COMPRENDRE LA BROUILLE KAMTO-MONGA
© Facebook : Luc Perry Wandji | 04 mai 2020 15:15:00 | 6194Au delà des invectives et du mépris qu'elle a pu susciter ici et là, la récente sortie de Celestin Monga, évoquant, sans le citer, Pr Kamto Maurice dans un Tweet devenu viral en quelques heures, est révélatrice d'un conflit qui couve depuis peu et qui va à n'en point douter, déterminer le destin des oppositions camerounaises au cours des années qui viennent.
Il y a d'un côté, la gauche dure et historique. Et de l'autre, un centre gauche dont Maurice Kamto et le MRC sont les figures symboliques.
Le MRC et son leader ont confortablement pris place dans le marché politique national grâce à deux déterminants majeurs.
- L'essoufflement des forces de gauche.
- La «droitisation» des sociodémocrates, dont l'embourgeoisement de l'élite est un marqueur tangible parmi tant d'autres.
Le contexte, marqué par l'appauvrissement de la pensée politique, accentué par la crise économique et sociale dont Février 2008 fut le point culminant ; avec l'éclatement du leadership des forces alternatives à l'ordre gouvernant, ont pour beaucoup, contribué à offrir au MRC, un boulevard d'opportunités et un positionnement favorable; au centre gauche.
LA BATAILLE DE GAUCHE.
Le conflit qui couve: quel est-il ? Quelle en est la nature, et quels en sont les enjeux?
* La gauche historique, de son aile marxisante (Manidem, Upc et autres) à son bord le plus révolutionnaire dont Djeukam Tchameni est la figure emblématique, et dont Monga fut passablement l'un des idéologues, #refuse_d_adouber_Maurice_Kamto.
Elle considère, parfois avec un brin de dogmatisme, que l'histoire et les contradictions personnelles, les idées aussi, de Maurice Kamto en font naturellement un homme de droite; et que son positionnement à gauche n'est qu'artificiel et relèverait davantage de l'opportunisme politique que d'autre chose.
C'est précisément ce que Monga a voulu dire à Kamto dans son Tweet.
* La gauche historique ne pardonne pas à Maurice Kamto, d'avoir siphonné si facilement, et sans son aval, une bonne partie de son électorat; alors même qu'elle revendique à cor et à cri, un rôle prépondérant, si ce n'est l'exclusivité d'une certaine antériorité - fondatrice- , en matére de luttes populaire et révolutionnaire, depuis le retour au multipartisme au Cameroun.
Pour ainsi dire, la gauche historique se sent violer dans son coma profond... Et tente comme elle peut de négocier son retour en grâce sur un échiquier politique qui se transforme et met en scène de nouveaux acteurs.
* Devenue moribonde, depuis son victorieux échec des annees 90, la gauche historique peine toujours à se régénérer. Pour autant, elle se refuse de voir en Kamto Maurice et le MRC, l'espoir de sa réinvention.
*Le MRC a beau faire les yeux doux, avec un certain succès, à une frange importante des électeurs de gauche, il a encore du mal à passer pour crédible et légitime, aux yeux de ses leaders historiques et de certains acteurs de la société civile. À tort ou à raison ? L'histoire tranchera.
À l'évidence, sur les idées, l'approche et la méthode, il y a comme une distorsion fondamentale, une fracture presqu'ontologique entre le "nouveau centre" et la gauche historiquement radicale et révolutionnaire.
La brouille entre Patrice Nganang et le MRC, ainsi que la taquinerie peu amicale de Monga à l'adresse de Kamto, n'en sont que de parfaites illustrations.
Au Cameroun, alors que les oppositions s'opposent, la droite se réinvente et ratisse large.
Elle a manifestement de beaux jours devant elle, à moins qu'elle soit à son tour, rattrapée par ses propres contradictions internes.
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