pas vraiment s'il est Hutu ou Tutsi, ni pourquoi il a été nommé bourgmestre ou appelé "Obama" en prison.
Cet ancien fonctionnaire rwandais, jugé depuis lundi à Paris pour sa participation au génocide de 1994, est l'homme des "surprises" et de l'ambiguïté.
Chemisette grise et fines lunettes, il serre et desserre les mains, écarte parfois les bras pour appuyer son propos, dans un français impeccable. Ses explications, souvent, rendent plus complexe et insaisissable la réalité.
Ce père d'une famille soudée de sept enfants est "concentré" sur sa défense dans ce "dossier accablant" où il est accusé - au côté de Tito Barahira, auquel il a succédé à la tête de Kabarondo - d'avoir été le "donneur d'ordre" de massacres épouvantables dans cette commune de l'est du Rwanda début avril 1994. Des crimes qu'il nie.
Il décrit une vie de malentendus et de "surprises". La plus grande fut sans conteste, selon ce fils de paysan, sa nomination à la tête de sa commune natale le 6 mai 1986. Il revient d'une formation au Kenya et est alors ingénieur forestier en charge du reboisement.
"Je croise une voiture nommée Nissan Patrol. C'était une voiture utilisée par les services de renseignement. Le chauffeur m'arrête et me dit qu'il cherche un certain Ngenzi Octavien. Je pense alors que c'est foutu pour moi", dit-il, rappelant la crainte inspirée par ces services tout-puissants dans un régime de parti unique.
Quelques heures plus tard, il est à Kigali devant le secrétaire général du ministère de l'Intérieur qui l'accueille d'un "Bonjour Monsieur le bourgmestre" et lui dit qu'il doit "prêter serment le lendemain même". "J'ai été le premier surpris".
- 'Solidarité villageoise' -
La cour lui demande qui l'avait recommandé. Il élude, évoque ses ambitions contrariées: "J'ai été vexé. Je faisais des études pour devenir quand même plus que bourgmestre." Peut-être l'influent colonel Pierre-Célestin Rwagafilita, dont plusieurs témoins disent qu'il était proche, a-t-il suggéré son nom? "Un piston" qu'il dit ignorer. Comment expliquer que le fils du colonel lui ait rendu visite en prison? "Solidarité villageoise."
Octavien Ngenzi se veut pédagogue, pour mieux donner à voir la réalité rwandaise, et convoque un épisode traumatisant de sa jeunesse. Il avait 15-16 ans quand son école a été la cible d'attaques anti tutsi. "Beaucoup d'élèves sont morts", lui a été "tabassé parce que considéré comme Tutsi", en dépit d'une carte d'identité portant la mention "Hutu".
"Ma mère était Tutsi, mon père était Hutu. Qui je suis? Il me reste des questions", philosophe-t-il, expliquant qu'il y avait beaucoup de brassage ethnique dans sa région. "On ne savait pas bien qui était Hutu et Tutsi". "Le génocide a détruit les liens", ajoute-t-il, niant toutefois avoir constaté une montée de l'extrémisme dans sa région avant "la catastrophe" qui fit plus de 800.000 morts en cent jours au Rwanda.
Plusieurs témoins le décrivent comme un bon bourgmestre jusqu'au tournant de 1990, quand la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir) lance une offensive dans le nord du pays, depuis l'Ouganda. Il nie s'être radicalisé, rappelle que "c'était la guerre, avec une armée qui envahissait le pays".
Il louvoie aussi sur ses choix. Pourquoi avoir adhéré à l'ex-parti unique, le MRND, après l'avènement du multipartisme en 1991? "Par dévouement. Quand j'ai vu qu'il n'y avait aucun candidat de ma commune, je me suis retrouvé dans l'obligation de me porter candidat volontaire".
Mêmes circonvolutions quant à sa conversion à l'islam aux Comores où il avait fui après avril 1994 - un acte "utilitaire" - ou l'usage d'un faux nom dans sa vaine demande d'asile en France avant son arrestation en 2010 - "pour augmenter" ses chances et non pour éviter des poursuites.
L'ambiguïté jusqu'à sa date de naissance: 1958 pour la justice française et 1956 pour lui.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Fermeture du consulat USA à Douala : ce qui change pour les Camerounais
- Saint Eloi Bidoung affirme : 200 chefs ont rejoint Biya en Suisse
- Affaire Martinez Zogo : le colonel Otoulou accable Amougou Belinga
- Incident Cameroun-RCA : les FACA récupèrent des armes
- Le miracle du Général René Claude Meka:87ans, il reste chef d'état major général des armées
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Armée camerounaise : le n°2 part, le n°1 absent
Cameroun - « Biya a droit à 80 jours de congé » : la sortie d'Owona
Cameroun - SNH : comment 4 milliards de conseils plombent les comptes
Cameroun - Disparition de Charlotte Meyo : retrouvée morte dans la rivière Mfoulou
Cameroun - Jeanne Irène Biya : assassinée ou malade ?
il y a un mois
France - Brunch Entrepreneurial du MP3 : une communauté d'entrepreneurs camerounais prend forme
France - Liliane, 50 ans de grâce : l'élégance d'une vie au service des autres
Belgique - Marcel Tchangue : un dernier hommage à la hauteur de son engagement
France - DUC DIKA DIN NTONE II: la résilience d'un homme de culture face à la tempête
Cameroun - La 7ᵉ édition de la Coupe du Monde de la Presse Culturelle est officiellement lancée.
il y a un an