Cameroun - Appels à candidature
© Le Jour : Patrice Etoundi Mballa | 17 Apr 2016 15:38:45 | 4818Toute démocratie se manifeste dans le fait que les gens ont la latitude de concevoir toutes sortes d’idées et qu’ils jouissent de la liberté qu’il faut pour les exprimer. Rien d’étonnant donc que, ces jours-ci, des Camerounais ont eu l’idée de suggérer à M. Paul Biya de se porter candidat à la prochaine présidentielle et de s’arranger pour provoquer l’anticipation de ladite présidentielle. Ils se sont mis à crier aux quatre vents leur idée, dans un mouvement incontrôlé et grandissant, auquel la presse a fini par donner le nom générique de « Appels à candidature »…
Les « appelants » ont-ils raison ? Pas forcément. Mais, ils ont parfaitement le droit et leurs « raisons à eux » d’exprimer ainsi, sans mâcher les mots, ni se cacher, leur point de vue. Face à eux, des « opposants ». Appelons comme ça ces autres Camerounais qui se situent aux antipodes des « appelants » et qui disent, sans ambages, qui ne veulent ni d’une nouvelle candidature de M. Biya, ni de présidentielle anticipée. Ont-ils raison ? Pas forcément. Mais, comme les « appelants », ils ont leurs « raisons à eux » et le droit d’assumer ainsi leur liberté d’opinion…
Au juste, qui sont ces « appelants » ? Des militants du RDPC ? Si c’est eux, il serait bon de leur rappeler qu’ils confondent les genres et qu’il y a une énorme différence entre le sérieux et la gravité de la présidence de la République et l’agitation fébrile d’une formation politique. Est-ce qu’il s’agit, en priorité, des amis et des parents ? Si c’est eux, ce ne serait pas vain de leur apprendre que la Présidence de la République est bien autre chose que le simple copinage ou la famille. S’agit-il des « éperviables » qui espèrent, par ce manège, trouver grâce et miséricorde auprès du prince ?
Si c’est eux, il est bon qu’ils sachent que la flatterie ne paie pas toujours et qu’à jeu-là, l’« homme-lion » est rarement dupe. Est-ce des flagorneurs qui croient que M. Biya, tant qu’il reste président, leur servira de couverture secourable, pour que leurs combines continuent de prospérer ? Si c’est eux, leur naïveté est à plaindre… Pendant ce temps, de nombreux Camerounais sont scandalisés par les ardeurs intempestives que déploient appelants et non appelants ; car, en ces moments graves où nos officiers et leurs hommes meurent au front pour défendre la patrie, ils trouvent inacceptable que certains de leurs compatriotes voient le Cameroun seulement à travers une présidentielle qui pourrait avoir lieu dans deux ans… Il y a un temps à tout.
Quand cette présidentielle sera arrivée, on en parlera ; on lui consacrera toute l’attention qu’elle mérite. A l’heure qu’il est, le Cameroun a beaucoup d’autres chats à fouetter. Quoi qu’il en soit, en plus de trente ans à Etoudi, M. Paul Biya a souvent rapporté la preuve que, dans l’exercice de ses fonctions présidentielles, il ne puise pas du tout son inspiration dans les pressions diverses de la rue. Il lui arrive même de défier les mouvances moutonnières qui viennent d’ailleurs et qui ne vont pas dans le même sens que ses convictions. Personne ne semble être en mesure de lui imposer quoi que ce soit.
Ainsi, dans les années 90, la « conférence nationale souveraine » n’était pour lui qu’un machin « sans objet », alors que des Camerounais, très nombreux, la réclamaient, en poussant de grands cris, et que la plupart des pays voisins africains en avaient fait leur affaire du siècle…
Certes, Paul Biya n’est point Ulysse d’Homère ; mais, il use des mêmes stratagèmes que lui. En effet, comme ce rusé personnage, il n’est pas insensible aux chants mélodieux des sirènes ; mais, avant de les écouter, il s’arrange, au préalable, pour prendre mesures et précautions qui l’assurent que les matelots, imprudents ou distraits, ne vont pas effectuer la manoeuvre fatale qui enverrait le navire se briser contre les récifs…
Biya est particulièrement imprévisible et ondoyant. Il entend bien les fameux appels ; mais, qui sait ? Peut-être les considère-til, lui, comme un « cirque sans objet ».
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