Meurtre à Douala : Karl Essame arrêté après 15 jours
© Camer.be : Toto Jacques | 28 août 2026 02:02:59 | 4430Paul Gérard Zollo, 25 ans, a été retrouvé mort à Ndogpassi (Douala). Karl Essame, son ami, a été arrêté après 15 jours de cavale et a avoué le meurtre. Le père du suspect est également en garde à vue.
Ce devait être une soirée entre amis. Elle s'est achevée par un meurtre, un vol et une cavale de quinze jours. Karl Essame, 29 ans, a été arrêté dans la région du Sud et a avoué avoir tué Paul Gérard Zollo, 25 ans, à Ndogpassi (Douala). Son père est soupçonné de lui avoir facilité la fuite. Récit d'une trahison.
Le corps sans vie de Paul Gérard Zollo a été retrouvé dans sa chambre, dans une mare de sang. Des traces de violence, des signes d'étranglement. Son ami, Karl Essame, avait disparu. Avec lui, 800 000 FCFA en liquide, un téléphone à 1,2 million et plusieurs bijoux. Les caméras de surveillance l'ont filmé quittant les lieux vers 6 heures du matin. Il a désactivé ses comptes sociaux. Et il a pris la fuite. Pendant quinze jours, il a échappé aux gendarmes. Jusqu'à ce que la traque ne prenne fin, à 40 kilomètres de Messamena.
Une amitié qui vire au cauchemar
Paul Gérard Zollo avait 25 ans. Il était, selon ses proches, une figure connue et appréciée de la communauté LGBTI de Douala discret, poli, serviable. Dans la nuit du 15 août, il a invité son ami Karl William Essame, alias Karl Liam, à son domicile de Logpom. Une soirée comme une autre.
Le lendemain matin, Paul Gérard était mort. Son corps, retrouvé dans son lit, portait les stigmates d'une violence inouïe : des traces de coups, des signes d'étranglement. Les premiers éléments de l'enquête ont rapidement désigné Karl Essame comme le principal suspect. Les caméras de surveillance du quartier l'ont filmé quittant la résidence vers 6 heures. Il avait emporté des effets personnels de la victime et désactivé ses comptes sur les réseaux sociaux.
Quinze jours de cavale
La traque a commencé immédiatement. Karl Essame a tenté de se volatiliser en s'enfonçant dans la région du Sud. Il a été finalement rattrapé par les éléments de la gendarmerie à environ 40 kilomètres de Messamena, alors qu'il manœuvrait pour rejoindre la localité de Bengbis. Pendant quinze jours, il a échappé aux forces de l'ordre.
Mais la cavale s'est également compliquée pour son entourage. Le propre père de Karl Essame a été interpellé par les enquêteurs. Il est soupçonné d'avoir activement apporté une logistique et une aide financière pour faciliter l'évasion de son fils. Placé en garde à vue, il devra répondre de ses actes devant la justice.
Des aveux et un mobile sordide
Dès son arrestation, Karl Essame est passé aux aveux. Face aux preuves accumulées images de vidéosurveillance, témoignages, objets volés il a reconnu les faits.
Le mobile serait double. D'abord, un mobile crapuleux : Karl Essame aurait méthodiquement dépouillé son ami avant de prendre la fuite. Le butin estimé par les enquêteurs comprend 800 000 FCFA en liquidités, un téléphone portable de haute technologie évalué à 1,2 million de FCFA, ainsi que plusieurs bijoux et effets personnels de valeur.
Mais selon des sources proches de l'enquête, un autre mobile se dessine. Karl Essame aurait accusé Paul Gérard d'être à l'origine d'une tentative de chantage à son encontre, utilisant des vidéos de leurs relations sexuelles. Si cette hypothèse se confirme, elle éclairerait la raison pour laquelle le suspect a désactivé les comptes sociaux de la victime et les siens avant de prendre la fuite.
Une affaire qui divise les réseaux sociaux
L'arrestation de Karl Essame a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Comme le rapporte le journaliste Steeves Winner, les commentaires révèlent une fois de plus la polarisation de la société camerounaise. Certains y voient un crime passionnel, d'autres un féminicide, d'autres encore une tragédie liée à l'homosexualité.
Un commentaire particulièrement vicieux a été relevé : « Si les homosexuels commencent déjà à s'entretuer, c'est une bonne chose » . Ce type de propos, teinté de stigmatisation et de confusion, témoigne de la difficulté de la société camerounaise à appréhender cette affaire avec les seuls prismes de la justice et de l'humanité.
Une communauté vulnérable
Au-delà du drame individuel, ce meurtre met en lumière la vulnérabilité des personnes LGBTI au Cameroun face à la violence et au chantage. Le pays est l'un de ceux où les lois anti-homosexualité sont parmi les plus activement appliquées sur le continent. L'article 347-1 du code pénal camerounais punit les relations sexuelles entre personnes de même sexe de six mois à cinq ans de prison.
Comme le souligne l'activiste Yves Yomb, cette affaire intervient à un moment difficile pour les réseaux de défense des droits LGBT au Cameroun : des militants quittent le pays, les financements internationaux se tarissent, et le soutien institutionnel s'amenuise. Résultat : moins de personnes pour répondre à ce type de violence, moins de refuges, moins de contacts juridiques, moins de personnes prêtes à exiger des comptes à la police.
Une enquête qui doit aller jusqu'au bout
Désormais entre les mains de la justice, l'affaire suit son cours. Les investigations se poursuivent pour reconstituer avec précision la chronologie exacte de cette nuit tragique, vérifier d'éventuelles complicités, et établir l'ensemble des responsabilités.
La communauté LGBT de Douala, elle, attend des réponses. Comme le souligne TrueQueer, les organisations de défense des droits appellent à une enquête sérieuse et indépendante une enquête qui traite le meurtre de Paul Gérard pour ce qu'il est : un crime violent, et non quelque chose qui serait minimisé ou expliqué par son identité ou sa vie privée.
Une chose est sûre : le meurtre de Paul Gérard Zollo restera comme un symbole des tensions qui traversent la société camerounaise, entre violence, stigmatisation et quête de justice.
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