Cameroun, BONABÉRI : UNE VILLE DANS L’ÉTAU
© La Nouvelle Expression : Hervé Villard Njiélé | 15 Apr 2016 15:11:40 | 12983Traverser ce quartier de la ville de Douala depuis des mois est devenu un parcours de combattant, de jour comme de nuit. Marie Thérèse est assise dans un car de voyage de l’agence «Glory of God» en provenance de l’Ouest Cameroun. Stationné depuis environ trois heures d’horloge au lieu dit «carrefour Mutzig» au milieu d’une file interminable de voitures s’étendant à perte de vue, elle attend avec impatience que la voie s’ouvre. Avec la chaleur torride qu’il fait et son bébé qui n’arrête pas de pleurer, Marie Thérèse digère difficilement son calvaire.
Partie de son village natal Mbouda depuis 12h, pour rendre visite à Jeanne d’Art sa sœur ainée habitant à Bépanda, elle n’a pas toujours rejoint le domicile familial à cause des embouteillages. Pis encore, elle ne peut pas sortir et marcher à pied comme le font d’autres passagers las d’attendre que la circulation se décante. Car, en plus des bagages qu’elle possède, la route pour le domicile de sa sœur est encore très longue. Il faudra d’abord traverser le pont du Wouri avant de penser à trouver un autre taxi qui pourra la conduire à sa destination. Une chose qui n’est pas aisée au vu de longue file de véhicules immobiles qu’il y a sur la route. « Nous sommes partis de Mbouda il était environ 13h. On est arrivé à Bonaberi autour de 17h 30mn. De Bekoko au carrefour Mutzig on a mis près de deux heures dans les embouteillages. Et ça n’avance plus », raconte-t-elle avec beaucoup de colère.
Non loin d’elle, dame Rose Mokam qui revient de Bandjoun avec des vivres pour sa petite famille est dans tous ses états. Attendue à Douala depuis 19h. Elle est encore bloquée dans les embouteillages au lieu dit Rail à Bonaberi. Celle qui croyait échapper à cet énorme bouchon en partant très tôt de son village natal a été prise au piège. «Je suis arrivée à Bonabéri autour de 15h30. Ça roulait à pas de tortue. Mais depuis environ 1h30min. Ça n’avance plus. Je suis coincée là alors que des gens m’attendent pour une réunion à 21h chez moi», se plaint cette dernière avec beaucoup d’amertume. Au volant de sa voiture, elle est prisonnière.
Comme Marie Thérèse et Rose Mokam, ce sont les voyageurs, les habitants de Bonaberi et tous ceux qui empruntent la voie qui dessert ce quartier de la ville de Douala qui ont été pris dans le piège des embouteillages ce mardi après-midi. Pendant près de 4h heures d’horloge, ils sont restés bloqués dans cet interminable bouchon malgré le fort déploiement des éléments de la police et de la gendarmerie.
En effet de 18h à un plus de 23h, le mardi 12 avril 2016, cette route était bloquée. Aucune des deux voies ne circulaient. Les motos habituées à se faufiler parmi les véhicules durant ce genre situation eux aussi n’avaient pas d’issue. Il a fallu attendre des heures pour voir la situation se décanter. «Si pour vous c’est nouveau, nous sommes déjà habitués. C’est chaque jour que nous vivons ce genre de chose ici. Je vais la plupart des temps au boulot à pied. Car, avec ces embouteillages, celui qui va à pied, va plus vite que celui qui est à voiture », déclare Franck William Batchou, journaliste habitant le quartier Bonabéri comme pour demander au passagers de ne pas presser car le calvaire est encore long.
Les travaux de la route
Comme raison principale de ces embouteillages qui paralysent la circulation sur l’Axe Douala Bonabéri, l’on évoque les travaux en cours. En effet, depuis le début des travaux d’agrandissement de cette voie il y a plusieurs mois déjà, circuler ici est devenu une véritable gageure. Avec la présence des engins sur la chaussée et les travaux qui se font presqu’à tout moment, il est difficile de circuler. Ce qui choque davantage les usagers de la route. Les travaux de constructions du second pont sur le Wouri sont également pointés du doigt par ce que elle a réduit considérablement et par endroit la largeur de la route. Une chose qui contraint les véhicules qui circulaient sur les deux sens à le faire par intermittence. Les usagers de la route dénoncent surtout l’absence de l’aménagement des voies de contournement, des rues secondaires qui auraient permis d’éviter de si long bouchon. «L’ancienne route qui passe par Bonendale aurait dû être aménagée pour faciliter la circulation des personnes et des biens mais rien n’a été fait. On laisse les gens souffrir comme ça», relève un chauffeur de taxi qui déclare ne plus faire la route de Bonabéri.
En attendant que ces travaux finissent pour que tout revienne à la normale, c’est le calvaire que vivent les populations et les voyageurs depuis des mois.
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