Affaire Bongo : Sonia Rolland rattrapée par un appartement offert en 2003
© Camer.be : Toto Jacques | 28 juil. 2026 13:32:44 | 4186BNP Paribas, des enfants Bongo, la femme du président congolais et Sonia Rolland visés par un procès : le PNF referme 15 ans d'enquête sur les biens mal acquis.
Quinze ans d'enquête, un dossier qui éclate au grand jour
C'est un dossier qui dormait depuis 2010 et qui vient de se réveiller avec fracas. Le Parquet national financier (PNF) a demandé le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de vingt-trois personnes physiques et morales, dans le cadre du volet gabonais de l'affaire dite des « biens mal acquis ». L'information, révélée lundi par l'AFP auprès d'une source judiciaire, marque un tournant dans l'une des enquêtes financières les plus sensibles de ces dernières années.
Parmi les personnes morales visées : la banque BNP Paribas et quatre sociétés immobilières. Parmi les personnes physiques, au nombre de dix-huit, plusieurs enfants du défunt président gabonais Omar Bongo dont Pascaline, Ali, Jeff, Hermine, Arthur, Yacine Queenie, Betty, Grâce et Omar Denis Junior. Mais aussi deux noms qui dépassent largement le cercle politique gabonais : Antoinette Sassou Nguesso, épouse de l'actuel président du Congo-Brazzaville, et Sonia Rolland, ex-Miss France 2000 devenue comédienne.
Une enquête née d'une plainte associative
Tout est parti d'une plainte de Transparency International, déposée il y a plus de quinze ans, dénonçant l'acquisition en France de biens immobiliers financés par des fonds publics africains détournés. Une information judiciaire avait été ouverte fin 2010. Depuis, les enquêteurs ont reconstitué, patiemment, des circuits financiers complexes mêlant transferts d'espèces, comptes bancaires français et sociétés-écrans.
Le résultat de cette traque : cinquante-deux biens immobiliers, jugés frauduleusement acquis, ont été saisis au fil de la procédure.
BNP Paribas au cœur du dispositif
L'implication de BNP Paribas donne à ce dossier une dimension inédite. La banque, mise en examen pour blanchiment aggravé, a reconnu des défaillances dans le suivi des opérations liées à la famille Bongo. Le renvoi demandé par le PNF ouvre la voie à un procès qui interrogera directement la vigilance des grandes institutions financières françaises face aux fonds provenant de dirigeants et de proches de dirigeants étrangers.
L'appartement offert à Sonia Rolland
Le nom de Sonia Rolland surprend, mais son inclusion dans le dossier repose sur un fait précis. Selon les éléments de l'enquête, l'ex-Miss France a reçu en 2003 un appartement parisien des mains d'Édith Bongo, épouse d'Omar Bongo, qu'elle avait rencontrée deux ans plus tôt à l'occasion de la création de Miss Gabon. Une amitié était née de cette rencontre.
Interrogée par le juge d'instruction, Sonia Rolland a expliqué avoir considéré ce bien comme un « cadeau », affirmant ne pas s'être interrogée à l'époque sur l'origine des fonds ayant permis son acquisition.
Une Première dame visée par un mandat d'arrêt
Autre nom à forte portée symbolique : celui d'Antoinette Sassou Nguesso, 81 ans, Première dame du Congo-Brazzaville. Le PNF réclame son renvoi pour l'acquisition d'un appartement situé dans le 17ᵉ arrondissement de Paris. Selon une source proche du dossier, elle est visée par un mandat d'arrêt émis en janvier 2026 une donnée qui illustre la gravité que la justice française accorde à ce volet de l'enquête.
Une défense qui s'organise
Du côté des enfants Bongo, la riposte judiciaire s'organise déjà. Sollicitée par l'AFP, Élise Arfi, avocate de Grâce Bongo Ondimba, a indiqué que sa cliente comptait contester la procédure devant le tribunal. Les avocats des autres enfants concernés n'ont pas encore réagi publiquement à ce stade.
Ce que la suite du dossier va déterminer
Une demande de renvoi n'est pas un procès. Elle ouvre la voie à une décision d'un juge d'instruction, qui déterminera si l'affaire est effectivement portée devant le tribunal correctionnel. Toutes les personnes citées bénéficient, à ce stade, de la présomption d'innocence.
Reste que ce dossier, par son ampleur 23 personnes et entités visées, 52 biens saisis, une grande banque française mise en cause, quinze ans de procédure s'annonce comme l'un des procès financiers les plus scrutés de la décennie, en France comme en Afrique centrale. Il relance aussi un débat plus large sur le rôle des institutions financières occidentales dans la gestion de fonds publics détournés par des élites étrangères.
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