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POLITIQUE

« Seuls un ou deux partis s'opposent vraiment » : la charge de Moute

Invité de « Club d'Élites » sur Vision 4, le cadre du RDPC Robert Moute a livré une lecture sans concession du paysage politique camerounais : selon lui, seuls un ou deux partis s'opposent véritablement au régime, les autres oscillant entre partenariat avec le pouvoir et quête de postes. Une charge qui relance le débat sur la crédibilité de l'opposition.

« Club d'Élites », dimanche soir la petite phrase qui a tout déclenché

Le plateau est éclairé, les caméras tournent. Robert Moute, membre du Comité central du RDPC, est l'invité de l'émission dominicale de Vision 4. Il n'est pas venu pour parler de la météo. Il est venu pour dresser un tableau. Et le tableau qu'il peint de l'opposition camerounaise n'est pas flatteur.

Selon lui, seuls un ou deux partis politiques s'opposent véritablement au régime en place. Les autres ? Ils se répartissent en trois catégories : ceux qui sont membres de la majorité présidentielle, ceux qui sont des partenaires du pouvoir, et ceux qui réclament des postes ministériels ou la création d'un poste de vice-président.

La phrase tombe. Elle n'est pas une bombe. C'est une grenaille. Elle vise plusieurs cibles à la fois. Et elle laisse des traces.

Cabral Libii, la cible derrière les mots

Le nom n'a pas été prononcé tout de suite. Mais dans les couloirs de Vision 4, tout le monde savait de qui Robert Moute parlait. Le leader du PCRN, Cabral Libii, est au centre du faisceau.

Quelques jours plus tôt, Cabral Libii avait suggéré que Paul Biya nomme un vice-président pour assurer une transition stable. Une proposition que Robert Moute a qualifiée, sur le plateau, d'« incohérence idéologique majeure pour une figure de proue de l'opposition ».

« Quand un opposant demande à Paul Biya de nommer un vice-président, est-ce que c'est ça un opposant ? », a-t-il lancé.

La question est rhétorique. Mais elle pose un problème réel. Un opposant qui demande au président en place de nommer un vice-président, est-il encore dans l'opposition ? Ou est-il déjà dans la négociation ?

La cartographie de Moute  et ce qu'elle dit vraiment

Robert Moute n'a pas donné de noms. Il n'a pas dit quels étaient les « un ou deux » partis qui s'opposent véritablement. Il n'a pas listé les « partenaires du pouvoir ». Il a laissé le flou. Et c'est peut-être là son habileté.

Le paysage politique camerounais est un millefeuille. Le RDPC, parti au pouvoir depuis 1985, domine l'Assemblée nationale. Autour de lui, des partis alliés comme l'Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (ANDP) soutiennent le président. Plus loin, des formations comme l'UNDP de Bello Bouba Maïgari et le FSNC d'Issa Tchiroma Bakary ont longtemps été des partenaires de la majorité avant de s'en éloigner, ou d'en être écartés.

Puis il y a l'opposition. Le SDF de Joshua Osih, historiquement le principal parti d'opposition, mais affaibli. Le MRC de Maurice Kamto, qui a longtemps incarné la contestation radicale avant de connaître des turbulences internes. Le PCRN de Cabral Libii, qui tente de se positionner comme une alternative crédible, mais dont les appels du pied au pouvoir suscitent des interrogations. Et une myriade d'autres formations, dont certaines sont davantage des véhicules d'ambitions personnelles que des machines politiques structurées.

La déclaration de Robert Moute n'est pas une analyse neutre. C'est une charge politique. Mais elle pose une question que beaucoup de Camerounais se posent : à quoi sert l'opposition si elle finit par négocier des postes avec le pouvoir ?

Le contexte une opposition sous pression

Le timing de la sortie de Robert Moute n'est pas anodin. Le Cameroun se dirige vers un double scrutin législatif et municipal, annoncé pour février 2027. Les partis fourbissent leurs armes. Les alliances se nouent et se dénouent. Et l'opposition, déjà fragmentée, cherche désespérément une cohésion.

