Samuel Eto'o au TAS : sa réélection à la FECAFOOT menacée ?
© Camer.be : Toto Jacques | 05 sept. 2026 01:17:02 | 3285Le 5 mai 2026, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rendu une décision qui fait trembler les murs de la FECAFOOT : le recours de l'Association camerounaise des arbitres de football (ACAF) contestant la réélection de Samuel Eto'o est déclaré recevable.
Pour la première fois depuis l'élection de l'ancienne gloire du Barça à la tête du football camerounais, une juridiction internationale accepte d'examiner la régularité du scrutin qui l'a reconduit au pouvoir. La recevabilité n'est pas un jugement sur le fond – mais elle ouvre une brèche. Et dans cette brèche, c'est tout l'édifice de la gouvernance du football camerounais qui pourrait vaciller.
CONTEXTE : UNE RÉÉLECTION SANS CONCURRENT… MAIS SOUS LES NUAGES
Le 29 novembre 2025, Samuel Eto'o est réélu à la tête de la Fédération camerounaise de football avec 85 voix sur 87, sans adversaire. Un plébiscite en apparence. Mais dans les coulisses, l'élection est déjà contestée. Le ministère des Sports avait demandé l'annulation de l'assemblée générale élective, dénonçant des irrégularités dans la composition du corps électoral, notamment l'intégration présumée de clubs fictifs. Le scrutin avait finalement été maintenu sous la supervision d'émissaires de la FIFA et de la CAF.
Cette réélection intervient dans un contexte déjà tendu. En mars 2026, le TAS avait condamné la FECAFOOT dans un autre dossier, l'opposant au Syndicat national des footballeurs du Cameroun (SYNAFOC). Une série de contentieux qui fragilise progressivement l'édifice Eto'o.
CE QUE LE TAS A REELLEMENT DÉCIDÉ
La décision du TAS du 5 mai 2026 est stricte, technique, et pourtant lourde de conséquences.
La juridiction lausannoise a considéré que le Communiqué N°7/FECAFOOT/CE/2025, publié le 13 septembre 2025 par la Commission électorale, constitue bien une « décision » susceptible de recours au sens de l'article R47 du Code du TAS. Ce communiqué récapitulait les élections dans les ligues départementales et la désignation des délégués aux Assemblées générales régionales – des opérations qui conditionnaient la composition du corps électoral ayant élu le président.
Le TAS a également reconnu que l'ACAF dispose de la qualité pour agir après avoir épuisé les voies de recours internes prévues par les statuts de la FECAFOOT. La Fédération dispose désormais de vingt jours pour présenter sa défense, produire ses preuves et ses témoins.
Ce que le TAS n'a PAS fait : il ne s'est pas prononcé sur le fond. Il n'a pas constaté d'irrégularités. Il n'a pas annulé l'élection. Comme le rappelle Maître Jim Noah, observateur de la scène sportive camerounaise : « La déclaration de recevabilité d'un appel par le Tribunal arbitral du sport ne préjuge pas de la solution du litige au fond. Il s'agit, en termes procéduraux, d'une décision avant dire droit ».
LE VRAI RISQUE POUR LE MANDAT D'ETO'O
C'est là que se trouve la menace la plus sérieuse pour Samuel Eto'o.
Si le TAS conclut, lors de l'examen au fond, que l'exclusion de l'ACAF du processus électoral était contraire aux règles applicables et que cette irrégularité a eu une incidence déterminante sur la constitution du corps électoral ou sur les opérations ayant conduit à l'élection, les conséquences pourraient dépasser le seul litige opposant les arbitres à la FECAFOOT.
Une sentence défavorable n'entraînerait pas automatiquement l'annulation de la réélection. Tout dépendra de la nature des irrégularités retenues et de leur impact sur le scrutin dans son ensemble. Mais le scénario d'une remise en cause du mandat de l'ancien attaquant du Barça constitue désormais une hypothèse judiciaire crédible et non plus une simple rumeur.
AU CŒUR DU CONFLIT : LES ARBITRES CAMEROUNAIS EN COLÈRE
Derrière ce contentieux, une histoire de tensions accumulées. Selon Alioum Sidi, président de l'ACAF, les engagements pris en 2021 par la FECAFOOT notamment la professionnalisation des arbitres et le paiement régulier de leurs indemnités n'ont pas été respectés. L'organisation évoque près de 300 millions de FCFA d'arriérés correspondant à plusieurs années de primes impayées.
Face à cette situation, l'ACAF avait lancé une grève en avril 2025 pour réclamer le règlement de ces sommes. Une initiative qui a conduit à son exclusion du processus électoral : la FECAFOOT lui a préféré une nouvelle structure lors des scrutins ayant abouti à la réélection d'Eto'o en novembre 2025.
Aujourd'hui, ce sont six recours liés au dernier processus électoral qui sont pendants devant le TAS dont celui de l'ACAF, mais aussi d'autres introduits par des clubs.
QUE PEUT-IL SE PASSER MAINTENANT ?
Trois scénarios se dessinent :
Scénario 1 – Eto'o confirmé : le TAS examine le fond, juge que les irrégularités alléguées sont sans incidence déterminante sur le scrutin, et confirme la validité de la réélection. Eto'o poursuit son mandat.
Scénario 2 – Annulation partielle : le TAS identifie des irrégularités sur certaines étapes du processus (ex. élections départementales) mais ne remet pas en cause l'élection présidentielle dans son ensemble. Le mandat d'Eto'o est maintenu, mais la FECAFOOT doit organiser de nouvelles élections locales.
Scénario 3 – Remise en cause du scrutin présidentiel : le TAS considère que les irrégularités ont vicié une étape déterminante du processus ayant conduit à l'élection d'Eto'o. La sentence pourrait alors entraîner des conséquences sur le mandat issu de ce processus.
ENJEUX : AU-DELÀ D'ETO'O, LA CRÉDIBILITÉ DU FOOTBALL CAMEROUNAIS
Cette affaire dépasse la personne de Samuel Eto'o. Elle interroge la gouvernance du football camerounais dans son ensemble : la transparence des processus électoraux, l'indépendance des instances, le respect des droits des acteurs du football (arbitres, clubs, joueurs).
La décision du TAS quelle qu'elle soit marquera un tournant. Elle sera scrutée par la FIFA, la CAF, et par tous ceux qui voient dans le football camerounais un géant aux pieds d'argile.
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