Entreprises publiques camerounaises : l'audit systématique que l'État refuse d'organiser
© Camer.be : Avec Charles Armel Mbatchou | 12 mai 2026 15:34:45 | 2784Les entreprises publiques camerounaises gèrent chaque année des centaines de milliards de FCFA dans des secteurs stratégiques. Énergie, ports, télécommunications, hydrocarbures. Pourtant, aucun audit global indépendant n'est rendu public lors des transitions de direction. Ce silence organisé a un nom : l'opacité institutionnelle.
Un système de rotation sans bilan
Depuis plusieurs années, les changements de dirigeants à la tête des entreprises d'État au Cameroun s'enchaînent selon un schéma immuable. Un directeur général est limogé. Un autre est nommé. Un président de conseil d'administration est remplacé. Un ministre est muté.
Mais entre ces deux moments, rien. Pas d'audit exhaustif rendu public. Pas de bilan détaillé de gestion. Pas de clarification sur les dettes, les marchés passés ou les engagements contractés sous le mandat précédent. Les responsables partent dans un silence administratif total.
Dans tout système de gouvernance publique normalement constitué, chaque transition à la tête d'une entité stratégique devrait produire un document de référence : situation financière réelle, passifs cachés, masse salariale, dette fournisseurs, contrats litigieux, conformité fiscale. Au Cameroun, cette pratique est marginale, voire inexistante.
Pourquoi l'État évite l'audit complet
La raison n'est pas technique. Le Cameroun dispose d'institutions de contrôle : la Chambre des comptes, le Contrôle supérieur de l'État (CONSUPE), l'Agence nationale d'investigation financière (ANIF), les commissaires aux comptes, les inspections générales ministérielles.
Le problème est politique. Ces institutions souffrent d'un manque d'indépendance structurelle, de capacités techniques limitées et d'un poids politique considérable sur les dossiers sensibles. Les rapports existent parfois mais ne sont pas publiés. Les irrégularités sont parfois identifiées mais rarement sanctionnées.
Un audit indépendant des entreprises publiques camerounaises approfondi pourrait révéler des réseaux d'intérêts, des complicités administratives installées depuis des années, des engagements hors bilan ou des pertes bien supérieures aux chiffres officiels. Il pourrait également exposer la responsabilité d'anciens hauts responsables encore influents dans l'appareil d'État. C'est précisément ce que le système cherche à éviter.
L'opacité perpétuée
Le processus fonctionne en boucle. Chaque nouveau dirigeant hérite d'une structure fragilisée. Il préfère éviter d'exposer les dysfonctionnements hérités non par loyauté, mais par calcul : un audit approfondi l'exposerait lui aussi au regard de ses successeurs.
Ainsi s'installe ce que l'on peut définir comme une continuité opaque : les dirigeants changent, les méthodes survivent. Les mêmes accusations reviennent d'une direction à l'autre ; surfacturation, marchés de gré à gré, recrutements clientélistes, missions fictives, primes excessives. Peu d'enquêtes aboutissent à des conclusions publiques et traçables.
La transparence financière des entreprises parapubliques devient alors une fiction administrative. L'État lui-même semble incapable d'évaluer avec exactitude la performance réelle de ses propres structures. Les dettes s'accumulent. Les subventions augmentent. Les mêmes problèmes réapparaissent sous des visages différents.
Ce que l'absence d'audit coûte réellement
Chaque transition sans audit complet produit le même effet : le nouveau dirigeant invoque systématiquement l'héritage de son prédécesseur pour justifier les difficultés. Cela neutralise toute tentative de reddition des comptes et reporte indéfiniment la responsabilité individuelle.
L'absence de contrôle systématique des entreprises d'État génère une gouvernance de court terme généralisée. Les mandats sont gérés comme des périodes transitoires. L'objectif implicite devient la préservation des équilibres internes jusqu'au prochain décret présidentiel pas l'assainissement durable des structures.
Le résultat est documenté : des entreprises chroniquement déficitaires, jamais restructurées en profondeur, dépendantes des subventions publiques et incapables de rendre compte de leur trajectoire financière réelle sur dix ou vingt ans.
La volonté politique : seul levier qui manque
Le Cameroun ne manque pas de cadres compétents pour conduire ces audits. Il dispose d'administrations qualifiées et d'expertise disponible. Ce qui fait défaut, selon l'analyse de Charles Armel Mbatchou, journaliste et analyste politique, c'est la volonté politique d'autoriser des audits totalement indépendants, publiés intégralement et suivis de sanctions cohérentes.
Sans cette volonté, les rotations de dirigeants continueront à ressembler à ce qu'elles sont : des ajustements de surface dans un système conçu pour se protéger lui-même.
La vraie question n'est donc pas de savoir si les institutions camerounaises peuvent auditer. Elle est de savoir si elles en ont le droit réel et si quelqu'un, un jour, leur donnera véritablement ce mandat.
Lire aussi
Paul Biya « bien portant » : et le Cameroun, il va bien ?
Cameroon: Where Does the State’s Money Go?
Brésil-Cameroun : deux démocraties, deux vitesses
Des réformes promises au Business Forum mais l’investissement privé au pays demeure une loterie
Paul Biya introuvable : ce que dit vraiment le Palais
Mon regard furtif et superstitieux sur les évènements du Lycée Technique Bilingue de Nsam (Yaoundé)
Biya 2026 : le Cameroun à l'heure du successeur introuvable
LA SDFISATION DE L'OPPOSITION CAMEROUNAISE
Les vérités crues de Shanda Tonme sur l’incident survenu au contrôle mixte de Batchenga
APPEL À UNE CONSCIENCE NATIONALISTE CAMEROUNAISE ET À UNE RÉVOLUTION POPULAIRE
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
Univers carcéral: Mbombog Mbog Matip Emmanuel détenu arbitrairement à la prison centrale de Bertoua
Biya 2026 : le Cameroun à l'heure du successeur introuvable
Mbvoum à Kondengui : le Cameroun détient un homme sans l’inculper
Mon regard furtif et superstitieux sur les évènements du Lycée Technique Bilingue de Nsam (Yaoundé)
Ecobank Cameroun: Après 25 ans d’inclusion financière, un nouvel engagement pour la croissance
il y a un mois
Ukraine : 20 millions de réfugiés, le scénario qui glace l'Europe
Affaire Joyce : 4 mois de silence, la Toile s'enflamme
FCC : le communiqué annonçant l'adhésion de Kamto est un fake
Jorge Jesus recadre Cristiano Ronaldo : « C'est moi qui décide »
Affaire ex-Regifercam:Vente du Giratoire Joss à 5,5 milliards, l'État s'engage à payer la démolition
il y a un an