Afrique - Migrants : des rêves et des barques se brisent en Libye
© Source : Avec AFP | 10 Nov 2015 11:05:46 | 5073Lorsque Rachid, un Marocain de 25 ans, a déboursé 1.500 dollars pour réaliser son rêve de rejoindre l’Europe, il était loin de se douter qu’il finirait dans un centre de rétention en Libye.Rachid a été arrêté quelques heures avant de tenter la grande traversée de la Méditerranée lors d’une descente de police à Garaboulli, une ville côtière à 60 km à l’est de Tripoli.Il a été conduit avec des centaines d’autres migrants dans un centre de rétention de Tripoli, sans argent ni téléphone ni passeport, confisqués par les passeurs.
Le sort incertain des dizaines de milliers de migrants irréguliers comme Rachid sera au centre des débats du sommet qui se tient mercredi et jeudi à La Valette avec des dirigeants européens et africains.
Le jeune Marocain était arrivé en Libye depuis la Tunisie, avant d’être emmené par des passeurs dans une maison où il a passé une semaine."Je leur ai payé 2.000 dinars libyens.Avec des centaines d’autres migrants, nous dormions par terre et n’avions rien à manger".
Portant une djellaba grise et des savates aux couleurs dépareillées, Rachid raconte qu’il a hésité à embarquer : "sur son smartphone, le passeur nous a montré la photo du bateau qu’on allait prendre et je voyais bien qu’il était tout petit".
Rachid demande alors de récupérer son argent, mais le passeur refuse."J’ai eu peur de tout perdre et je me suis quand même décidé à partir", explique le jeune Marocain."Mais la nuit où nous devions partir, nous avons été arrêtés".Lui qui rêvait d’une nouvelle vie en Europe, le voilà coincé dans un pays livré au chaos, divisé entre deux pouvoirs rivaux et où l’insécurité est totale.
Arrêté en même temps que lui, Ayoub, un Marocain de 30 ans père de quatre enfants, semble résigné."Soit j’arrive en Italie où une digne vie est envisageable, soit je meurs.C’est entre les mains de Dieu", dit-il.
Aux mains des passeurs
Ils sont quelque 5.000 comme Rachid et Ayoub à attendre dans les centres de rétention éparpillés à Tripoli et ses alentours.Ils viennent de pays déchirés par les guerres comme la Syrie et l’Irak, mais aussi d’Afrique, certains d’entre eux ayant parcouru des milliers de kilomètres pour atteindre les plages tripolitaines.
"Ils quittent leurs pays en Afrique pour le Soudan, d’où ils rejoignent d’abord Sebha, ville libyenne située à 800 km au sud de Tripoli, puis la côte", explique le capitaine Oussama Mohamad el-Chibli, un enquêteur de l’Organisme de lutte contre l’immigration clandestine (OLCIC), dépendant des autorités de Tripoli.
"Sur la côte, les migrants sont rassemblés dans des lieux discrets avant de monter par groupes sur des bateaux", dit-il.Les passeurs sont souvent armés de pistolets ou de kalachnikovs et n’hésitent pas à ouvrir le feu, notamment sur les forces de l’ordre.
Le lieutenant Abdelnasser Hazzam, un autre responsable de l’OLCIC à Tripoli, précise que ces passeurs, Libyens pour certains, font partie de "réseaux sophistiqués" qui gagnent des sommes astronomiques de ce commerce illégal.Car le coût du voyage peut atteindre "environ 7.000 dollars" depuis le pays de départ du migrant, assure-t-il.
’Peu de moyens’ -
Les bateaux ne quittent les côtes libyennes que s’ils sont pleins à ras bord, souvent transportant le double ou le triple de la capacité de l’embarcation.Les passeurs empochent environ un million de dollars quand ils font partir 400 clandestins, selon les estimations.
Face à eux, les moyens des autorités installées à Tripoli paraissent dérisoires.D’autant que n’étant pas reconnues par la communauté internationale, elles ne peuvent compter sur la coopération internationale et l’OLCIC souffre d’un manque criant de moyens.
"Nous travaillons avec cinq voitures", explique M. Chibli, et un minibus de 24 places pour transporter des dizaines de migrants du lieu de leur arrestation aux centres de détention.Il y avait une ambulance mais elle est aujourd’hui en panne après avoir été touchée par des coups de feu.
L’OLCIC est encore plus mal loti en mer avec seulement deux petites vedettes pour patrouiller les côtes et, si besoin, secourir des migrants en mer ou récupérer leurs cadavres.
"Ce n’est qu’avec l’aide de Dieu que nous sauvons des vies", résume Mabrouk Salem el-Tarhuni, l’un des garde-côtes sur le port de Tripoli
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Affaire Martinez Zogo : le colonel Otoulou accable Amougou Belinga
- Incident Cameroun-RCA : les FACA récupèrent des armes
- Le miracle du Général René Claude Meka:87ans, il reste chef d'état major général des armées
- Affaire Zogo : où est passée la vidéo de la torture ?
- Des Russes se mobilisent pour sauver un étudiant camerounais
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Mvondo Ayolo : « Ceux qui attendent la mort de Biya partiront avant lui »
France - FESTIVAL EMUNÈ KWAMBÈ 2026: à Villejuif, la diaspora Sawa écrit une nouvelle page de son histoire
Gabon - Affaire Bongo : Sonia Rolland rattrapée par un appartement offert en 2003
Tentative de coup d'État au Cameroun : qui est Sani Mouhamadou ?
France - PARIS CROISIÈRE : LE TRIOMPHE D'UN COUPLE, LA FORCE D'UNE COMPLÉMENTARITÉ
il y a un mois
Cameroun - Francis Ngannou inaugure Venice Hall : un empire à Yaoundé
Cameroun - Le BIR débarque à Douala : le port passe sous protection militaire
Cameroun - Yaoundé : fini l'anarchie des taxis, place au QR code
Cameroun - « Je suis la voix qui crie dans le désert » : Mbede Fouda défie Indira
Cameroun - La police infiltrée une cérémonie de rasage : l'État a peur d'une barbe
il y a un an