Cameroun - Fécafoot, ce n’est pas fini !
© Le Jour : Hiondi Nkam IV | 14 Jan 2016 02:59:21 | 10551On est tous lassés de cette interminable guéguerre qui gangrène la Fédération camerounaise de football depuis l’incarcération de l’ancien président Iya Mohammed en Juin 2013. On avait bon espoir d’être définitivement sorti de ce juridisme rébarbatif qui enfume les Camerounais autour de la gestion de l’instance faitière du football national. Le triomphe de Tombi A Roko n’a jamais fait l’ombre d’un doute. Seulement, son arrivée à la tête de la Fécafoot est aujourd’hui sacrément entachée par une sentence de la Chambre de Conciliation et d’Arbitrage du Comité National Olympique qui a annulé les dits élections après avoir invalidé les statuts issus de l’Assemblée Générale du 23 Aout 2014.
Surpris par ce coup de de tonnerre, Bidoung Mpkatt a inauguré son deuxième passage au Ministère des Sports en écartant - d’un communiqué de presse - le verdict de la Chambre qu’il juge incompétente pour connaitre des questions électorales à la Fécafoot. Le coup de force du nouveau ministre des Sports est avant tout un coup politique. Chargé d’appliquer la politique sportive du pays, il ne veut surtout pas d’une CAN féminine de 2016 plombée par l’inextricable conflit de la Fécafoot.
Bon pour le coup politique donc, mais qui assurera le service après-vente ? Qui va répondre de cette violation flagrante de la loi camerounaise ? De fait, si l’on s’en tient aux dispositions juridiques de ce pays, la décision de la CCA n’a besoin que de l’exéquatur d’un juge pour son application contraignante. Ce juge a déjà été saisi par Abdouraman Hamadou, le président de l’Etoile Filante de Garoua, et la loi ne lui donne que le loisir de vérifier si la décision a effectivement été rendue par la chambre pour ordonner son application. Bidoung Mpkatt va-t-il, comme l’avait fait l’ancienne ministre de la culture Ama Tutu Muna en son temps, défier les institutions juridiques de son pays ?
Conscient du caractère précaire de son strapontin, Tombi A Roko a fait allégeance à Bidoung, qui lui dicte des consignes pour gérer son magister. Visiblement fébrile, le nouvel homme fort de Tsinga multiplie des actions d’éclat pour rendre sa présidence irréversible. « Tournons la page et attendons 4 ans », disent ses partisans et une bonne franche de la population franchement excédée par une dispute qui ne fait même plus sens. « Non ! », répondent en choeur Abdouraman Hamadou et Joseph Antoine Bell, qui mènent la résistance. Fort d’une décision de droit en leur faveur, les deux « rebelles » ont obtenu le blocage des comptes de la Fécafoot.
Ils ont saisi les principales organisations en charges du football et font peser la menace d’une suspension du Cameroun. Précisons bien les choses. Rien ne dit que Tombi A Roko ne ferait pas un bon président de la Fécafoot. Eu égard aux pratiques en vigueur dans le milieu, on peut même dire qu’il a la tête de l’emploi. Mais il est grand temps que le Cameroun apprenne à respecter les lois qu’il s’est lui-même fixées. C’est la base élémentaire d’une communauté politique harmonieuse et apaisée.
La plus haute autorité politique de ce pays n’a pas su ou n’a pas voulu réaliser un consensus autour de la gestion d’un football qui a pourtant abondamment servi son pouvoir. Elle a laissé agir les factions qui continuent à tirer les ficelles. Elle doit maintenant trouver la voie de sortie de cette crise que quelque réalisateur ingénieux pourrait bien tenter « d’oscariser » dans un polar à la Hitchcock.
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