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SOCIETE

Hommage: Adieu Cheikh Hamidou Kane.

La sociologie bourgeoise du développement apporte au conflit entre la tradition et la modernité une réponse simpliste consistant à dire qu'il faut, du passé, faire table rase. Un peu comme les Lumières l'ont pensé en Europe, au 18e siècle.

Mais on peut maintenant savoir qu'une telle réponse est erronée.

Le mérite de Cheikh Hamidou Kane, dans L'Aventure ambigüe, est d'avoir saisi la complexité de cette question : avoir au passé comme à la modernité un libre rapport qui retienne de l'un et de l'autre ce dont on éprouve le besoin.

Il n'y avait sans doute pas d'école conventionnelle autrefois. L'Afrique n'en a pas moins connu l'ÉDUCATION qui se prodiguait dans les CERCLES INITIATIQUES regroupant les enfants par clans d'àge.

L'École nouvelle  - que, malheureusement, du fait d'une racialisation inappropriée, nous continuons d'appeler "l'école du Blanc" - n'est pas la négation des enseignements du passé africain : seulement l'apport de connaissances nouvelles, conférant des compétences nouvelles, toutes ordonnées à la prospérité du collectif humain confronté au DESTIN COMMUN que lui fait le colonialisme, et amené à devoir le convertir en un COMMUN DESSEIN de LIBERTÉ.

C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut, selon La Grande Royale, aller à l'école étrangère pour y "apprendre à lier le bois au bois". Pas pour désavouer les VALEURS humaines apprises des traditions. Pour se doter de la PUISSANCE propice à leur sauvegarde.

On a pu dire de L'Aventure ambiguë que les personnages s'y exprimaient comme en un "congrès de philosophes". Si critique qu'elle se sera voulue, je tiens cette remarque pour un compliment avant tout. Voilà, en effet, un livre qui au problème du devenir d'un peuple et d'une époque offre une approche qui n'est pas seulement juste, mais bien mieux encore, universalisable.

C'est cela qui fait de cet écrivain qui nous quitte un grand esprit comme on n'en voit plus guère dans la littérature africaine, exception faite, bien évidemment, des grandes plumes dont elle s'est honorée depuis toujours.

Ce sont les États africains qui, à travers les programmes et les manuels scolaires et académiques auront organisé la méconnaissance des talents et des génies littéraires dissidents.

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