RAPHAËL CHOULEOM : LE DERNIER SOUFFLE D’UN COMBATTANT DE LA MÉMOIRE
© Correspondance : Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE | 25 août 2026 14:36:53 | 1952Avec la disparition de Raphaël Chouleom, le Kamerun perd l’un de ses derniers témoins vivants de la répression coloniale du quartier Congo à Douala. À 93 ans, celui que ses proches appelaient affectueusement « Doyen Raph » ou encore « le Che » s’en est allé, le 22 août 2026 à 15h30, laissant derrière lui une vie entièrement consacrée à la lutte, à la mémoire et à la transmission.
UNE BIBLIOTHÈQUE HUMAINE VIENT DE FERMER SES PORTES
Il y avait chez Raphaël Chouleom quelque chose que les livres ne pouvaient pas toujours transmettre : la mémoire vivante d’une époque douloureuse, celle où la violence coloniale frappait ceux qui réclamaient dignité, justice et indépendance véritable.
Le Doyen Raph faisait partie de ces derniers rescapés de la barbarie coloniale opérée au quartier Congo de Douala. À travers son témoignage, c’est une partie de l’histoire du Kamerun qui continuait de respirer. Une histoire souvent disputée, parfois étouffée, mais que des hommes comme lui avaient choisi de porter comme un devoir.
Étudiants, chercheurs en histoire, journalistes, militants et documentalistes venaient régulièrement recueillir auprès de lui des fragments de cette mémoire. Il n’était pas seulement un témoin : il était une véritable bibliothèque humaine.
« Un peuple qui oublie son histoire prépare les conditions de sa propre disparition », semblait-il rappeler par son engagement quotidien.
UNE VIE ENTIÈREMENT CONFONDUE AVEC LE COMBAT
Raphaël Chouleom n’a jamais été un militant de circonstance. Son engagement politique a traversé toutes les saisons de sa vie. Il a consacré son existence à l’Union des populations du Cameroun (UPC), dont il a été un fidèle compagnon jusqu’à son dernier souffle.
Président du Comité de base de L'UPC-MANIDEM « Che Guevara » de Bépanda, il portait fièrement le nom du révolutionnaire argentin devenu symbole de résistance dans plusieurs parties du monde. Ce choix n’était pas anodin : il traduisait une philosophie de vie faite de courage, de sacrifice et de fidélité aux convictions.
De jour comme de nuit, le combat occupait son quotidien. Pour lui, militer n’était pas une activité parmi d’autres ; c’était une manière d’exister.
« La lutte n’appartient pas à une génération. Chaque génération reçoit un flambeau qu’elle doit transmettre », aimait rappeler l’ancien combattant.
UN PATRIOTE AU-DELÀ DES FRONTIÈRES COMMUNAUTAIRES
Dans une époque où les replis identitaires gagnent du terrain, Raphaël Chouleom apparaissait comme une voix différente. Polyglotte, ouvert sur le monde, il refusait de réduire le Kamerun à ses appartenances ethniques ou communautaires.
Il croyait à une nation construite sur la justice, l’égalité et la solidarité entre ses filles et ses fils. Son patriotisme n’était pas une posture : c’était une conviction profonde.
Pour lui, les divisions communautaires constituaient une menace contre l’idéal d’un Kamerun uni et souverain. Il combattait donc autant les injustices sociales que les discours de fragmentation.
Cette dimension de son engagement restera certainement l’un des héritages majeurs qu’il laisse aux générations futures.
LE FLAMBEAU ENTRE LES MAINS DE LA JEUNESSE
La disparition du Doyen Raph rappelle une urgence : celle de recueillir la mémoire des derniers témoins des grandes pages de notre histoire avant que le temps ne les emporte définitivement.
Chaque ancien militant qui disparaît emporte avec lui des récits, des combats, des blessures et des enseignements précieux. La jeunesse Kamerunaise ne peut pas se contenter d’apprendre son histoire uniquement dans les archives officielles. Elle doit aussi écouter ceux qui l’ont vécue.
Raphaël Chouleom a terminé sa course, mais il n’a pas abandonné le combat. Il a remis le flambeau aux jeunes, avec la responsabilité de poursuivre la marche vers l’idéal auquel il a consacré sa vie.
L’HÉRITAGE D'UN HOMME DEBOUT
Les grands hommes ne meurent jamais complètement. Ils disparaissent physiquement, mais leurs idées continuent de voyager à travers ceux qui acceptent de porter leur héritage.
Raphaël Chouleom quitte la scène avec la satisfaction d’avoir vécu selon ses convictions. Pendant 93 ans, il aura été un gardien de mémoire, un militant infatigable et une conscience éveillée.
À ceux qui restent, il laisse une question essentielle : que ferons-nous du flambeau que les anciens nous ont transmis ?
Car une mémoire abandonnée devient une histoire confisquée. Et une histoire confisquée finit toujours par être réécrite par ceux qui n’étaient pas là.
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