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HILAIRE SOPIE A L’ESSTIC DE YAOUNDE, TRANSMETTRE L’EXPERIENCE D’UNE REVOLUTION MEDIATIQUE

De passage au Cameroun, Hilaire Sopie a répondu à l’invitation du professeur Olivier Bilé, enseignant à l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (ESTIC) de Yaoundé, pour un moment de transmission et de partage avec les futurs professionnels des médias. Parler simplement de son expérience dans le monde serait presque réducteur, tant son parcours s’est construit au fil des années au contact de différents espaces médiatiques et culturels.

Depuis de nombreuses années, il évolue au cœur de la communication à Paris et a eu l’occasion d’exercer ou de partager son expertise dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Belgique. C’est une partie de cette expérience acquise au-delà des frontières qu’il est venu transmettre aux étudiants de l’ESTIC. Devant les étudiants de première et de troisième année de cette institution de référence dans la formation aux métiers du journalisme et de la communication au Cameroun, le journaliste et communicateur a développé une réflexion autour d’un thème qui résume à lui seul les bouleversements de la profession, « 20 ans de révolution numérique, de la plume au smartphone ».

Une formule simple derrière laquelle se cache pourtant une transformation considérable des pratiques journalistiques, des habitudes du public et de notre rapport même à l’information. Fort de plus de deux décennies d’expérience dans les médias et la communication, notamment auprès des diasporas camerounaise et africaine en Europe, Hilaire Sopie a retracé les grandes étapes de cette mutation. Il fut un temps où le journaliste partait sur le terrain avec son carnet, son stylo, son magnétophone et parfois une équipe technique relativement importante.

Aujourd’hui, un smartphone réunit dans quelques centimètres de technologie une caméra, un appareil photographique, un studio de montage, un enregistreur, une salle de rédaction et un moyen de diffusion instantanée. Cette révolution n’a cependant pas supprimé les exigences fondamentales du métier. Elle les a, au contraire, rendues plus nécessaires. L’information circule désormais à une vitesse vertigineuse. Une image filmée à Yaoundé peut, quelques secondes plus tard, être regardée à Paris, Washington ou Montréal.

Mais cette rapidité possède son revers. Les rumeurs, les manipulations, les images sorties de leur contexte et les fausses informations empruntent les mêmes autoroutes numériques que les informations vérifiées. Le journaliste moderne doit donc apprendre à aller vite sans sacrifier la vérité, à maîtriser les outils sans devenir leur prisonnier et à publier sans renoncer au devoir de vérification.

C’est précisément là que la formation prend toute son importance. L’ESTIC demeure l’un des lieux où se construisent les futures voix et les futurs visages des médias camerounais. En confrontant l’enseignement académique à l’expérience de professionnels ayant vécu les transformations du métier, l’école rapproche ses étudiants des réalités du terrain. Car la technologie peut fournir les instruments, mais elle ne remplace ni la culture générale, ni le discernement, ni l’éthique, encore moins la capacité à comprendre les sociétés que l’on prétend raconter. Le développement du journalisme mobile, communément appelé « MoJo », illustre parfaitement cette évolution.

Le téléphone portable est devenu un véritable studio de poche. Il permet au journaliste de filmer, d’interviewer, de monter et de diffuser presque immédiatement son reportage. Mais posséder un smartphone performant ne suffit pas à faire un journaliste. Derrière l’écran demeure une conscience professionnelle appelée à sélectionner les faits, à interroger les sources, à confronter les versions et à distinguer ce qui relève de l’information de ce qui appartient à la communication ou à la propagande. La rencontre avec Hilaire Sopie a ainsi dépassé le cadre d’un simple exposé. Elle s’est progressivement transformée en un espace vivant de dialogue.

Les étudiants, particulièrement attentifs, ont multiplié les questions sur l’évolution du métier, les nouveaux outils, la crédibilité des sources, les réseaux sociaux et les exigences d’une profession désormais confrontée à une concurrence permanente de l’information instantanée. Les échanges ont permis de rappeler une évidence parfois oubliée dans l’euphorie technologique. Les outils changent, mais les principes qui fondent le journalisme demeurent. Cette transmission revêt une importance particulière pour une jeunesse appelée à exercer dans un univers professionnel profondément différent de celui de ses aînés. Le numérique ne constitue plus seulement un secteur de la communication. Il participe désormais à la transformation de l’économie, de l’éducation, de la culture et des rapports sociaux.

Former les jeunes journalistes à ces nouveaux usages revient donc également à les préparer à comprendre le monde dans lequel ils auront la responsabilité d’informer. Après plus de vingt années passées à observer, raconter et accompagner les réalités africaines et diasporiques, Hilaire Sopie revient ainsi sur ses terres avec quelque chose de précieux à transmettre. Non pas seulement un parcours ou une réussite personnelle, mais une expérience faite de transformations, d’adaptations et de rencontres. C’est peut-être là que résidait la véritable richesse de cette journée à l’ESTIC. Une génération venue raconter ce qu’elle avait appris à une autre qui s’apprête à inventer la suite. De la plume au smartphone, le chemin parcouru paraît immense. Pourtant, au milieu des écrans, des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et de l’information en continu, une vieille exigence demeure intacte. Le journaliste peut changer d’outil, de support et même de manière de raconter, mais il ne peut renoncer à ce qui fonde sa légitimité auprès du public, la recherche patiente des faits, la vérification des sources, le respect de la déontologie et cette responsabilité essentielle qui consiste à éclairer plutôt qu’à égarer.

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