La fermeture d’Afrique Média est un message fort et codé du régime maffieux de Paul Biya aux Camerounais
© Correspondance : Leon Tuam | 14 Aug 2015 12:05:23 | 7056Au lendemain de la fermeture des maisons de la télévision panafricaine Afrique Média au Cameroun, des réactions d’indignation mesurées et d’autres plutôt hystériques fusent de partout et certaines de celles-ci sont similaires aux réponses que donnent des grenouilles écervelées sous stimulations au laboratoire. Pourtant, il y a dans cet acte gouvernemental un message lourd et profond.
Ceux qui s’abattent uniquement sur le Conseil National de la Communication (CNC) et son patron Peter Essoka tombent dans une erreur gravissime car, cet organe est avant tout un outil du pouvoir en place et ne saurait prendre certaines mesures fortes sans être de connivence avec les dieux qui l’ont créé.
D’aucuns croiraient que c’est pour des attaques d’Afrique Média (et qui sont légitimes) contre la France et d’autres forces d’agression extérieures que le pouvoir lui en veut. Mais bévue ! Il faut ouvrir grand les yeux ! La puissance et l’auréole de cette chaîne de télévision, bien que rehaussant l’image du Cameroun, donne des nuits d’insomnies à ce régime et ses pontes qui veulent demeurer au pouvoir et continuer la bêtise.
Afrique Média fait défiler sur ses plateaux des Africains, et surtout des Camerounais émérites qui par leurs analyses profondes, leurs visions, leurs pondérations et courages, convainquent les Africains que ce sont ceux-ci qui doivent diriger le Cameroun et non la bande de bandits, d’aventuriers et de couards qui sont au pouvoir actuellement. Ce pouvoir maffieux voyant en eux de redoutables adversaires futurs, il faut leur courir sus.
Pour ceux qui, péchant par naïveté, croient que Paul Biya et les pontes de son régime lâcheront le pouvoir en 2018, cette fermeture d’A.M. est encore un message fort et codé que ces dirigeants malgré leurs gestions calamiteuses vont marcher sur tout ce qui menacerait leur pouvoir. Il faut y voir une préparation de terrain aux élections futures qui consiste à terroriser et intimider dès à présent les potentiels adversaires et ennemis redoutables.
Mais que les uns et les autres essaient de retourner aux archives voir le pouvoir intellectuel, discursif et argumentaire de tous les journalistes et panélistes camerounais de cette chaîne d’A.M. ! Ils sont un noyau, ils sont comme un « gouvernement » complet en attente, puissant et très inquiétant aux yeux de la pacotille au pouvoir !
En bon prince, Paul Biya a agi contre Afrique Média. Il s’est mis à l’ombre et laissé ses agents agir pour lui et ce sont ces derniers que certains continuent de blâmer. Le prince parle peu, mais sait d’où peut venir la vraie menace pour son pouvoir. Afrique Média a passé le temps à donner des honneurs immérités à Paul Biya, question de l’amadouer, de l’encourager dans le bon sens. Erreur !
Les esprits honnêtes tout en appréciant les mérites de cette chaînes ont rappelé constamment à ses journalistes et panélistes qu’ils allaient loin dans la glorification de Biya, qu’ils caressaient trop dans le sens du poil un fauve imprévisible qui à tout moment pouvait ignorer ces caresses et les mordre. Le prince en connaisseur savait que les caresses d’A.M. n’étaient qu’un chasse-mouches doux à l’intérieur duquel se trouvait une épée devant lui trancher la tête tôt ou tard.
C’était une erreur, c’est une erreur pour Afrique Média d’avoir cru que quelqu’un comme Paul Biya qui n’a connu de l’enfance à la vieillesse qu’un lait d’un sein somnifère (néocolonisation-françafrique) et ne s’en est jamais départi, pouvait subitement se tourner vers la voie des Um Nyobé, Lumumba, Sankara, Sékou Touré, etc. Attendre le miracle d’un tel homme en se détournant du peuple qui est le seul et vrai miracle, c’est une erreur monumentale.
La fermeture d’Afrique Média est un message fort et codé du régime maffieux de Paul Biya aux Camerounais. C’est un signe que ce pouvoir est prêt à écraser tout sur son passage pour se maintenir et se perpétuer. Malheureusement, j’ai vu et lu des gens qui se disent même opposés à ce régime se défouler ou se déchaîner contre Afrique Média et saluer cette fermeture ! Mais quelles légèretés ! Quels trublions peu sérieux ! Trop d’anarchistes, trop de perdus.
Je vais conclure en disant ceci : même ceux des leaders de l’opposition camerounaise qui sillonnent Paris, Washington, Londres, etc. en quête de soutien pour dégager Paul Biya du pouvoir ne sont pas des politiques patriotes et sont mal lotis, et de bons analystes diraient même qu’ils frappent aux portes du malheur au lieu de celles de leur peuple.
Oui, la vraie alternance au Cameroun doit se jouer au Cameroun avec le peuple uni, pragmatique, méthodique, solidaire, courageux et discipliné car, le vrai détenteur du pouvoir là où l’on est bien organisé ou veut bien s’organiser, c’est le peuple en définitive. Les chancelleries et capitales étrangères n’apporteront rien.
Si Paul Biya et ses fidèles continuateurs du chaos veulent rester au pouvoir par tous les moyens, ils leur suffiraient, avant la prochaine élection présidentielle de 2018, d’exprimer à la France et autres prédateurs leur désir de leur donner tout ce qu’ils veulent ou l’essentiel, et d’un coup on verra que revoilà ce régime tout bon pour eux et bon à travailler avec. Ah sacrés intérêts !
Mais les détracteurs et pourfendeurs de la chaîne panafricaine Afrique Média doivent se désabuser. Cette « arme nucléaire » africaine qui tourmente et effraie tant d’esprits rétrogrades continue sa marche glorieuse et ne reculera ni ne s’arrêtera devant rien. Dans les jours à venir, nous verrons que le régime de Paul Biya en fermant cette chaîne s’est frappé lui-même dans le cœur.
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