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Le Bénin dit non à Yaoundé : le caporal-chef Mfoula reste détenu à Missérété

Le caporal-chef Mfoula, ex-garde de Ngoh Ngoh, est détenu au Bénin. Cotonou a refusé son extradition vers le Cameroun. Procès le 17 décembre devant la CRIET.

Le capitaine a lu la décision. Placement en détention provisoire. Prison civile d’Akpro-Missérété, une bourgade au nord de Porto-Novo.

L’homme qui descend du fourgon ce lundi-là s’appelle Mfoula Evariste Junior. Vingt-huit ans, selon la cagnotte de soutien ouverte sur Leetchi. Ancien caporal-chef du Bataillon d’intervention rapide, le BIR. Pendant cinq ans, il a assuré la sécurité rapprochée de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence camerounaise, et de son épouse.

Depuis le 27 octobre, il était entre les mains de la brigade criminelle de la police judiciaire béninoise. Il transitait par Cotonou avant de rejoindre l’Europe.

Le 2 novembre, le procureur spécial de la CRIET, Elon’m Mario Mètonou, l’a présenté à la presse judiciaire. Puis il a ordonné son incarcération. Le procès est fixé au 17 décembre.

Mais entre-temps, une autre information a circulé. Une demande d’extradition vers le Cameroun aurait été formulée. Et la justice béninoise n’y aurait pas donné suite.

Ce n’est pas une confirmation officielle. Les sources consultées Cameroun Web, Lebledparle, Actu Cameroun rapportent des informations attribuées à des journalistes camerounais, sans document judiciaire béninois rendu public. Lebledparle précise même qu’aucun mandat d’arrêt, aucune demande d’extradition et aucune communication officielle des autorités béninoises ou camerounaises n’ont été identifiés dans les sources consultées au moment de l’arrestation.

Ce que l’on sait, en revanche, est plus simple. Le Bénin a une juridiction compétente. Il l’a saisie. Il juge sur son sol.

Ce que le Bénin oppose à Yaoundé

Le raisonnement juridique tient en quelques lignes.

La CRIET est une cour spéciale créée par la loi n° 2018-13 du 2 juillet 2018. Elle est compétente pour les infractions économiques, le terrorisme et la criminalité organisée. Dès lors qu’un dossier la saisit, la procédure béninoise prime sur toute demande de remise.

Le Bénin n’extrade pas ses propres nationaux, mais Mfoula est camerounais. La question n’est donc pas là. Elle est dans l’existence ou l’absence d’un accord d’extradition entre le Bénin et le Cameroun. Les documents consultés indiquent que le Bénin a conclu des traités d’extradition avec la France, le Ghana, le Nigeria et le Togo. Aucun traité spécifique avec le Cameroun n’apparaît dans les sources consultées. Le Cameroun, de son côté, ne dispose pas d’une loi générale sur l’extradition et s’appuie sur des instruments multilatéraux.

Ce vide conventionnel ne ferme pas toute porte. Mais il change la nature du dossier. Sans traité bilatéral, la demande de Yaoundé repose sur la coopération judiciaire classique, et le Bénin garde la main.

Le procureur Mètonou a d’ailleurs un principe affiché. Lors de la rentrée judiciaire du 12 octobre 2026, il a déclaré que « la détention provisoire doit redevenir l’exception ultime ». Le placement de Mfoula en détention provisoire, dans l’attente d’un procès fixé à six semaines, s’inscrit dans ce cadre : une procédure, pas une remise.

Ce que Yaoundé aurait tenté

Les informations les plus sensibles ne viennent pas des tribunaux. Elles viennent des médias camerounais.

Selon le journaliste Morgan Palmer, relayé par Cameroun Web, Ferdinand Ngoh Ngoh aurait dépêché un émissaire secret à Cotonou pour obtenir l’extradition de Mfoula « par l’achat de conscience ». Le même article affirme que le procureur Mètonou n’aurait pas accédé à cette demande et aurait ordonné la détention provisoire à Missérété.

Un autre élément est documenté : la présence à Cotonou de Bruno François Bidjang, une figure médiatique camerounaise, au moment de l’arrestation. On s’interroge sur un lien possible. Aucune preuve de ce lien n’a été apportée.

L’homme que le Bénin détient

Mfoula n’est pas un détenu ordinaire.

Il a quitté le Cameroun en avril 2026, selon plusieurs médias. Avant de partir, il a accordé un entretien au journaliste Morgan Palmer. Il y accuse l’épouse de Ferdinand Ngoh Ngoh de harcèlement sexuel lors d’une nuit d’avril 2026 à Bastos, le quartier des institutions à Yaoundé.

Ces accusations ne sont pas judiciairement établies. L’intéressée bénéficie de la présomption d’innocence. Aucune réponse directe de Céline Ngoh Ngoh à ces déclarations n’a été retrouvée dans les sources consultées.

Mais elles expliquent pourquoi le dossier est si sensible. Un ancien membre de la garde rapprochée du numéro deux de l’appareil d’État camerounais, qui parle, qui fuit, et qui se retrouve dans un tribunal étranger. Ce n’est pas une affaire de droit commun.

Michel Biem Tong, journaliste camerounais exilé, a adressé une lettre ouverte au président béninois pour demander que Mfoula ne soit pas remis à Yaoundé. Il écrit :

« Remettre le caporal-chef Mfoula Evariste aux autorités camerounaises serait l’offrir à ses bourreaux qui n’hésiteraient pas une seule seconde à éliminer physiquement le témoin gênant qu’il est devenu. »

La formule est forte. Elle n’est pas une preuve. Elle indique en revanche comment une partie de l’opinion camerounaise lit l’affaire : comme un test pour le Bénin.

Ce que Missérété signifie

Akpro-Missérété n’est pas une prison de luxe.

Les rapports du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et d’Amnesty International décrivent une surpopulation carcérale structurelle. La prison, conçue pour 1 000 détenus, accueillait trois fois sa capacité au moment d’une visite onusienne. Les cellules de punishment sont décrites comme des espaces où des dizaines de prisonniers sont enfermés dans une chaleur étouffante.

Mfoula y est détenu depuis le 2 novembre. Son procès est dans six semaines.

D’ici là, deux questions restent ouvertes.

Yaoundé a-t-il formellement demandé son extradition ?

Aucune source officielle consultée ne le confirme.

Le Bénin a-t-il formellement refusé ? Aucune source officielle consultée ne le confirme non plus.

Ce que l’on sait, c’est que la CRIET a le dossier. Et qu’un procès public est plus difficile à étouffer qu’une remise discrète.

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