Martinez Zogo : les images insoutenables de sa mise à mort projetées au tribunal
© Camer.be : Avec Me Simh | 02 juin 2026 01:02:18 | 3179Au Tribunal Militaire de Yaoundé, la projection des images de la mise à mort du journaliste Martinez Zogo a plongé la salle dans une stupeur bouleversante un moment historique et douloureux pour la justice camerounaise.
Il y a des images qu'on ne peut pas oublier.
Cet après-midi, dans une salle d'audience du Tribunal Militaire de Yaoundé, elles ont été projetées sur grand écran, devant des juges, des avocats, des journalistes, des citoyens. Des femmes ont pleuré. Des hommes ont détourné les yeux. Certains ont quitté la salle.
Ce que l'on y voyait, c'était Martinez Zogo. Vivant, encore. Suppliant. Les mains tendues vers ses bourreaux.
Et personne ne l'a sauvé.
ICI GISAIT MARTINEZ ZOGO Le jour où le Cameroun a regardé la vérité en face
Le Tribunal Militaire de Yaoundé a été, ce lundi, le théâtre d'un moment qui restera gravé dans la mémoire collective camerounaise. Lors des audiences liées à l'affaire Martinez Zogo, journaliste et directeur de la radio Amplitude FM assassiné en janvier 2023, un extrait vidéo de sa mise à mort a été projeté devant la salle d'audience.
Le silence qui a suivi était assourdissant.
Un homme nu dans la poussière
Les images montrent Martinez Zogo dans ses derniers instants : entièrement nu, le corps couvert de sang, un bâillon enfoncé dans la bouche. Malgré la contrainte, malgré la souffrance, il tend les mains vers ses bourreaux. Il supplie. Il veut vivre.
Sa douleur, selon un témoin présent dans la salle, semblait les laisser indifférents voire les stimuler.
« Comment des êtres humains peuvent-ils être capables d'une telle sauvagerie ? » a confié un observateur ayant assisté à la projection, visiblement ébranlé. « Je ne dormirai sûrement pas cette nuit. »
Une salle paralysée par l'émotion
Des femmes en larmes. Des hommes le regard baissé. Plusieurs personnes ont quitté la salle, incapables de maintenir les yeux ouverts face à ce qui se déroulait sur l'écran géant. D'autres ont fermé les yeux, cherchant à s'extraire mentalement de ce moment.
Même les habitués des prétoires, rompus aux affaires criminelles les plus sordides, ont été touchés.
Rappel des faits
Martinez Zogo, journaliste d'investigation connu pour ses enquêtes sur la corruption au sein des élites camerounaises, avait été enlevé le 17 janvier 2023. Son corps avait été retrouvé le 22 janvier dans la périphérie de Yaoundé, dans un état de dégradation avancée. L'affaire avait provoqué une onde de choc en Afrique centrale et une mobilisation internationale des organisations de défense de la liberté de la presse.
Plusieurs hauts responsables ont depuis été mis en cause. Le procès en cours au Tribunal Militaire est historique à plus d'un titre : c'est l'une des rares fois au Cameroun qu'un journaliste assassiné voit ses bourreaux présumés comparaître devant une juridiction militaire.
La justice des hommes, et celle de Dieu
« Les juges diront le droit en fonction des éléments qu'ils ont sous la main », a sobrement commenté un observateur. « Mais le karma, la justice de Dieu, sera impitoyable. »
Cette phrase résume peut-être mieux que toute autre l'état d'esprit d'une salle qui a vu, de ses propres yeux, ce que "faire taire un journaliste" signifie réellement pas en métaphore, pas en abstraction. En images. En sang. En larmes.
Un symbole pour toute l'Afrique
L'affaire Zogo dépasse largement les frontières camerounaises. Elle est devenue un symbole de la lutte pour la liberté de la presse en Afrique subsaharienne, dans un contexte où les journalistes d'investigation sont régulièrement victimes de pressions, d'intimidations et, dans les cas les plus extrêmes, d'élimination physique.
Reporters Sans Frontières, CPJ et d'autres organisations internationales suivent ce procès de près. Ses conclusions pourraient constituer un précédent judiciaire majeur pour la région.
Ce que ces images changent
Projeter de telles images devant un tribunal, c'est forcer la société à regarder ce qu'elle préférerait parfois ignorer. C'est transformer l'horreur en preuve. C'est donner à la victime, post-mortem, une voix que ses assassins avaient voulu éteindre à jamais.
Martinez Zogo parlait. Il informait. Il dérangeait.
Aujourd'hui, ses derniers instants parlent encore et ils disent, sans ambiguïté, ce qu'il en coûte d'être une conscience libre dans certains pays.
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