Destin d’un peuple : le Cameroun rayonne en noir
© Correspondance : Vitalis Essala | 11 Apr 2016 14:02:40 | 4973L’édition du New York Times du 7 avril 2016 a commis un article sur les ébats de Boko Haram en Afrique. Le Cameroun, le Nigéria, le Tchad et le Niger sont évoqués. Ces quatre pays amis et frères sont désormais unis dans un quartet militaire très farouche pour tordre le cou à cet ange du mal qui dévore sans merci. Et du coup, loin dans ces pays d’azur, la mémoire se nourrit de ce bercail qui naguère était un havre de paix.
Il n’y a pas longtemps le Cameroun chantonnait l’hymne de la sérénité et ses fils se pavanaient la confiance plein le cœur. Les filles riaient toute la soirée chez l’oncle sans s’intimer une certaine stupeur. Les jeunes hommes toisaient leurs aînés au « songo » autour d’une lampe tempête fleurie d’une fine fumée piquante. Les enfants se faisaient peur à tour de rôle dans un jeu de cache-cache hystérique. Les ténèbres de la nuit tapissaient le village d’une toile sereine. Les contes de fantômes étaient des allégories, des mythes de sagesse, et des fables qui n’étaient autre que des fables. Même l’histoire orale des guerres qui avaient opposé les Mengissa aux Eton, des maquisards réfugiés dans les Grass Field de l’Ouest, et les héros de l’indépendance n’étaient plus que des scènes de lointaine mémoire. Nul n’avait vraiment pensé que la tuerie reviendrait s’installer dans les murs du triangle national. Ben, que c’était faux… toute cette apparence de paix !
Où est donc parti ce Cameroun, ce cher pays qui faisait écho par son football ? Si le nom du Cameroun ne disait pas grand-chose à un américain ordinaire, celui des Lions Indomptables vous grandissait tout à coup aux yeux des mexicains, des brésiliens et même des argentins. Quand vous disiez « Cameroun » ils vous disaient Eto’o. Vous disiez Cameroun et on vous disait « ah ! Mila ». Où sont partis les Mila, les Abega, les Tataw ? Où sont les lègues de Mboma, Foé, et Song Bahanag ?
Elles sont passées ces années où les femmes chantaient gaiement et disaient « Semengue porte le fusil, Biya s’apprête à sortir ! » Pour ces joyeuses femmes le port du fusil n’était que démonstratif, illustratif, et administratif. Le fusil tonnait pour sonner le glas, rendre hommage et sabler la parade. Mais ces années sont passées comme un cheveu dans le vent.
Elles se sont écoulées ces décennies des grands esprits. Ces époques où dans ses chansons éternelles Lapiro de Mbanga reprenait le chef de l’état dans sa phrase de lumière qui disait : un seul mot, continuez ! Elles sont parties ces périodes où Petit Pays, Petit Prince, Ndedi Eyango, Tala André Marie, Ange Ebogo Emerent et bien une cohorte d’autres très talentueux chanteurs endiablaient les soirées. Mais que ces moments se sont vite écoulés ! Et rien ne s’est fait pour assurer les lendemains. Peut-être s’était-on rendu un peu trop sûr de soi au Cameroun… Mais on ne saurait dire que le terrorisme nous a pris de cours. Car il s’est annoncé progressivement comme un gentleman mais nous n’avons pas prêté attention. Aussi s’est-il lancé sur nous comme un loup sur des agneaux éperdus. Boko Haram nous a drapés dans son vertige morbide à l’allure du vent. Et nous ne pouvons plus que bagarrer faute de mieux.
Alors que les années 1980 nous bénissaient d’une graisse alors inépuisable, nous avons croisé les bras. A la moindre menace de l’épreuve du temps, début des années 1990, nous avons couru à la banque mondiale et au FMI pour coffrer nos arrhes dans leurs tiroirs. Alors que la démocratie faisait ses balbutiements dans les années 1990, nous avons inventé la corruption à outrance. Dès que la liberté d’expression a pris la grosse tête dans les années 2000, nous avons ouvert grandes les portes de l’intimidation de Kondengui. Et maintenant que Boko Haram nous accule jusqu’au mur, n’est-il pas temps ?
N’est-il pas temps de se défaire de ces roublardises kafkaïennes dont nous nous sommes alourdis ? Il n’est plus temps de « il aurait fallu ». Boko Haram aura peut-être apporté un prétexte de réconciliation. Il est temps que camerounaises et camerounais se donnent une main d’association, de collaboration et de coopération pour lutter contre ces forces du mal. Il est temps que bercail et diaspora se tiennent ensemble et partent tous vers la même direction. Il est temps que tous nous renversions la vapeur et que nous redonnions au Cameroun sa surbrillance d’il y a quelques années. Cela est possible. Car rien n’est aussi indomptable qu’un peuple déterminé.
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