En février 2026, plusieurs formations d'opposition, dont le SDF et le PCRN, ont déposé des amendements lors de l'examen du texte constitutionnel soumis au Parlement, proposant un vice-président élu et un mandat limité. Une initiative qui visait à peser sur le débat institutionnel. Mais qui n'a pas empêché les critiques de fuser.

En septembre 2026, un rapport du Timbuktu Institute décrivait une opposition camerounaise « contrôlée voire parfois empêchée », cherchant « tant bien que mal, à se ménager des marges de manœuvre ». Freedom House, dans son rapport annuel, notait que le RDPC maintenait son pouvoir « en truquant les élections, en utilisant les ressources de l'État pour le patronage politique et en limitant les activités des partis d'opposition ».

Dans ce contexte, la sortie de Robert Moute n'est pas seulement une pique. C'est un rappel à l'ordre. Un cadre du parti au pouvoir qui vient dire, en substance : « Regardez-les. Ils ne sont même pas capables de s'opposer vraiment. »

Ce que Moute ne dit pas

Robert Moute accuse certains partis de réclamer des postes ministériels ou la création d'un poste de vice-président. Il n'a pas fourni de preuves. Il n'a pas nommé les partis concernés. Il n'a pas expliqué en quoi cette démarche serait incompatible avec un rôle d'opposition.

Car après tout, un opposant peut aussi négocier. Il peut accepter un poste pour influer sur les décisions. Il peut proposer une réforme institutionnelle pour stabiliser le pays. La frontière entre opposition constructive et participation au pouvoir est poreuse. Et elle varie selon les contextes.

Ce que Moute ne dit pas non plus, c'est que le RDPC lui-même a construit sa domination en cooptant une partie de l'opposition. Des partis alliés, des leaders ralliés, des postes offerts. La stratégie du pouvoir n'a jamais été de gouverner seul. Elle a été de gouverner avec.

Alors, quand un cadre du RDPC critique l'opposition pour sa proximité avec le pouvoir, on peut légitimement se demander : est-ce une critique de la proximité, ou une critique de ceux qui ne sont pas assez proches ?

Ce qui se joue derrière les mots

La déclaration de Robert Moute n'est pas un fait divers télévisuel. C'est un acte politique. Il vise à délégitimer une partie de l'opposition, à semer la confusion dans ses rangs, et à préparer le terrain pour les échéances de 2027.

Les partis d'opposition sont déjà fragilisés par leurs divisions. Le MRC et le PCRN, qui ont longtemps incarné deux stratégies différentes la contestation radicale pour l'un, la participation institutionnelle pour l'autre peinent à trouver un terrain d'entente. Le SDF, autrefois fer de lance de l'opposition, cherche un second souffle.

Dans ce contexte, une déclaration comme celle de Robert Moute ne fait pas que critiquer. Elle divise. Elle oblige chaque parti à se positionner. Elle force les opposants à prouver leur légitimité.

Et c'est peut-être là son objectif.

Et maintenant ?

Robert Moute a dit ce qu'il avait à dire. Les réactions n'ont pas tardé sur les réseaux sociaux. Certains ont salué une analyse lucide. D'autres ont dénoncé une manœuvre du pouvoir pour affaiblir davantage l'opposition.

Le PCRN n'a pas officiellement réagi. Cabral Libii n'a pas publié de communiqué. Mais dans les rangs de l'opposition, la question est sur toutes les lèvres : faut-il répondre à Moute, ou ignorer la provocation ?

Une chose est sûre : à quelques mois des élections, la bataille pour le récit politique est engagée. Et le RDPC vient de marquer un point.

Reste à savoir si l'opposition saura en marquer un à son tour. Nous avons tenté de joindre le PCRN et le SDF. Sans succès pour l'instant. Si les réactions nous parviennent, cet article sera mis à jour.

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