Burundi : le pouvoir multiplie les déclarations incendiaires aux "relents ethniques"
© Source : Afp | 07 Nov 2015 09:10:07 | 6499Décidé à mettre un terme à la contestation qui agite le Burundi depuis fin avril, le camp du président burundais Pierre Nkurunziza multiplie les propos incendiaires et joue dangereusement avec la question ethnique, inquiétant analystes, diplomates et opposants.
"Pour tenter de mettre fin à la crise, le pouvoir use désormais d’un discours dangereux, guerrier et ambigu, avec des relents ethniques.C’est une fuite en avant et on ne sait pas où il va s’arrêter", s’alarme un universitaire burundais ayant requis l’anonymat.
Fin octobre, devant des responsables administratifs de Bujumbura, le président du Sénat Révérien Ndikuriyo a menacé de "pulvériser les quartiers" contestataires de la capitale, en rappelant les bombardements durant la guerre civile (1993-2006) des quartiers hutu, que l’armée - alors dominée par la minorité tutsi - accusait d’héberger des rebelles.
"Aujourd’hui, les policiers tirent dans les jambes pour éviter de tuer quand ils sont la cible de grenades dans vos quartiers (...) Mais le jour où on va leur dire de +travailler+, ne venez pas pleurer !", a surtout lancé M. Ndikuriyo.
Ce verbe "travailler" n’est pas anodin dans la région.Il renvoie au génocide de 1994 qui fit 800.000 morts en trois mois au Rwanda voisin : les miliciens hutu partant massacrer les Tutsi étaient enjoints à bien "travailler".
L’opposition a dénoncé des "messages de haine et de division".Un "génocide est en marche", a estimé Jérémie Minani, responsable du Cnared, large coalition de groupes opposés au troisième mandat de M. Nkurunziza.
Le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) a critiqué une rhétorique "dénuée d’ambiguïté", semblable "à en faire froid dans le dos" celle du génocide rwandais.
"Mensonge !Personne ne prépare un génocide", a assuré à l’AFP un haut gradé de la police, se disant néanmoins "prêt à tout pour défendre la démocratie pour laquelle nous avons versé notre sang".
La crise burundaise est avant tout politique mais a fait ressurgir les antagonismes hutu/tutsi, dix ans après la fin de la guerre civile, dans un pays à l’histoire post-coloniale jalonnée de massacres ethniques.
Comme ce gradé, nombre des durs du parti présidentiel CNDD-FDD ont combattu dans ses rangs quand il était une rébellion hutu durant la guerre civile.Et certains d’entre eux ont martelé que les foyers contestataires de Bujumbura étaient surtout des quartiers tutsi.
’Dernier ultimatum’ -
La candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat - contraire, selon ses adversaires et une partie de son camp à la Constitution et à l’accord d’Arusha ayant mis fin à la guerre civile - a plongé fin avril le Burundi dans une crise qui a déjà fait 200 morts.
Une brutale répression des manifestations et la réélection le 21 juillet de M. Nkurunziza n’ont pas empêché les violences - désormais armées - de s’intensifier.
Lundi, le président a lancé un "dernier ultimatum" aux contestataires, leur donnant jusqu’à samedi soir pour "renoncer à la violence" en échange d’une amnistie, après quoi la police serait autorisée à "user de tous les moyens et techniques apprises" dans les foyers de contestation.
Ce message a été relayé brutalement dans ces quartiers par le premier vice-président burundais Gaston Sindimwo : "La récréation est terminée !".
"Les forces de l’ordre ont déjà tout utilisé en terme de violence, sans résultat.On peut se demander à quel palier on veut les faire passer", s’alarme un autre analyste burundais."Si l’on met bout à bout tous ces appels, on peut craindre que cela débouche sur des violences de masse".
Ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro 2 du régime, a ainsi rappelé aux habitants des quartiers contestataires qu’ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutu des campagnes, largement favorable au président Nkurunziza.
"Si les forces de l’ordre échouaient, on a 9 millions de citoyens à qui il suffit de dire : +Vous nous avez élu (...), faites quelque chose+", a-t-il lancé."En quelques minutes, ils seraient ici !Qui parmi ceux qui ne rentrent pas dans le rang survivrait dans ce cas ?".
L’Union africaine s’est inquiétée de "la multiplication de déclarations" aux potentielles "conséquences dévastatrices".Washington a dit craindre que l’ultimatum de M. Nkurunziza "ne déclenche des violences" et dénoncé une "rhétorique dangereuse, irresponsable" du camp présidentiel.
Et dans les quartiers contestataires de Bujumbura, de nombreux habitants effrayés ont commencé à fuir."Nous préférons partir avant samedi, car nos dirigeants veulent se venger et ne s’en cachent pas", a expliqué à l’AFP une habitante de Mutakura, quittant le quartier avec ses quatre enfants.
"La question c’est de savoir jusqu’où le pouvoir va aller dans l’exécution de ses menaces", a estimé "inquiet" un diplomate en poste à Bujumbura."Le grand problème aujourd’hui c’est qu’on essaie de faire passer des messages d’apaisement, mais le pouvoir ne semble plus nous entendre".
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- LE CAMEROUN RESISTERA ET IL DEVIENDRA CE GRAND PAYS QUE NOUS ATTENDONS
- Sacre Akwa : le gouverneur et le préfet se contredisent sur Mbanya
- Sécurisation foncière des aéroports : ce que le gouvernement prépare
- Festi Foot CK à Bandjoun: Des légendes sportives et culturelles au pas de l’émergence…
- Championnat de vacance: Stade d'entraînement pour les partis politiques à l’Ouest
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
ELVIS KOYAWEDA de SCI CAPITALNOTRE INVITE
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Ukraine - Parlement européen : une voix pour la paix réduite au silence
États-Unis - CBS News révèle l'ampleur des dégâts iraniens sur les bases US
Cameroun - MRC : après la victoire, la procédure de dédommagement
Cameroun - Willy Mengue perd la bataille du mandataire ad hoc
Cameroun - Législatives 2027 : le scénario d'un nouveau report se précise
il y a un mois
Cameroun - Cabral Libii rend hommage à Dieunedort Kamdem : un geste politique ?
États-Unis : l'offensive financière ultime contre l'Iran est lancée
France - DJ GUYSER PORTRAIT
Cameroun - Trophée des Lionnes : Biya, Eto’o, Mouelle Kombi qui garde ?
Décès d'Ananie Rabier Bindzi : le Cameroun perd un témoin de son histoire
il y a un an